Comment le FC Nantes s’est réinventé en une année

30 novembre 2016, la Beaujoire. Le FC Nantes subit une défaite 6-0 à domicile face à l’Olympique Lyonnais et pointe à la 19ème place du classement de Ligue 1, à 1 point de Caen, barragiste, et de Lille, premier non relégable. C’est déjà la 4ème défaite des hommes de René Girard à domicile en championnat après celles subies face à Monaco, Metz et Rennes. Pire encore, les Canaris n’ont gagné qu’une seule rencontre chez eux face à Bastia et la très médiocre qualité de jeu proposée par les joueurs du coach Champion de France 2011 a poussé les supporters à la faute lors de la 12ème journée.

Face à Toulouse, alors que le FC Nantes est mené 1-0 sur sa pelouse, des supporters de la Tribune Loire (selon le président Kita) font irruption dans la tribune présidentielle et tentent de pénétrer dans sa loge. Résultat, aucune bâche ne peut être déployée, aucune animation n’est autorisée dans les tribunes, et la vente des billets pour les déplacements est contrôlée jusqu’à nouvel ordre. L’ambiance qui faisait le charme de la Beaujoire n’est plus et l’octuple champion de France semble au fond du trou. Seul un messie (pas Lionel, l’autre) pourrait changer la donne…

Conceição, le début du renouveau.

Et, côté terrain du moins, ce messie n’a pas tardé à s’imposer. Nommé à la tête du FC Nantes le 8 décembre 2016, Sergio Conceição arrive en provenance de Guimarães et conquiert rapidement le cœur des fans. Il s’impose 3-1 en 1/8ème de finale de la Coupe de la Ligue face à Montpellier pour son premier match officiel à la tête du club. La suite ? 12 Victoires, 5 nuls et 6 défaites pour le coach portugais, 35 points pris en championnat et une belle 7ème place, meilleur classement des Nantais depuis leur remontée en Ligue 1 en 2013-2014.

Les résultats sont là mais surtout l’envie, disparue avec René Girard sur le banc, revient. Certains joueurs comme Valentin Rongier ou l’attaquant burkinabé Préjuce Nakoulma (arrivé au mercato d’hiver) se révèlent être de très bons éléments sous les ordres de l’ancien bouillant milieu de terrain de la Lazio. Celui-ci change les choses, il installe un onze qui ne bouge pratiquement jamais, et n’hésite pas à placer le gardien de but et capitaine nantais, Rémy Riou, sur le banc pour installer une colonne vertébrale Dupé – Carlos – Gillet – Nakoulma qui fera la réussite des canaris. Seulement voilà, les belles performances du club ligérien suite à l’arrivée de Conceição ne passent pas inaperçues, et attirent les convoitises de grosses écuries, notamment un des anciens clubs du coach, le FC Porto.

Début juin 2017, les dirigeants des Dragons annoncent qu’un accord a été trouvé avec le FC Nantes et que le coach de 42 ans va rejoindre Portogaia dans les jours à venir. Un véritable coup de massue pour les supporters nantais qui avaient vu leur sauveur prolonger le 19 avril précédent et ce jusqu’en 2020.

Sur les réseaux sociaux, celui qui était l’homme providentiel quelques semaines plus tôt est insulté de tous les noms. Mais il n’est pas le seul à en prendre pour son grade : le clan Kita (père et fils) est décrié (une nouvelle fois) pour son incompétence et le recrutement manqué de l’intersaison précédente fait douter les supporters. C’est un véritable coup de génie que va alors sortir le président nantais le 15 juin 2017, 2 semaines après l’annonce du départ de Sergio Conceição. L’homme d’affaires franco-polonais annonce que le coach italien Claudio Ranieri va reprendre les rênes de l’équipe. Énorme. Sans club depuis son départ de Leicester, l’entraîneur de l’année 2016 débarque avec sa méthode ; étonnement sur les bords de la Loire. Mais c’est quoi exactement la «méthode Ranieri » ?

