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Deux maillots ennemis, une même passion, un même moment d’histoire. C’est à ceci que ressemble le dernier souvenir que les supporters milanais gardent d’un joueur portugais. Accoudé sur l’épaule de Rui Costa, Materazzi contemple cette épaisse fumée rougeoyante qui s’échappe du sol pour tutoyer les cieux. Ce 12 avril 2005, dans un chaos quasi mystique, l’image du numéro 10 rossoneri s’inscrira dans la mémoire de tous et pour toujours. Plus de dix ans plus tard, la nouvelle génération portugaise vient poser ses valises en Lombardie, en la personne d’André Silva. Digne représentant de sa classe, il s’apprête à enfiler une tunique lourde d’histoire et d’ambitions nouvelles. Espoir d’une nation, il commence un périple annoncé doré, glorieux et triomphant, là où beaucoup auraient aimé vaincre mais se sont brûlés les ailes. Couronnement ou déchéance? Seul lui pourra y répondre …

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Un passif preuve de sa précocité

A la recherche d’un attaquant capable de remplacer les plus grands passés par Porto, le club avait cette fois choisi de faire confiance à sa formation, et de sortir du berceau la pépite portant le doux nom d’André Silva ; débarqué de Salgueiros en 2010 pour quelques milliers d’euros. Malgré un talent aveuglant, une saison ravissante en équipe B et des buts empilés lors de la préparation estivale, il peine à faire l’unanimité. Ou du moins à écarter la concurrence, représentée par Vincent Aboubakar. A force de dur labeur et de persévérance, il éclot et se dévoile au monde du football, à son monde, par un doublé fracassant en finale de coupe du Portugal, dont une bicyclette au bout du temps réglementaire. Le sang-froid du buteur, inné chez lui, lui aura permis de prouver que l’âge n’est jamais un frein si l’envie et la qualité suivent. Seule déception, il manquera de peu l’Euro 2016 en France, étant le second choix de Fernando Santos en pointe derrière le héros de la nation.

« Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Quelques mois après la première frustration de sa carrière, il reviendra encore plus costaud, tant mentalement que physiquement. Avec plus de 3000 minutes passées sur le terrain cette saison, il est l’un des piliers de son équipe. Souvent placé sur le front de l’attaque par Nuno Espirito Santo, il inscrit 20 buts en club et délivre 7 passes décisives.

Après un exercice rondement mené, le jeune prodige doit donc dire adieu à ceux qui lui ont tout donné. Laissant derrière lui l’insouciance de la jeunesse, il devra prendre le chemin de la maturité pour mettre à ses pieds un San Siro exigeant. Adieu André, et merci pour tout.

Un diamant brut

Dans un football porté par la technologie et la perfection athlétique, le massif lusitanien semble être un échantillon à exposer à tous. Paradoxalement, malgré une domination physique correspondant à son gabarit (NDLR: 185 cm ; 70 kg), il possède une capacité à se déplacer rapidement sur le terrain pour occuper la surface adverse qui fait toute son authenticité. Attaquant moderne, son habileté à utiliser toutes les surfaces de son corps représente l’une de ses forces (NDLR: 4 buts du pied gauche, 10 du pied droit, 6 de la tête). A l’instar de son modèle, Cristiano Ronaldo, André Silva sait aussi se montrer altruiste et délivrer un caviar pour son coéquipier quand l’occasion se présente. Le jeu au sol est un élément qu’il apprécie et maîtrise particulièrement. Toutes ses caractéristiques font donc de lui un joueur au potentiel intéressant pour une équipe qui souhaiterait produire du jeu tout en gardant une ossature solide pouvant peser sur les défenses.

Seul défaut potentiellement reprochable à la perle portugaise, son inconstance devant les cages, conséquence d’une inexpérience du haut niveau. Cette saison, il stagne à 21% de réussite face aux buts. Certes, les statistiques font de lui une valeur sûre, mais il reste néanmoins un colosse aux pieds d’argile. Petit frère doit encore devenir grand, ce pour quoi il signe au Milan.

Un avenir radieux

En paraphant ce contrat, il s’apprête à passer l’un des caps primordiaux de sa vie : passer de révélation à cadre d’un groupe. Signe que ce choix ne fut pas fait sur un coup de tête, le mythique CR7 a conseillé André Silva dans sa poursuite de carrière. Lors d’un appel téléphonique entre les deux hommes, la star madrilène s’est dit ravie que son poulain s’engage dans un club historique comme l’AC Milan. Jorge Mendes, agent des deux portugais, a même promis aux milanais le meilleur buteur et attaquant, sous peu, de la Serie A. Il pourrait même incarner « ce joueur que les milanais attendent depuis cinq ou six ans » si l’on en croit l’homme d’affaires. Avec une telle pression sur les épaules, André Silva aura tout le loisir de démontrer si son aura est celle d’un joueur capable d’écrire l’histoire. Histoire qu’il a déjà commencé à écrire, étant la deuxième transaction la plus élevée jamais réalisée par le club. Arrivé comme un roi, repartira-t-il comme une légende?

D’après les dernières rumeurs de ce mercato estival, des joueurs comme Keita ou Forsberg pourraient suivre ses pas et signer au Milan. Si la piste du suédois venait à se concrétiser, le duo pourrait être explosif et porter le groupe vers les sommets, vers la reconquête européenne. Reconnu comme un passeur hors normes, l’esthète Emil Forsberg pourrait se charger de servir dans les meilleurs conditions l’avant-centre, aussi à l’aise dans les airs qu’au sol.

A un an du mondial en Russie, André Silva prend tout de même un risque en quittant la maison-mère. Stagner à domicile ou se perdre à l’étranger? Une équation aux solutions multiples, bien souvent difficile à résoudre même pour le plus savant des hommes. Il serait toutefois inconcevable que Fernando Santos ne sélectionne pas son meilleur attaquant de formation, même si celui-ci venait à s’égarer en Italie. Oublié il y a un an, le surdoué vivrait mal cette situation, surtout qu’il offre une polyvalence non négligeable. Dans un 4-2-2, sa complémentarité avec Cristiano Ronaldo est devenue une arme d’envergure pour la Seleçao. Dans un 4-3-3, il peut aussi être une alternative de taille en pointe si CR7 devait se décaler sur l’aile gauche.

Une chose est sûre, que ce soit en club ou en sélection, André Silva n’a pas fini de nous faire vibrer. Son talent grandissant, sa personnalité attachante et son style atypique sont tout autant de raisons qui nous poussent à vouloir sa réussite, sans limite, infinie, extrême. La saison prochaine, celle de la confirmation, fera de lui un élément incontournable de la scène continentale. La saison prochaine, celle de l’adoubement, contribuera à bâtir sa légende. Une légende et une célébrité qui se construiront sur le toit du monde à l’été 2018.

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