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Algérien passé par le Portugal, il ne porte pourtant pas le nom de Yacine Brahimi. Aussi passionné de football que les clubs dans lesquels il a évolué, Mehdi Kerrouche représente le vrai football : celui qui ne court pas après l’argent mais bien après le plaisir du jeu et l’accomplissement des rêves.

Salut Mehdi ! Comment se passe ta saison du côté d’Episkopi, club de troisième division grecque, championnat que l’on n’a pas l’habitude de regarder le week-end ?

Oui c’est clair que ce n’est pas le championnat que l’on a l’habitude de regarder tous les week-ends ! Et je me pose encore la question de comment j’ai pu signer dans ce championnat…

Après avoir traversé de nombreux pays, tu as atterri en Grèce, plus précisément en Crète. J’imagine que le cadre de vie est plutôt agréable non ?

Le cadre de vie est superbe mais seulement en pleine saison estivale, parce qu’ensuite il n’y a plus foule dehors. La plupart des restaurants, des bars et des terrasses sont fermés du fait que là où je suis c’est une sorte de station balnéaire. Donc en pleine saison estivale c’est le top mais après ça manque de vie.

Même si les conditions climatiques sont très favorables, comment est la vie en Grèce alors que le pays traverse une crise dont on connaît tous les conséquences ?

C’est vrai qu’il y a la crise économique mais franchement ils ne le montrent pas beaucoup de ce que je vois ici. Tous mangent au restaurant, prennent des cafés le midi, l’après-midi, même le soir dans des bars. Et tout ça chaque jour. Donc franchement je le vois pas trop au quotidien.

Au-delà du quotidien et de la vie à proprement parler, comment ressens-tu les choses du côté sportif en Grèce ?

Comme je l’ai dit précédemment, je me demande encore comment j’ai pu signer dans cette division. Il va vite falloir que je rebondisse ailleurs la saison prochaine.

Parlons un peu de ton parcours. Tu as donc été formé à Lens. Penses-tu comme beaucoup, que le Racing Club de Lens possède l’un des meilleurs centres de formation de France, avec notamment des joueurs comme Raphaël Varane, Serge Aurier ou encore Geoffrey Kondogbia qui sont passés par la Gaillette ?

C’est vrai que le Racing Club de Lens a un très bon centre de formation. Il y a de supers installations à la Gaillette et le club a pu former de bons jeunes par le passé. Mais en ce moment il y a d’autres centres de formation, je pense au LOSC, Lyon, Monaco, Rennes ou encore Paris. Dire que c’est le meilleur centre de formation je ne pense pas.

En parlant de Lens, que peux-tu nous dire sur le magnifique Stade Bollaert et son ambiance ?

Bollaert c’est vraiment l’un des meilleurs publics de France. Même en Ligue 2 le stade affiche complet alors ça démontre vraiment la qualité de ses supporters. Le stade Bollaert me rappelle un peu ceux que j’ai pu connaître en Angleterre.

Cette saison, l’équipe flirte avec la montée en Ligue 1. Un réel bonheur de revoir ce club historique dans l’élite non ?

C’est clair que ce serait super pour la région d’avoir deux clubs de football en Ligue 1, et notamment de retrouver le derby Lens-Lille.

Au Portugal, tu as joué une saison dans le club de Naval. Quel souvenir en gardes-tu, sachant que tu as réalisé une belle saison là-bas ?

C’est clair que j’en garde d’excellents souvenirs : jouer contre des équipes comme Benfica, Porto, Sporting, ou contre des top players comme Di Maria, David Luiz, Falcao, Hulk, Moutinho et j’en passe… Avoir été aussi dans l’équipe type de la journée à plusieurs reprises aux côtés de ces joueurs là. Ou encore avoir été pendant plusieurs semaines dans le Top 3 des buteurs avec Cardozo et Falcao. Tout ça c’est vrai que ça me laisse de supers souvenirs.

Comme c’est une chance d’avoir devant nous quelqu’un qui a côtoyé le football portugais ainsi que ce qui l’entoure, il est nécessaire de te demander comment le Portugal en est arrivé là. Quel chemin a-t-il suivi pour se retrouver à lever le premier trophée de son histoire ?

Je pense que le championnat portugais a toujours été d’un bon niveau. Mais le fait que leurs meilleurs joueurs jouent dans des top clubs européens ça leur a vraiment permis de franchir un cap supplémentaire au niveau international. Et puis bon, quand vous avez un CR7 dans votre équipe ça facilite les choses.

Tu as beaucoup voyagé dans ta carrière, du Portugal à l’Angleterre en passant par l’Algérie. Quel est ton plus grand souvenir et ta plus grande fierté ?

Franchement j’ai beaucoup de souvenirs et en retenir un seul serait compliqué. Mais bon, parmi tant d’autres je dirais que jouer un derby en Algérie devant 90 000 supporters au stade du 5 juillet, être champions de League Two avec Swindon en Angleterre, être finaliste d’une compétition à Wembley, avoir reçu des compliments de coachs comme Roger Lemerre, ou Augusto Inacio qui a gagné la Ligue des Champions en 1982 avec Porto lors de la célèbre talonnade de Rabah Madjer. Mais sinon au-delà du sportif, le fait d’avoir pu faire voyager ma mère dans tous les pays où j’ai joué c’est une grande fierté.

Au contraire, as-tu des regrets à l’aube de la fin de ta carrière ? Aurais-tu aimé porter le maillot de la sélection algérienne ?

J’aurais tant aimé porter le maillot de mon pays qu’est l’Algérie, mon pays d’origine. Surtout qu’en 2010 j’étais dans les pré-sélectionnés pour la CAN et aussi pour la coupe du monde. J’étais très très proche de participer à cette CAN 2010 et vraiment ça m’avait mis un coup sur la tête.

Certaines nations de football se targuent d’avoir une histoire plus grande que les autres. L’histoire de la sélection algérienne, en partie fondée à partir de l’équipe du FLN rend-elle encore plus fier de porter ce maillot ?

On va dire que le FLN est à l’origine de la création de notre équipe. Ce fut une période délicate pour le pays avec la bataille pour l’indépendance de l’Algérie. Faire ce qu’ils ont fait ça allait au-delà du sportif. Il y avait vraiment un message politique et surtout pour la patrie. Un grand respect pour ces hommes et ces joueurs.

Pour finir, que t’a apporté cette carrière de footballeur ? A-t-elle influencé ta vie ?

Elle m’a permis de réaliser mes rêves d’enfant, mes rêves de gosse. Je rêvais de jouer dans des stades pleins, de pouvoir voyager, de jouer contre des grands joueurs. Elle m’a permis de réaliser tout cela. Et aussi, j’ai réussi à faire vivre ma famille de ma passion.

 

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