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Son pays ? Il lui a réservé une place toute particulière dans son cœur et l’emporte avec lui partout où il passe. Fier de ses racines, il est devenu l’égérie du football africain et égyptien à travers toute l’Europe. Parfois même à travers le monde. Prophète en son pays, son peuple voudrait le voir devenir un Roi voire un Dieu au delà de ses propres frontières. Tout comme ses ancêtres, il fut un innovateur, un précurseur, un créateur. Dompteur de défenses et esthète, Mohamed Salah fit tout avant les autres, prouvant par la même occasion une précocité qui l’envoya à dix-sept ans sur la scène nationale, à vingt ans dans le meilleur club suisse qui soit. Cinq ans après son débarquement sur le continent, il s’apprête à fouler la pelouse du mythique club de Liverpool. Il s’apprête à faire vibrer le généreux public d’Anfield. Il s’apprête à revêtir le costume de messie et à incarner la figure qu’attendent les Reds depuis le départ de leur légende.

Une naissance à l’ombre du show-business

« Alors oui je suis poète dans le cercle des disparus. A l’ombre du show-business, mon art vient de la rue ». Si il ne fallait prononcer que quelques paroles pour décrire son talent et son éclosion, celles-ci seraient les premières à figurer en haut de la liste. Pour beaucoup, Mohamed Salah se fit un nom du côté de Bâle. Cependant, il existe un avant, une période durant laquelle il n’était qu’un jeune talent prometteur dont personne ne connaissait vraiment le nom ni le potentiel. A part peut-être les membres du club d’Al Mokawloon. C’est dans cette équipe de Nasr City, quartier du Caire, que la prophétie eut lieu. En 2010, il signe pro là où on lui inculqua la culture du sport roi, là où pour la première fois il imposa sa loi de par son talent sans égal. Deux ans après, l’appel de l’Europe est irrésistible, celui de la gloire trop tentant. Il quitte alors sa famille et sa nation pour rejoindre le club suisse de Bâle, qui lui ouvrira les portes de la coupe aux grandes oreilles.

La Suisse comme tremplin

Dès sa première saison à l’étranger, Mohamed Salah n’a pas froid aux yeux et pratique un football de qualité. Appelé à remplacer Xherdan Shaqiri, parti au Bayern Munich, il est nominé pour recevoir le trophée de Golden Boy récompensant le meilleur jeune évoluant en Europe. Seul africain de la liste, il est le vainqueur des votes sur Internet, démontrant déjà sa popularité auprès du grand public. Il finira toutefois derrière le plus grand talent espagnol de ces dernières années, le magicien Isco.

Après cette désillusion, il ne faut plus jamais finir second. Il met alors tout son talent et son énergie à profit pour reléguer la concurrence au second plan. Pour sa deuxième année, il contribue grandement à la qualification de Bâle en Ligue des Champions avec des performances remarquables face à Tottenham en tour préliminaire. S’en suivent des buts à foison et une aisance qui ne cesse de s’étoffer. Liverpool, alors entraîné par Brendan Rodgers, décide de suivre de très près l’Egyptien dans le but de le faire signer. Malgré une arrivée presque actée, il leur file entre les doigts au profit d’un autre club anglais, celui des Blues de Chelsea. Premier rendez-vous manqué, mais le générique de fin n’est pourtant pas prêt de défiler sur l’écran.

La conquête de Rome

Après des expériences non concluantes à Chelsea ou à la Fiorentina, il est adopté par la Louve et devient la coqueluche d’une ville qui aime adouber ses héros. Passé par l’ombre, c’est le commencement d’une seconde carrière qui s’offre à lui. Là où d’autres auraient pu couler, sombrer, pour ne plus jamais refaire surface, il a su reprendre la voie du succès menant au paradis du football. Un passage obligé pour lui, né pour briller, pour rendre fier un peuple.

Il y a une différence, un gouffre, entre être le meneur d’un groupe de niveau moyen, et l’être à la Roma. Un écart si important en apparence, mais si simple à combler pour Mohamed Salah. En arrivant en Italie, aux côtés de légendes comme Francesco Totti, il savait que son jeu serait épié et analysé comme jamais auparavant.

Mais qui est donc Mohamed Salah ? Souvent comparé par les uns à la star barcelonaise, les autres poursuivent en lui prêtant le surnom du « Messi égyptien ». Est-il légitime de le comparer à l’homme qui réussit à ringardiser Diego Maradona ? Une chose est sûre : sa vitesse, son aisance technique et son habileté à guider le jeu de son pied gauche contribuent à bâtir une réputation sérieuse et désirable. Malgré quelques lacunes physiques, notamment en termes de puissance, sa capacité à changer très rapidement de rythme fait de lui une menace constante lorsqu’il approche de la surface adverse. Comme tout créateur, il est capable en un éclair de génie de délivrer la passe juste ou de débloquer une situation qui semblait alors sans issue.

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Un joyau qui fait la fierté de son pays

Dans un pays dernièrement touché par la cruauté et la barbarie de l’Homme, Mohamed Salah fait office d’espoir, de lumière. Il est ce rayon de soleil venant éclaircir un ciel bien sombre, bien terne après une journée orageuse. Lancé en sélection après une coupe du Monde U20 de haute voltige en 2011, la pépite égyptienne a rapidement pris ses marques dans un collectif dont il est, aux yeux de tous, le plus fort potentiel. Auteur de près de trente buts en cinquante matchs, il a porté son pays jusqu’à la finale de la CAN 2017, perdue 2-1 contre le Cameroun. L’histoire retiendra ses deux coups de canon lors de cette édition, le premier sur coup-franc, le second d’une inspiration géniale, rappelant tour à tour le talent et la magie d’un être qui n’a pas fini de faire de son sport un art. Un art unique, né dans les quartiers du Caire et porté à vie comme un héritage, comme une marque indélébile. La marque de la culture urbaine, la plus vraie de toutes, la plus intense. Celle qui vous apprend à vivre au travers du football, votre passion, notre passion.

 

P.S: Remerciements à @Le_Birout pour son illustration de Mohamed Salah en début d’article. Allez follow en masse, énorme talent !

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