La méthode Ranieri

Alors évidemment, si le public de la Beaujoire souhaite enfin revoir du « jeu à la nantaise » ce n’est pas avec le tacticien italien que les Nantais vont être satisfaits. En effet, reconnu pour son jeu plutôt défensif et efficace, le Mister ne déroge pas à la règle cette saison : 10 victoires avec un but d’écart, dont 7 sur le score de 1-0, 3 matchs nul et 6 défaites (dont Paris et Marseille) en Ligue 1. Avec un total de 18 buts marqués et 18 buts encaissés (dont 3 face à Lille lors de la 1ère journée et 4 face au PSG), le FC Nantes est classé 15ème attaque mais 3ème défense du championnat. Tout un symbole de la fameuse méthode de l’entraîneur italien.

Cependant, il le déclare lui-même lors d’une interview donnée à Bein Sport en octobre lorsqu’on lui pose la question « ce sont d’abord les joueurs qui travaillent beaucoup ». Et si c’était ça, la méthode Ranieri ? Tirer le maximum des joueurs qu’il a à sa disposition et surtout s’adapter aux qualités de ces derniers. Alors qu’il avait débuté la saison avec son 4-4-2 classique, notamment utilisé à Leicester, Claudio a rapidement changé sa composition pour installer progressivement un 4-5-1, avec un joueur en soutien de l’attaquant (Thomasson ou Rongier), un peu forcé lorsque les blessures (et instances de transfert) de Nakoulma, Bammou, Coulibaly, Sightorsson … ajoutés au manque d’expérience du jeune Kolo Muani ne laissait pour seul survivant en attaque que le soldat Emiliano Sala. Puis le coach Italien s’est réadapté, il a compris, Thomasson ou Rongier ne sont pas de véritables « 10 », mais plus des joueurs capables de gratter des ballons et de se projeter vite vers l’avant. Alors il décide de changer son 4-5-1 face à Saint-Etienne, laissant Abdoulaye Touré évoluer seul en sentinelle avec devant lui les deux jeunes milieux de terrain. Depuis l’entraîneur Nantais varie entre ces 3 systèmes, n’hésitant pas à repositionner certains joueurs en faisant évoluer Lucas Lima, latéral de gauche de formation, milieu de côté ou Koffi Djijdi, défenseur central de formation, en latéral.

Mais peu importe le système de jeu utilisé, la philosophie reste la même et quelque chose saute aux yeux lorsque l’on analyse les matchs des Nantais : la densité au milieu de terrain et une volonté de bien défendre avant de pouvoir attaquer.

Lorsque les Nantais n’ont pas le ballon (et ils ne l’ont pas souvent, seulement 44.8 % de possession en moyenne) ils forment un véritable bloc au milieu, coulissant à la perfection et ne laissant que très peu d’espace. Ils s’organisent pour faire un pressing efficace par à-coups, avec un Emiliano Sala qui excelle dans son rôle de premier défenseur. Ce bloc médian et ce pressing obligent les adversaires à passer sur les côtés, où les ailiers nantais n’hésitent pas à venir suppléer ou aider leurs latéraux. Des centres que la charnière Carlos-Pallois (ou Awaziem et Djidji) se fait un plaisir de repousser, ou que Ciprian Tatarusanu s’empresse de capter.

Et là, si le bloc équipe adverse n’a pas eu le temps de se replacer, les Nantais sont très dangereux, avec la qualité de passes de ses milieux de terrain et des ailiers et latéraux qui se projettent vite vers l’avant, les attaques nantaises sont souvent fulgurantes et les Nantais tentent un peu plus de 12 tirs par matchs en moyenne.

Parfois, les échanges nantais dans un petit espace à 2 ou 3 notamment entre les milieux de terrain annoncent une embellie dans le jeu d’ici la fin de la saison. Seul bémol, l’efficacité des Jaune et Vert. 7 buts en 16 matchs pour Emiliano Sala, certes, mais l’attaquant Argentin tente en moyenne un peu plus de 2 frappes par match et est le seul nantais à avoir un rendement convenable (2 buts en 8 matchs pour Nakoulma, 1 but en 6 match pour Bammou et aucun but pour Coulibaly et Ngom).

