[Allemagne] Berti Vogts, métronome de l’arrière garde

Les anniversaires sont souvent l’occasion de se concentrer sur un individu, une personne en particulier. En ce 30 décembre, c’est sur la carrière de Berti Vogts que l’on va revenir. De Mönchengladbach en passant par la Coupe du Monde 1974 et l’Euro 1996, le joueur puis entraîneur a gravé son nom dans le grand livre des légendes du football allemand.

Joueur de légende

Lorsque l’on évoque Berti Vogts, c’est sans aucun doute au Borussia M’Gladbach que l’on pense d’abord. Homme d’un seul club, il a traversé les saisons avec un seul et même maillot. Rien d’étonnant, toutefois, pour cette époque. Puisque dans les années 70, le marché des transferts n’était pas si développé, il n’était donc pas rare de voir des joueurs faire toute leurs carrières dans un seul et même club. Cela dit certains ont plus marqué les esprits que d’autres et c’est le cas de Vogts.

Entre ses débuts en 1965 et sa fin de carrière en 1979, l’arrière droit a mené son équipe vers le succès, avec le brassard de capitaine accroché à son bras. À tel point que dans les années 70, les Fohlen dominaient la Bundesliga mais aussi l’Europe globalement. Cinq titres de champion d’Allemagne entre 1969 et 1977 mais aussi deux coupes de l’UEFA, le palmarès du club s’est grandement enrichi au cours de cette période où le Bayern Munich était déjà redoutable. Mais au diable le Bayern Munich de Franz Beckenbauer et Gerd Müller, les hommes de la Westphalie dictaient le pas. Et c’est der Terrier qui était à la baguette.

 

Le capitaine expose ses conquêtes. (Crédit photo: Horstmüller)

 

Ce surnom a été donné à Berti Vogts simplement pour symboliser sa ténacité, sa détermination, lui le défenseur hargneux, dur sur l’homme qui n’abandonnait jamais rien. En dépit de sa petite taille rien ne pouvait l’arrêter. L’intensité qu’il mettait dans son jeu était d’ailleurs sûrement contagieuse au vu de tout ce qu’il a conquis au long de sa carrière avec ses coéquipiers en club mais aussi avec l’Allemagne de l’Ouest.

Berti Vogts et la Mannschaft, le succès au bout du chemin

 

En effet, si avec son club, la carrière du solide arrière droit est un franc succès, c’est aussi le cas avec son équipe nationale où l’on retrouve d’autres géants du football allemand. Entre Sepp Maier, Jupp Heynckes ou encore les deux cadors du Bayern cités quelques lignes auparavant, le potentiel est grand. Et l’espoir d’ajouter une nouvelle étoile sur le maillot après la première apparue en 1954 à Berne, est grand. Avant de penser à un nouveau titre, il faut d’abord passer l’épreuve de l’Euro 1972 dont les phases finales se déroulent en Belgique.

L’Allemagne de l’Ouest dirigée par Helmut Schön passe les tours préliminaires avec succès, toutefois Vogts n’apparaît pas toujours dans le groupe. En dépit de ses performances avec Gladbach où il est une valeur sûre. Cela change toutefois pour les phases finales, puisque cette fois, il est présent.

Cependant, si la RFA remporte son premier titre européen (3-0 face à l’Union Soviétique, avec notamment un doublé de Gerd Müller) ce n’est pas franchement « grâce » à lui. Le capitaine de Gladach devient un pilier de la sélection nationale à l’approche de la Coupe du Monde 1974 se jouant à domicile. Si bien qu’à partir de mars 1974 et jusqu’en juin 1978, il joue 48 matchs consécutifs pour son pays.

 

La seule manière d’arrêter Cruyff. ( Crédit photo: Masahide Tomikoshi TOMIKOSHI PHOTOGRAPHY)

 

Aligné sur le côté droit et parfois en défense central, le joueur alors âgé de 28 ans est intraitable, à l’image de ses coéquipiers. Doucement mais sûrement, cette équipe allemande s’affirme dans l’ombre des Pays-Bas de Rinus Michels et Johan Cruyff, grands favoris de cette coupe du monde. Lors de la finale, à l’Olympiastadion de Munich, les deux sélections finissent par s’affronter et le pays organisateur triomphe grâce à des buts de Paul Breitner et Gerd Müller (encore et toujours lui). 20 ans après ce premier titre historique, une seconde étoile apparaît sur le maillot, et la RFA réalise un doublé avec l’Euro 1972.

