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Afin de préparer les confrontations éliminatoires pour la Coupe du Monde 2018 contre les Pays-Bas et le Luxembourg, Didier Deschamps a annoncé devant la presse jeudi dernier les noms de 23 joueurs qui le rejoindraient à Clairefontaine. Loin des débats autour de Karim Benzema ou de la non-sélection d’Ousmane Dembélé, un gros point noir apparaît, encore une fois. C’est celui de la question des arrières latéraux, points faibles d’une Équipe de France pourtant parmi les meilleures sélections de la planète.

Amoros et Bossis en 1982, Thuram et Lizarazu en 1998, Sagnol et Abidal en 2006. À chacune de ses épopées en Coupe du Monde, l’Équipe de France a pu compter sur une paire de latéraux des plus solides. Une véritable tradition à la française pourrait-on dire. Seulement, sous la coupe de Didier Deschamps, l’histoire d’amour entre les bons latéraux et le maillot bleu a eu tendance à ne pas être très rose.

Pourtant, les candidats sont nombreux. On peut parler notamment de Mathieu Debuchy et de sa dizaine de matchs TCC en 3 saisons, de Bacary Sagna et de ses 5 centres et demi réussis en 65 sélections, de Christophe Jallet dont la simple évocation dans cet article devrait relever de l’humour, de Layvin Kurzawa dont l’attention était peut-être trop portée sur son compte Instagram pour convaincre son sélectionneur les rares fois où il a pu jouer en bleu, de Lucas Digne, aussi héroïque après l’attentat de Barcelone qu’approximatif sur le terrain, ou de Patrice Évra qui a beau « love this game » autant qu’il veut, ça n’est définitivement plus suffisant pour ne pas subir ablation des reins sur ablation des reins chaque week-end. Cette énumération est bien évidemment exagérée, mais la situation est telle que l’on en vient forcément à se poser des questions.

Pêle-mêle, depuis depuis une dizaine d’années, on peut également citer Benoît Trémoulinas, Anthony Réveillère, Sébastien Corchia, François Clerc… Autant de noms que d’échecs, ou dans une moindre mesure de succès mitigés. En atteste cette triste soirée de juin 2012 qui a vu Laurent Blanc, alors en poste à la tête de l’équipe de France, tenter un coup de poker en quart de finale de l’Euro face à l’Espagne championne du Monde et d’Europe en titre, en alignant dans le couloir droit non pas un mais bien deux arrières droit de métier, avec Debuchy et Réveillère, le premier cité étant placé un cran au dessus. Face à une équipe composée en majorité de joueurs du Barca de Guardiola, on vous laisse vous souvenir de qui est sorti vainqueur de ce « duel » tactique.

Nombreux, donc, sont les joueurs à avoir été testés ; trop peu sont-ils à avoir convaincu.

Et quand bien même certains s’imposent et font preuve d’un niveau de jeu satisfaisant, c’est l’équipe dans son intégralité qui bloque, comme pendant la funeste Coupe du Monde 2010, avec Sagna, alors au point culminant de sa carrière, et Évra, qui était à l’époque une, si ce n’est LA référence mondiale en tant que latéral gauche. Et si ce dernier a joué un rôle important dans la déroute des Bleus, ce n’est pas à cause de son comportement sur le terrain.

La France reste une grande nation formatrice dans le monde du football. On a donc pu voir ces dernières années des talents immenses tels que Mbappé, Dembélé, Martial, Rabiot, Tolisso, Umtiti ou encore Varane sortir des centres de formations du pays, mais il semblerait que les jeunes talents de l’hexagone aient préféré d’autres postes que ceux d’arrières latéraux.

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Dans une équipe de France pourtant performante, le problème devient capital, et la relève que l’on attend depuis trop longtemps tarde à arriver. Malgré tout, la saison passée, on a pu s’apercevoir que l’espoir n’émerge pas du noir (au grand dam d’IAM) mais dans ce cas précis du blanc et rouge de l’AS Monaco. En l’espace de 2 rassemblements à Clairefontaine, Benjamin Mendy et Djibril Sidibé ont réussi à surfer sur la vague de leur forme en club pour marquer des points dans l’esprit de Didier Deschamps et plus globalement des observateurs de l’Équipe de France.

Mendy, dont le transfert à Manchester City cet été a réussi l’exploit de nous fatiguer de Marcelo Bielsa, tellement les supporters marseillais ont partagé en masse la vidéo d’El Loco louant les qualités de son arrière gauche de son temps à l’OM, n’a eu besoin que de 4 petits matchs pour frapper fort. Son grand apport offensif à coups de débordements et de centres millimétrés, ainsi que des qualités défensives en nette progression lui ont permis de faire excellente impression pour ses premières capes. Forfait pour cet avant-dernier rassemblement qualificatif à la Coupe du Monde 2018, il devra s’imposer à City et confirmer avec les Bleus s’il veut composter son billet pour la Russie.

Djibril Sidibé, lui a (à peine) plus d’expérience internationale que son comparse du côté gauche. Appelé pour la première fois en bleu alors qu’il jouait encore à Lille, il totalise 10 sélections et a inscrit son premier but international contre l’Angleterre en juin dernier. Un peu moins talentueux et beaucoup moins fantasque que « Dimsou » Mendy, il n’en est pas moins devenu une valeur sûre de Didier Deschamps grâce à sa puissance et ses capacités athlétiques. Il devrait en toute logique débuter le match crucial contre les Pays-Bas ce soir même.

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Ces lueurs d’espoirs, couplées pourquoi pas à Layvin Kurzawa, dont le bilan est mitigé en EDF mais qui monte continuellement en puissance avec le PSG, sont bonnes à prendre pour Deschamps et son staff. Mais en cas de blessure d’un de ces joueurs, l’équipe se retrouve partiellement dépeuplée à un poste clé. Une situation paradoxale quand on voit qu’à chaque rassemblement, des joueurs de grande qualité sont laissés à la maison, notamment au milieu et en attaque.

Reste à espérer que les blessures longues durée épargnent les latéraux français cette saison afin de ne pas handicaper une équipe qui se positionne comme un candidat crédible au titre, mais qui aura bien du mal à remporter la deuxième Coupe du Monde de son histoire sans des top players à chaque poste…

Photo credits should read : AFP PHOTO / FRANCK FIFE