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Depuis quelques jours, une ambiance relativement électrique règne autour du Borussia Dortmund. Et cette fois, ce n’est pas dû à des résultats mitigés comme ce fut le cas il y a plusieurs mois. Tous ces conflits semblent presque condamner Thomas Tuchel à un départ imminent. Son histoire avec le club de la Ruhr, qui avait pourtant si bien commencé, pourrait se finir d’une triste manière.

En effet, plus les heures passent et plus l’on a du mal à imaginer que le coach allemand restera. Même une victoire en finale de la Coupe d’Allemagne pourrait ne pas le sauver. Et si jamais cela le permet, il ne fera qu’une saison de plus afin d’honorer son contrat jusqu’à la fin. Que ce soit dans quelques semaines ou une année, Tuchel et Hans-Joachim Watzke ne resteront pas en bons termes étant donné qu’ils ne semblent pas se supporter.

Entre désaccords et agacements

Ces tensions se sont installées au cours de la saison passée, lorsque trois cadres de l’équipe s’en sont allés alors que l’homme aux manettes du club avait promis dans une interview à la mi-saison que le club parviendrait à éviter cela. Mais ça n’a pas été le cas pour diverses raisons. D’ailleurs, il se murmure que si Mats Hummels a rejoint la Bavière, c’est aussi parce que le feeling ne passait pas du tout entre lui et son coach. Suite à ces départs, l’équipe a dû se reconstruire lentement avec de nouveaux joueurs associés aux anciens cadres. Et ça fini par fonctionner relativement bien, bien que parfois, le manque se faisait sentir. A côté de ça, le fait que le club n’arrive pas à attirer Oliver Torres lors du mercato hivernal (il appartenait encore à l’Atletico de Madrid) a également passablement agacé. Le mercato a donc toujours ou presque été une source de conflit.

Ces deux situations ne sont pas les seules à avoir créé des secousses en interne. La dispute entre Tuchel et Sven Mislintat, recruteur au club depuis 2009 et à l’origine de multiplies transferts dont celui de Robert Lewandowski, Lukasz Piszczek ou Roman Bürki, en est encore la preuve. Suite à ce différent, les deux hommes ne se sont plus adressé la parole, ce qui rend le quotidien un tantinet difficile lorsque l’on est supposé travailler en équipe.

Source : focus.de

Tout récemment, une autre histoire a contribué à aggraver la situation, c’est l’attentat ayant touché le club mi-avril. En effet, Thomas Tuchel reproche à son boss de ne pas l’avoir consulté, ni lui ou les joueurs, pour savoir s’il voulait jouer le match le mercredi, soit 24h après cet épisode traumatique. Le coach a déclaré en conférence de presse que selon lui aucun joueur ne voulait jouer le lendemain, mais on ne leur a pas laissé le choix. De son côté, H-J Watzke dit que l’entraîneur ne dit pas la vérité. Qui croire ? Qui ne pas croire ? Excellente question, bien qu’il reste difficile d’imaginer que ce président ayant tout donné pour son club, qui lui a permis d’en arriver là aujourd’hui, ait pu ignorer l’avis de son équipe. L’UEFA n’est peut-être pas innocente non plus dans là-dedans, toutefois nous ne connaitrons jamais le fin mot de l’histoire, ou alors d’ici quelques années.

Cette affaire semble en tout cas avoir eu raison des derniers liens restant entre ces deux personnages hauts en couleurs en dépit des belles prestations réalisées par l’équipe tout au long de cet éprouvant mois d’avril.

Le coup de grâce a été porté vendredi, à la veille du choc décisif contre le TSG Hoffenheim. Dans une longue interview parue dans le quotidien allemand WAZ, le directeur du club a bien confirmé que les événements après la rencontre face à Monaco avaient accentué le fossé entre eux. Au-delà de ça, il ne semble plus du tout le soutenir, au même titre que certains joueurs qui sont loin d’apprécier leur entraîneur. Avec cela, il devient de plus en plus compliqué d’imaginer que l’histoire se poursuive après cette saison. Remporter un titre, après 5 défaites consécutives en finale, pourrait difficilement changer la donne comme évoqué plus haut. Car le malaise va bien plus loin qu’une histoire de résultats.

