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« Tebas vete ya, Tebas vete ya ! »

Le chant résonne désormais depuis de nombreuses saisons à la douzième minute des matchs de Liga Santander et de Liga 1.2.3. Il s’adresse directement à Javier Tebas, président de la Ligue de Football Professionnel espagnole, et le prie gentiment de bien vouloir déguerpir du poste qu’il occupe depuis 2013. Mais pourquoi cet avocat de 55 ans cristallise-t-il autant les tensions ?

Un passé qui ne passe pas

De l’autre côté des Pyrénées, nombreux sont les stades politisés, où les groupes de supporters affichent sans hésiter les idéaux auxquels ils adhèrent, et ceux qu’ils préfèrent honnir. Et l’on trouve dans certains stades des hinchadas clairement marquées à gauche. Alors quand on connaît le parcours politique de Tebas, de sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui, la confrontation ne peut être qu’explosive. La président de la LFP est en effet un ancien membre du groupuscule franquiste Fuerza Nueva. Et il ne s’en cache pas : « Sur la plupart des sujets, je continue à penser de la même façon que lorsque je faisais partie de Fuerza Nueva. » Contre l’avortement, contre les nationalismes qui divisent l’Espagne, il n’hésite pas, durant la campagne présidentielle française, à balancer quelques punchlines qui font forcément polémique dans un état démocratique depuis seulement 40 ans. C’est sans sourciller qu’il affirme donc que « par moments, il manque quelqu’un comme Le Pen dans le paysage politique espagnol. » Ambiance.

Des provocations à la pelle

Sa dernière sortie en date n’échappe pas à la règle, et contribue à mettre de l’huile sur le feu, dans un contexte espagnol déjà volcanique. « J’imagine une Liga sans le Barça et l’Espanyol« , affirme-t-il sans nuances. « Si des clubs appuient les positions indépendantistes, ils resteront en dehors des compétitions nationales. » Une manière de répondre à l’attitude pro-catalane du Barça, et de politiser un peu plus le football, dans un pays où il est déjà élevé au rang de religion.

Une provocation parmi tant d’autres. De nombreux groupes ultras se plaignent régulièrement des restrictions dont ils font l’objet : tifos, banderoles, écharpes sont confisqués à l’entrée des stades. Un comportement qui attise une haine réciproque et empêche toute forme de dialogue.

La situation atteint son paroxysme lorsque Javier Tebas annonce son intention d’attaquer en justice les supporters du Rayo Vallecano, après qu’ils ont refusé par tous les moyens qu’un joueur, soupçonné d’accointances néo-nazies, ne soit prêté dans leur club. Il faut dire que l’accueil n’avait pas été tendre du côté de Vallecas, entraînant une situation tendue et la résiliation du contrat de l’ukrainien Roman Zozulya. « Cela affecte l’image de l’Espagne, ils sont très inquiets en Ukraine !« , affirmait à l’époque le président de la LFP. Au total, 17 supporters du Rayo ont été condamnés par la justice espagnole à une amende de 1000€ chacun. Une sanction que les Rayistas ont toujours en travers de la gorge.

Homme (d’affaires) controversé

Difficile, cependant, de trouver des voix officielles pour s’élever contre lui. Sous sa présidence, la Liga n’a jamais généré autant d’argent, notamment grâce aux droits télé collectés à l’échelle planétaire. C’est toujours moins que les milliards brassés par la Premier League, mais avec plus d’un milliard et demi d’euros à répartir entre les clubs pro de la péninsule, le futur est assuré, du moins sur le plan financier. Un contrôle économique des clubs a également été mis en place, permettant de réduire de manière très significative des dettes qui atteignaient des sommes colossales.

Pourtant, bien que les droits télé fournissent chaque année un montant phénoménal aux clubs de Liga, cette gestion n’est pas du goût de tout le monde, et Tebas est accusé de vider les stades pour engranger plus de profits. Les horaires sont adaptés aux marchés asiatiques, sans tenir compte de certaines problématiques beaucoup plus terre-à-terre. Ainsi, les matchs de lundi soir ou du dimanche midi sont particulièrement pointés du doigt par les groupes de supporters.

Les seules instances officielles décidées à s’attaquer à Tebas ne se sont montrées que récemment, suite à une énième polémique déclenchée par le sulfureux homme d’affaires. Lors du transfert de Neymar vers le PSG cet été, il s’est attaqué avec véhémence au club de la capitale et à ses propriétaires qataris. « Neymar est monté sur le plongeoir et a pissé dans la piscine » (sic), déclarait-il au moment du départ du Brésilien. Accusant le PSG de pratiquer le « dopage financier » et de « violer les règles du Fair-play financier« , Javier Tebas s’est attiré les foudres du football français, qui a fait bloc derrière sa locomotive parisienne. La LFP, française cette fois-ci, a donc qualifier les propos de Tebas comme étant « indignes » et « insultants« .

Alors ? Nasser ou Javier ? Peut-être vaut-il encore mieux ne pas choisir.

 

Photo credits : MEXSPORT/Adrian Macias.