Lors de ce choc, Vogts doit affronter le monstre de l’époque, celui qui est encore aujourd’hui, l’un des plus grands joueurs de tout les temps, le plus connu des numéros 14 : Johan Cruyff. Ceci n’effraie pas le défenseur d’expérience qui n’hésite pas à provoquer le capitaine hollandais. Il le harcèle, provoque des fautes. Il fait tout ce qui est en son possible pour l’arrêter. Et cette méthode peu diplomate s’avère efficace puisque cette ténacité enraye la machine hollandaise.

Le vice des allemands permet à l’équipe de dérouler son jeu, avec un Berti Vogts toujours aussi déterminé.  Et les offensives hollandaises qui ont pour objectif d’inverser la tendance, d’égaliser à 2-2 après ce but de Gerd Müller à la 43e minute restent vaines.

Ce duel est probablement l’un des faits marquants de la carrière bien remplie de l’arrière droit. Cet affront est peut-être le symbole de son style, celui qui le caractérise le plus. Et savoir que son équipe a ensuite été couronnée de succès donne encore un peu plus d’importance à cette performance. Mais aussi à cette carrière riche de 96 sélections avec l’Allemagne, 419 matchs pour le Borussia Mönchengladbach et une belle collection de trophées.

 

Europameister 1996. (Crédit photo: dfb.de)

 

Cette victoire en tant que joueur de l’équipe nationale est la dernière toutefois il offre un autre titre à son pays. Mais cette fois il le fait depuis le banc. En effet, après sa retraite en 1979, et une grande carrière. Vogts passe au coaching et tout naturellement, il se dirige vers le poste de Bundestrainer. Il est placé au poste en 1990, après avoir dirigé les U21. Son arrivée se fait au moment où les deux Allemagnes sont proches de s’unir pour créer un seul et même pays. Et ceci n’est pas anodin pour ce joueur qui a évolué en tant que membre de l’équipe de de la RFA. Il faut donc apprendre à faire avec de nouveaux joueurs.

Ce processus ne sera toutefois pas forcément simple puisque les joueurs resteront majoritairement fournis par l’ancienne Allemagne de l’Ouest, notamment au niveau des clubs.  Et en 1996, lors de l’Euro se déroulant en Angleterre, rares sont ceux venus de cette ancienne Allemagne de l’Est hormis Matthias Sammer (originaire de Dresde, jouant alors pour le BvB), René Schneider (joueur du Hansa Rostock, seul représentant d’un club situé en ex-RDA), ou encore Steffen Freund (joueur du BvB).

Cependant, c’est le seul critère où le groupe se trouve être déséquilibré puisque qualitativement, l’équipe a fière allure. Pas aussi flamboyant qu’en 1974 mais loin d’être ridicule. Cela sera toutefois suffisant pour ajouter une nouvelle ligne au palmarès, en venant à bout de la République tchèque, qui est l’une des belles surprises du tournoi compte tenu du contexte politique. Là aussi, à l’image de cette Allemagne, un jeune pays après la scission avec la Slovaquie officialisé le 1er janvier 1993 mettant officiellement fin à la Tchécoslovaquie.

Dans un match lourd de sens si on l’observe d’un point de vue historique, la victoire a été acquise grâce au premier but en or de l’histoire. Et c’est Oliver Bierhoff que l’Allemagne peut remercier puisqu’il égalise à la 73e minute après que les tchèques aient surpris les joueurs de Berti Vogts. Puis il fini par marquer le but le plus important du tournoi à la 95e minute.

Et c’est un peu l’épouse du sélectionneur que l’on doit aussi remercier au passage puisqu’il se dit qu’elle lui a conseillé de convoquer l’attaquant de l’Udinese car « il te le revaudra ». Vrai ou non, l’anecdote est belle puisque c’est lui qui a offert la victoire à son pays et permis à son entraîneur d’ajouter une nouvelle ligne à son palmarès.

Finalement, Berti Vogts n’aura pas cessé d’écrire l’histoire du football allemand tout au long de sa carrière. Que ce soit sur le terrain ou depuis le banc. Il fait parti de ces hommes ayant marqué le football allemand de leur empreinte. Et se souvenir de cela, le jour de son anniversaire, est peut-être le plus bel hommage que l’on peut lui faire.

Crédit photo: SVEN SIMON / picture-alliance / DPA

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