Si les deux parties se sont mis d’accord pour ne plus évoquer tout cela jusqu’à la fin de la saison afin de laisser tout le monde se concentrer sur les trois derniers matchs qu’il reste à jouer dont la finale, la mal est fait. Et aucun retour en arrière n’est désormais possible.

Un entraîneur au caractère bien trempé

Quand le coach originaire de Krumbach, petite ville de Bavière, a pris la tête de l’équipe à l’été 2015, tout le monde savait que ce n’était pas un homme facile. Son départ de Mainz en était d’ailleurs la preuve, puisque malgré le fait qu’il lui restait une année de contrat, il n’a pas hésité à faire ses valises pour des raisons plus ou moins troubles.

D’ailleurs, le directeur sportif de l’époque, Christophe Heidel, a toujours dit qu’il n’était pas simple de travailler avec lui, pendant que de leur côté, les médias locaux le décrivaient comme un personnage au tempérament explosif, relativement froid, un acharné du travail n’hésitant pas à secouer ses joueurs. Le fait qu’il semble avoir du mal à se remettre en question comme on a pu l’observer cette année pose aussi certains problèmes. Etre trop sûr de soi n’est pas toujours une bonne chose.

En bref, son caractère peut en effrayer plus d’un, bien qu’il ne soit pas non plus une bête sauvage. Car de l’autre côté de la médaille se cache un excellent tacticien qui a globalement toujours fait du bon travail avec chacune de ses équipes, comme ce fut le cas cette année avec Dortmund. Remettre cela en cause serait tout simplement malhonnête : sur ce plan-là, il est bien au dessus de Jürgen Klopp dont le travail au club reste tout aussi respectable (voir même plus de par le palmarès).

Avec du recul, on s’aperçoit que la saison est loin d’être catastrophique, surtout en ayant considérablement changé l’effectif, en ayant perdu des joueurs suite à de longues blessures (Mario Götze ou André Schürrle). C’était bien moins fou que la saison précédente, mais respectable malgré tout.

Finalement, tout cela n’aura jamais vraiment permis à l’entraîneur et au club de créer une relation solide puisque certains joueurs ne l’apprécient pas du tout et ne semblent pas vouloir prendre sa défense, ce qui fragilise encore davantage sa position. Alors peut-être que cette finale à l’Olympiastadion marquera la fin de deux années pleines de rebondissements.

Pour ce qui est de celui qui pourrait prendre la suite de Tuchel, le nom de Lucien Favre est apparu à maintes reprises dans la presse suisse, allemande et française. Difficile de savoir si le coach de l’OGC Nice retournera en Allemagne, après seulement une année passée sur la Côte d’Azur et une prochaine saison riche qui l’attend. Toutefois ce n’est pas la première fois que le BvB lui fait du pied. Le club voulait déjà l’enrôler pour l’après-Klopp mais le Borussia Mönchengladbach n’avait pas voulu le laisser partir. En allant dans le club de la Ruhr, il pourrait retrouver deux joueurs qu’il avait côtoyés et lancés dans le grand bain : Marco Reus et Mahmoud Dahoud. Un détail qui peut peut-être compter.

Dans tous les cas, difficile de savoir pour l’heure ce que réserve l’avenir aux Schwarzbelben puisque globalement, l’incertitude règne encore pour nous qui ne sommes qu’à l’extérieur de tout cela. Mais une chose est évidente, ce casse-tête devrait sûrement être résolu au cours du mois de juin, une fois la saison terminée. Mais en attendant, le club a une coupe à aller chercher.

 

Crédit photo : Bernd Thissen/AP/SIPA