Mais voilà, les résultats sont là, si bien que les Nantais sont 5ème et présentent 33 points à la trêve, meilleur total depuis la saison 1994-1995. Un bilan bien aidé par leurs belles performances à domicile, avec 19 points pris sur 27 possibles et un stade de la Beaujoire qui fait de nouveau peur aux adversaires. Et même si le jeu à la nantaise n’est pas (encore) revenu enchanter les fidèles de la Beaujoire, un autre élément qui a fait rayonner le FC Nantes sur le plan national repointe le bout de son nez : la formation.

Le retour de la formation ?

Sur les 28 joueurs utilisés par Claudio Ranieri cette saison, 9 (Kwateng, Touré, Walongwa, Dupé, Rongier, Dubois, Djidji, Gandi et Iloki) sont issus du centre de formation et 4 joueurs (Alcibiade, Ngom, Bammou et Moutoussamy) qui ont été pris initialement pour jouer avec l’équipe de N3, ont participé à, au moins, un match de Ligue 1. Seul Rennes peut se vanter de faire mieux en Ligue 1 avec 10 joueurs formés au club et Lyon d’en faire autant avec 9.  Cinq joueurs issus du centre sont même régulièrement alignés dans le onze de l’entraîneur italien ( Touré, Rongier, Dubois, Djidji et Iloki). Le premier cité a même été nommé 2 fois Canari du Mois par les supporters.

Le classement établi par la FFF pendant l’été 2017 classait le centre de formation nantais à la 4ème position des meilleurs centres de formation français derrière Lyon, le Paris Saint-Germain et l’AS Monaco.

De plus, dans une lettre hebdomadaire du Centre Internationale d’étude du sport (CIES), publiée en octobre 2017, le FC Nantes se classe 11ème des centres de formation des clubs européens avec pas moins de 21 joueurs formés au club évoluant dans les 31 ligues européennes, à égalité avec l’AS Monaco et Arsenal mais devant le PSG ou l’AS Roma (20 joueurs).
Évidemment, cela ne permet pas d’évaluer la véritable performance du centre de formation nantais tant les niveaux des différentes ligues européennes varient et l’époque des Deschamps, Desailly, Bossis ou autre Henri Michel semble encore loin. Cependant les récentes réussites de certains anciens joueurs nantais dans des clubs plus huppés, comme Jordan Veretout à la Fiorentina , Amine Harit à Schalke ou William Vainqueur à la Roma puis à l’OM (dans une moindre mesure, Lionel Carole à Galatasaray puis Séville ou Georges-Kévin Nkoudou à Tottenham) montrent que la Jonelière a encore de beaux restes.

Les rumeurs de départ de Léo Dubois à Lyon ou de Valentin Rongier à Porto ainsi que les brillants résultats des jeunes, 2ème en N3, 1er en U19 et U17 Nationaux, démontrent que le centre de formation nantais est encore une valeur sûre aujourd’hui pour un jeune joueur qui souhaite avoir une carrière professionnelle.

Cependant, le président Kita en a marre de la Jonelière et trouve que le centre d’entraînement nantais est trop petit. Une décision qui ne plaît pas du tout aux supporters et qui vient s’ajouter à la mauvaise gestion des cas Dubois et Thomasson, tous les deux libres en juin 2018 et au flou autour de la construction du nouveau stade « Yellow Park » en 2022.

En bref, les Nantais ont connu une année civile 2017 plus qu’extraordinaire sur le terrain, le club est de nouveau bien installé en Ligue 1 et les problèmes avec la brigade Loire semblent désormais réglés. Reste à savoir combien de temps l’embellie va durer, tant les divergences encore présentes entre la direction et les supporters sur certains points démontrent que le club reste fragile et que ce dernier va devoir s’accrocher pour réaliser une année 2018 aussi belle…

Mathis Charbonneau

Crédits photos : AFP PHOTO / LOIC VENANCE

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