Emmanuel Eboué, entre rêves et cauchemars

Bien souvent, les intellectuels de ce monde aiment se prêter à l’exercice de la critique des footballeurs, qui plus est de leur salaire, jugé immoral. L’histoire qui va suivre a donc dû en faire sourire plus d’un. En effet, à force de brûler son argent sans réfléchir, on se retrouve forcément dépourvu. Voilà plus ou moins ce qu’ils ont dû se dire. Cependant, cette histoire montre surtout que le football est un sport à plusieurs faces, révélant de nombreuses inégalités, tel un microcosme de la vie. De la gloire à la déchéance, il n’y a qu’un pas, il n’y a qu’une ligne. Une ligne qu’Emmanuel Eboué a failli franchir. Passé du mauvais côté de la médiane, l’ancien joueur des Gunners a tout perdu, se retrouvant obligé de mendier pour un poste de second rang dans un club. Retour sur le destin le plus fou du XXIème siècle.

L’histoire commence le 4 juin 1983, quelque part dans Abidjan, lorsque le (très) jeune Emmanuel Eboué voit pour la première fois la lumière du jour. Ce jour-ci, peu de personnes se doutent de ce qui va arriver à ce garçon. Sa mère, peut-être, comme toutes les mères, voyait son fils devenir un grand de ce monde. Mais rien de plus.

Quelques années plus tard, Emmanuel Eboué se retrouve de nouveau sous le feu des projecteurs. Pur produit de l’ASEC Abidjan, il joue ses premières minutes au pays, dans le club le plus titré du pays à l’époque, avant de rejoindre ses compatriotes en Belgique, dans le club de Beveren. Là-bas, il va se révéler comme un défenseur à haut potentiel, capable de jouer dans les clubs et championnats les plus prestigieux en Europe. Il restera deux saisons dans le plat pays, le temps de marquer quatre buts et de se faire repérer par le mythique club de Londres, Arsenal. A sa tête, le francophone Arsène Wenger qui aidera grandement l’ivoirien à s’intégrer.

C’est donc à un peu plus de vingt-ans qu’Emmanuel Eboué débarque outre-manche. Personne ne savait alors qu’il en ferait son royaume. Notamment en raison de débuts complexes, ponctués par un retour prématuré dans la banlieue d’Anvers, du côté de Beveren. Persévérant, il revient en Angleterre à l’aube de saison 2005/2006. C’est certainement cette saison qui propulsa le jeune prodige tout en haut de l’affiche. Remplaçant de luxe lors des premières rencontres, il profita d’une accumulation de blessures pour saisir sa chance. Alors, il prouve à tous que son caractère couplé à son talent seront la recette miracle. A partir de Janvier, il devient titulaire et participe à dix-huit rencontres. Mieux, il sera l’un des artisans de la grande aventure londonienne en coupe d’Europe. Battant successivement le Real Madrid et la Juventus, ils s’inclineront cependant en finale contre Barcelone, sur le score de deux buts à un.

Les années qui suivent sont sûrement les meilleures de sa carrière. Il s’impose comme un titulaire indiscutable du club, lors de la grande époque d’Arsenal. Après une finale de Ligue des Champions, il connaît une finale de coupe d’Angleterre, qu’il perd de nouveau. L’ADN Arsenal paraît-il. Petit à petit, le ciel s’assombrit et ses jours à Arsenal sont comptés. Arsène Wenger, qui lui avait tant fait confiance lors de son arrivée, en vient à douter d’un joueur qui fut son meilleur élément. L’amour du maillot d’Emmanuel Eboué reste intacte et il souhaite aller au bout de l’aventure londonienne, celle qui lui aura fait vivre ses plus intenses émotions, celle qui lui aura permis de réaliser ses rêves les plus fous. Malgré toute sa motivation, en 2011, il quitte l’Angleterre pour la Turquie, Arsenal pour Galatasaray.

En Turquie, Emmanuel Eboué connaîtra encore la douce saveur de la Champions League, évoluant à dix-huit reprises pour Galatasaray dans cette compétition. L’image la plus médiatique de ces multiples campagnes européennes fut certainement son duel direct avec le légendaire Cristiano Ronaldo. Loin de son pays de naissance, encore plus de son pays d’adoption, il gagne les premiers titres de sa longue carrière. Deux victoires en championnat turque ainsi qu’en Supercoupe, voilà le résultat de ces années stambouliotes. Plus épanoui que jamais, c’est son sourire que l’on retrouve au terme du match du titre lors de la saison 2013, lorsqu’il s’amuse à prendre la place du journaliste pour interviewer ce dernier ainsi que ses coéquipiers.

Au bout de quatre saisons et de près de cent matchs, Emmanuel Eboué décide de quitter le pays. Quelques mois plus tard, Sunderland lui offre la possibilité de retrouver son pays d’adoption. Cependant, vingt-deux jours après son arrivée, la FIFA vient ternir le conte de fées, suspendant le joueur pour un an car il n’aurait pas payé son agent. C’est ici que le cauchemar de l’international ivoirien commence. Sans club, il divorce avec sa femme, qui récupère la majorité des biens et de l’argent du couple. Il lance alors une bouteille à la mer en accordant une interview à un média anglais. Depuis, il est retourné là où il a tout gagné, du côté d’Istanbul, en tant que coach adjoint de l’équipe U14. Entre rêves accomplis et cauchemars passagers, Emmanuel Eboué a connu et connaît une vie tourmentée, palpitante. Une vie à son image, à l’image de son caractère, lui qui restera toujours symbolisé par son humour et sa fougue. La preuve en images.

 

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Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais