[Premier league ] Burnley ou le triomphe de la rigueur

En Premier League, si les 6 premières places sont inévitablement trustées par les 6 grosses écuries du championnat, une lutte parallèle s’est développée de façon logique entre les autres clubs du championnat. Cette lutte a pour visée la 7ème place, dernière qualificative pour une Coupe d’Europe. Cette saison, c’est la jusque-là discrète équipe du Burnley Football Club qui s’est invitée à la fête et qui compte bien la troubler jusqu’au bout.

Menés par le discret mais rigoureux Sean Dyche, les Clarets sont en train de prouver au monde du football de par leurs performances qu’ils sont bien plus qu’une équipe destinée à faire le yo-yo entre Premier League et Championship. Le technicien et ses méthodes de travail y sont évidemment pour beaucoup.

Pour de nombreux observateurs du football anglais, cette saison 2017/2018 s’annonçait compliquée pour Burnley. 16ème la saison précédente à égalité de points avec le premier non-relégable, la plupart des équipes se seraient contentées de lutter une fois de plus pour éviter la relégation. Combiné à une quasi-incapacité à s’imposer en dehors de son fief de Turf Moor, et pour couronner le tout, la perte de deux de ses meilleurs joueurs, Michael Keane et Andre Gray, l’avenir n’était pas censé être brillant dans la petite ville de 75000 habitants située à 30 kilomètres de Manchester.

Pour The Independent, la meilleure chose qui aurait pu arriver aux Clarets cette saison était d’atteindre le ventre mou du classement pour un peu plus s’établir sur le long terme dans le championnat.

Le sous-marin Dyche

Comme souvent, le travail de Sean Dyche et de son staff ne s’est pas fait en surface. En poste depuis 2012, le Britannique en est à 3ème saison dans l’élite, après 2014/2015 et 2016/2017. Sorte d’archétype de l’entraîneur anglais rigoureux, il a fait dans le plus grand silence de ses 4-4-2 et 4-5-1 des armes défensives de premier plan.

Contrairement aux autres clubs anglais, Burnley et Dyche ont fait le choix de ne pas dépenser à outrance les millions gagnés grâce aux droits télévisés et aux ventes de joueurs. Au lieu d’acheter de nombreux joueurs très chers comme ont pu le faire Middlesborough et Hull City, les deux équipes promues en même temps qu’eux en 2016, les Clarets se servent de cet argent pour renforcer les infrastructures du club afin de bâtir un projet viable pour l’avenir. L’intersaison de la montée les seules dépenses pour des joueurs sont respectivement 8 millions pour Defour et 15 pour Hendricks. Pour le reste, le club signe des joueurs libres et Dyche maintient sa confiance envers ceux qui ont fait remonter le club dans l’élite.

Et quand Michael Keane s’en va à Everton, c’est par James Tarkowski, déjà au club, qu’il le remplace. Quant à Andre Gray, gros point d’interrogation de ce début de saison tant il était important pour l’équipe depuis 2 ans, il le remplace numériquement par Jonathan Walters et donne encore plus d’importance à Sam Vokes au sein de son attaque.

La confiance est justement une des plus grandes qualités du technicien. Lors de l’année de transition 2015/2016 où le club est redescendu en Championship, il donne les clés de son milieu de terrain à l’enfant terrible du football anglais Joey Barton qui réalisera une des meilleures saisons de sa carrière avant de prendre la direction de Glasgow et des Rangers.

Burnley a donc la particularité de posséder le plus grand nombre de joueurs britanniques dans son effectif de tous les clubs de Premier League, à égalité avec Bournemouth.

Le grand combat de Sean Dyche ? Le corporatisme. Les rares fois où on le voit sortir de sa discrétion habituelle, Sean dit ne pas comprendre pourquoi les entraîneurs étrangers sont automatiquement présentés comme des génies tactiques quand les tacticiens britanniques sont souvent considérés comme démodés dans le football moderne.

Sean Dyche, idole en ses terres. (Crédit photo: lancashiretelegraph.co.uk)

En interview, il a notamment pris pour exemple Antonio Conte pour illustrer son ras-le-bol, et c’est justement contre l’Italien et Chelsea que les Clarets ont lancé leur belle saison 2017/2018 en s’imposant 3/2 à Stamford Bridge. Si l’expulsion ridicule de Gary « 3 neurones connectés » Cahill a pesé sur le match, Burnley était malgré tout supérieur aux Blues sur ces 90 minutes et le résultat nous le montre.

Un parcours d’outsider remarquable

Par la suite, Burnley a continué sa route, sans que personne ne s’en soucie, en posant de nombreux problèmes aux meilleures équipes du championnat. 1 but partout sur la pelouse de Tottenham, même score sur celle de Liverpool, victoire 1/0 à Goodison Park contre Everton, puis nul 2/2 à Old Trafford. Sans parler de la très courte défaite contre Arsenal à domicile 1 but à 0.

En plus d’avoir parfaitement réglé les problèmes inhérents aux matchs à l’extérieur que l’équipe connaissait l’année passée, Dyche est parvenu à montrer qu’il n’est pas si ridicule que ça face aux « grands coachs étrangers ».

Bilan après 22 journées de championnat : une 7ème place largement méritée jusque là, la 4ème meilleure défense du championnat avec seulement 19 buts encaissés et surtout 10 clean sheets pour Tom Heaton, l’excellent portier qui aura sauvé les siens plus d’une fois.

Seul bémol, si Sean Dyche et ses hommes excellent dans le secteur défensif, ils ne sont que la 16ème attaque du championnat, avec 19 buts marqués, soit autant de buts marqués qu’encaissés. Il faudra bien évidemment travailler ce domaine à l’entraînement si les Clarets veulent s’accrocher à leur 7ème place et résister à l’énorme retour du Leicester de Claude Puel au classement -plus que 4 points séparent les deux équipes.

Peu attendus par les médias et les bookmakers, les Clarets de Burnley ont su jusqu’ici déjoué les pronostics pour s’imposer comme l’équipe surprise de cette saison 2017/2018 de Premier League. Les destins du club et de son manager sont désormais indissociables et si la qualification européenne est toujours loin, il ne faudra malgré tout pas s’étonner si en fin de saison les hommes de Sean Dyche réussissent à décrocher un billet pour l’Europa League, tant le travail abattu par l’équipe et son staff est colossal…

 

Crédit photo : AFP PHOTO / Paul ELLIS

J'arrive toujours soigné comme une passe de Toni Kroos.