César Azpilicueta, portrait d’un acharné

Sous-estimer : verbe transitif, accorder à quelqu’un, quelque chose, une valeur, une importance inférieure à celle qu’ils ont effectivement.

Sous-estimé, si il y a un adjectif qui sied parfaitement à César Azpilicueta, c’est bien celui-là.

De Pampelune à Londres en passant par Marseille, César Azpilicueta a parcouru une longue route. Sans jamais faire de bruit, il s’est frayé un chemin dans le monde du football professionnel, à grands coups de travail, de courage et d’abnégation. Ni la concurrence, ni les blessures, ni les projecteurs du plus haut niveau n’ont pu l’empêcher de devenir, 10 ans après le début de sa carrière professionnel, un des tout meilleurs défenseurs au monde.

Tête d’affiche et chanson à sa gloire

Dimanche après-midi, le Chelsea Football Club recevait le grand rival d’Arsenal, dans le cadre de la 5ème journée de Premier League. Derby de Londres oblige, la tension était grande pour les fans des blues, après la déconvenue de la finale de la Cup en mai dernier, puis celle du Community Shield il y a de ça un mois. Quelques heures avant le match, les 41 000 supporters qui s’étaient déplacés ont pu avoir accès au traditionnel programme du match. Sur la couverture, la main sur le cœur (et l’écusson du club), César Azpilicueta célébrant son but inscrit en Ligue des Champions un peu plus tôt dans la semaine face aux azéris de Qarabag.

Le voir figurer sur le programme d’un des matchs les plus importants de la saison est révélateur de l’amour que peut porter le club de Chelsea à son défenseur espagnol.

Et si le club anglais lui rend bien ses performances, les supporters aussi. Ces derniers lui ont dédié un chant pour le moins… particulier. Azpilicueta étant difficilement prononçable dans la langue de Shakespeare, les sujets de sa Majesté ont choisi de rebaptiser ce pauvre César en « Dave ». Et voilà qu’un week-end sur deux, on peut entendre dans les travées du Bridge retentir des « Azpilicueta, we’ll just call you Dave », ou assez simplement « Azpilicueta, nous t’appellerons juste Dave ». Un nom qui est resté, car il n’est quasiment plus appelé que de cette façon par les supporters.

Mais avant d’arriver en couverture du programme de Chelsea/Arsenal, l’Espagnol a parcouru du chemin, étape après étape, sans jamais en brûler. Le tout avec ambition et patience. Deux qualités primordiales chez lui, qui vont lui permettre de gagner, presque partout où il est passé.

Du baptême de feu à une première moisson de trophées

Né à Pampelune, c’est à Osasuna que le gamin fera ses classes. Attaquant de formation, il est repositionné latéral par ses coachs en équipes de jeunes. Il est lancé dans le grand bain du monde professionnel en avril 2007, à seulement 17 ans. La première équipe face à laquelle il joue ? Le Real Madrid. Ses premiers clients dans le couloir droit qu’il occupait à l’époque ? Robinho et Roberto Carlos. Rien que ça.

Si remporter des trophées avec Osasuna n’est pas aisé, Azpi profite de la sélection nationale pour glaner un premier titre, l’Euro U19, également en 2007.

Après 3 saisons pleines avec son club formateur et une petite centaine de matchs pros, César est appelé en sélection, cette fois-ci chez les grands, pour faire partie de la liste élargie à 30 joueurs de Vicente Del Bosque pour préparer la Coupe du Monde 2010. Un grand honneur pour un joueur d’à peine 20 ans quand on connaît la qualité de l’effectif de la Roja et que l’on sait jusqu’où est allée cette équipe cette année-là.

Non retenu pour le voyage en Afrique du Sud, il en profite pour aller chercher un nouveau challenge sans trop s’éloigner de chez lui et signe chez le tout frais champion de France en titre, l’Olympique de Marseille, pour 7 millions d’euros.

Dans un contexte phocéen pourtant toujours propice à la critique facile, Azpilicueta fait vite l’unanimité, grâce à une grande maîtrise de son couloir droit, ses touches longues ainsi qu’un sens tactique rare chez un jeune joueur. Dès son premier match sous la tunique olympienne, il va chercher un premier titre, le Trophée des Champions, acquis aux dépends du Paris Saint Germain.

Sur la Canebière, en plus de garnir son palmarès grâce aux Coupes de la Ligue 2011 et 2012 et aux Trophées des Champions 2010 et 2011, César va montrer au monde ce que signifie « avoir du caractère ». Se rompre les ligaments croisés du genou gauche et contraindre son club à recruter l’un des meilleurs latéraux de Ligue 1 en la personne de Rod Fanni ? Pas de problème, il se remet sur pied avant la fin de la saison, joue 2 matchs, et s’envole pour le Danemark pour aller y gagner l’Euro espoirs avec la Rojita.

Son équipe est à la peine en championnat et finit à une piètre 10ème place ? Pas de problème, il tire ses coéquipiers vers le haut en enchaînant malgré tout les bonnes performances, notamment en Ligue des Champions, où l’OM atteint les quarts de finale. Et même lors de la double débâcle face au futur finaliste qu’est alors le Bayern Munich, César Azpilicueta fait bonne figure grâce à une hyper-activité dans son couloir droit.

Polyvalence et indispensabilité

Pas retenu pour l’Euro 2012, il est transféré fin août cette fois-ci chez le champion d’Europe en titre, Chelsea, pour 8 millions d’euros. Au plus grand dam des supporters marseillais qui n’oublient pas de nous rappeler fréquemment la plus-value (quasi) inexistante réalisée lors de la vente du basque.

À Londres, Azpi change de club mais pas ses habitudes, et après avoir fait son trou petit à petit, il remporte son premier titre en mai 2013 avec l’Europa League. Le tout malgré un contexte difficile.

La saison suivante le voit s’installer de manière durable dans le XI blues. Pour pouvoir lui assurer une place de titulaire, Rafa Benitez décale Branislav Ivanovic, jusque là arrière droit, au poste de défenseur central, fait monter David Luiz d’un cran, au milieu de terrain, et sort donc de son équipe John Obi Mikel, qui était pourtant un membre important de l’équipe depuis plusieurs années. En 2014/2015 puis en 2015/2016, pendant l’ère Mourinho 2, c’est au poste de latéral gauche qu’il est replacé. Et là encore, il excelle. Puis, depuis un peu plus d’un an et la mise en place d’Antonio Conte, il alterne entre latéral offensif droit et surtout défenseur central au sein d’une défense à 3 centraux.

Entre temps, il glane ses premières sélections avec la Roja, dispute une finale de Coupe des Confédérations en 2013, fait partie du naufrage espagnol à la Coupe du Monde 2014, et est sélectionné pour l’Euro 2016.

Tout au long de sa carrière, rares sont les gens à avoir considéré César Azpilicueta comme le meilleur joueur de l’équipe dans laquelle il jouait, rares sont ceux à lui avoir donné le crédit auquel il avait pourtant légitimement droit. Pourtant, il n’a jamais déçu. Mieux, il réjouit les supporters des Blues, et pas un seul de ces derniers ne pourrait aujourd’hui envisager de voir Azpi hors du XI titulaire, voir même pire, le voir quitter le navire.

Depuis son arrivée en Angleterre, « Dave » est devenu absolument indéboulonnable, et s’est permis d’aller chercher entre temps 2 titres de champion d’Angleterre en 2015 et 2017, et également une League Cup en 2015.

Concrètement, se rendre indispensable et gagner des titres, that’s what Azpi does…

Crédit photo : Chelsea FC

Photo Sebastian Frej / ProSportsImages / DPPI & AFP PHOTO / FRANCK FIFE

J'arrive toujours soigné comme une passe de Toni Kroos.

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