[Ligue 1] Un derby qui a fait imploser le Chaudron

Dimanche soir, un nouveau chapitre a été écrit au stade Geoffroy Guichard et il s’avère que ce dernier entre dans la catégorie sombre de l’histoire. L’Olympique Lyonnais a infligé sa plus grande défaite à son rival historique lors du derby, sur ses terres. Une gifle, un coup sur la tête, un vrai carnage. Toutefois, nous n’aborderons pas vraiment sur le match et la déroute de Saint Etienne mais plutôt sur les éléments gravitant autour qui ont attiré notre attention.

Des tribunes sous tension

En effet, vous le savez tous, cette rencontre n’a pas la même saveur que les autres. Au-delà de l’enjeu, la tension qui l’entoure est unique. Electrique, absolument hors-norme, stressant à souhait. Bref, c’est unique. Et il est délicat de saisir cela pour ceux qui supportent un club n’entretenant pas une telle rivalité avec leurs voisins. Il faut le dire, pour ceux se trouvant en dehors de ce cercle, comprendre cet engouement n’est pas aisé. Laisser ces deux entités se détester en paix relève presque de l’impossible.

Ce match là a pourtant permis de voir à quel point tout peut rapidement basculer, à quel point la passion, la pression sont à leur paroxysme et à quel point les nerfs sont à vif.

85ème minute, l’horloge s’arrête et le terrain n’est plus occupé par les 22 acteurs mais par un amas de supporters et de CRS. Tout cela est parti du geste de Nabil Fekir, qui a célébré son deuxième but de la rencontre en brandissant son maillot. Ce ‘chambrage’ a toutefois été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien trop rempli. Ni une ni deux, certains se sont rués en dehors de leur tribune, rendant la soirée encore un peu plus dramatique.

Cela dit ce débordement cache probablement un mal plus profond qu’une vulgaire célébration entrant totalement dans le folklore du derby où presque tout est permis. Et il ne faut surtout pas l’oublier puisque sans cela, ce match perd presque toute saveur.

En effet, les deux groupes de supporters respectivement installés en Kop Nord et Kop Sud connaissaient des périodes difficiles. Pour saisir ce qu’il se passe il faut remonter à la saison dernière et un match contre Rennes supposé se jouer à huit-clos. Enfin jusqu’à ce qu’un vaste groupe de supporters pénètre dans l’enceinte du stade via le musée. Tout cela s’est produit après qu’un employé de la préfecture (qui est en charge du stade comme du musée) ait laissé traîner les clés. Oui oui, c’est bien réel.

Cette entrée remarquée n’a cependant pas été punie par la commission de discipline de la Ligue mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que la préfecture a décidé de se venger. Tout simplement. Elle a pris la décision d’appliquer des interdictions administratives de stade à, en tout, 20 membres clés des deux groupes d’ultras. Par membre clé on entend bien-sûr ceux qui permettent de faire régner la stabilité dans les deux kops, de canaliser les troupes etc. En outre, sans cadre tout devient plus délicat à gérer.

Dès lors on peut se dire que si ces personnes avaient été là, ce débordement aurait peut-être pu être évité puisque ces derniers savent comment faire régner l’ordre dans leur tribune. Cependant, difficile de parler en leur nom, cela ne reste qu’une théorie mais on ne peut s’empêcher d’y songer tant cela semble être corrélé. Nous ne cherchons aucunement des excuses à ceux qui ont envahi le terrain, nous nous efforçons simplement de trouver des raisons, des causes. Et il n’est pas impossible que cela en soit une.

La réaction a été impressionnante, mais elle reste humaine, teintée d’émotions que l’on ne contrôle pas toujours. Et conjugué aux problèmes internes, tout a sûrement implosé.

L’agacement envers leur propre équipe, qui a tout simplement été indigne de son public, a sans doute chauffé encore un peu plus les esprits. Il n’y a rien de plus horrifiant que de voir son club se faire souiller de la sorte, surtout à domicile.

Finalement, une chose nous vient en tête quand on pense à ce débordement, c’est la réaction du préfet de la Loire dont le travail n’est pas plus brillant que celui de ses prédécesseurs concernant le football. Ce dernier s’est dit ‘scandalisé’ par ce qu’il s’est passé, mais s’il n’avait pas pris une décision découlant simplement du désir de vengeance, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui.

Des tifos et des accusations à la pelle

Mais comme si cela ne suffisait pas, un autre événement semble avoir choqué la France entière. Et il s’agit cette fois d’un tifo en deux parties déployé dans la Sud faisant référence au film La Haine, salué par la critique et notamment titré aux Césars. Pas un film inconnu au bataillon donc. Cependant, ce grand titre inscrit en noir et blanc dans la tribune a effrayé alors qu’il ne s’agit que d’un artifice supplémentaire au folklore entourant la rencontre.

Ce qui a été réalisé dans le Kop Sud dépasse l’idée du vulgaire tifo peu créatif, commercial. Ça peut littéralement s’apparenter à de l’art, urbain certes, pas forcément orthodoxe, mais ceci reste artistique. Et les références qu’il y a derrière sont recherchées, elles sortent des sentiers battus. Cela n’est rien de plus que de la créativité, restant dans le contexte de cette rencontre entre deux ennemis de toujours. Ni plus ni moins. Cela n’est pas plus horrifiant que la célébration instinctive de Fekir.

Visiblement, ces références n’ont pas été comprises, jugées trop violentes. La prochaine fois, il faudra songer à éviter les références cinématographiques et rester courtois. Peut-être que les âmes sensibles ne feront pas de cauchemars. Ni la commission de discipline, qui a carrément décidé de se saisir de l’affaire.

De ce fait, lors du prochain derby à domicile, le Kop Sud devrait peut-être songer à mettre en scène Winnie l’ourson ou un autre personnage tout aussi attendrissant, afin de rester dans la norme. Peut être seraient-ils alors accusés de rendre violente une image destinée aux enfants ?

Si ce spectacle d’avant match a fait parler, certains faits ont moins été évoqués et pourtant ils ne sont pas forcément acceptables. Les quelques 850 supporters lyonnais présents n’ont rien eu de mieux à faire que de dégrader des espaces du stade comme l’a relaté Evect. Mais aussi de déployer une banderole peu cordiale. Cela a toutefois été passé sous silence par un certain président, comme souvent.

En résumé, les débordements ont été présents des deux côtés et cela va probablement conduire à l’interdiction de déplacement des supporters chez l’un et l’autre comme c’était le cas il y a peu de temps.

Ce derby aura donc des répercussions dans le futur. Notamment pour le Chaudron que tout le monde encense. Bien que certains veuillent le transformer en théâtre et en bannir les ultras qui sont bien-sûr à la source de tous les maux du football français…

Crédit photo: Romain Biard / Isports / DPPI

Parle d'Allemagne et de Bundesliga, et c'est à peu près tout.

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