[Coupe du Monde] Portugal : Born to be an outsider

Tous les quatre ans, les mêmes sonnettes se répètent : « Le Portugal a des qualités mais pas assez pour aller au bout », « S’il y a une équipe qui peut créer la surprise, c’est le Portugal », etc. Quand on y regarde de plus près, ces allégations ne sont pas complètement infondées. En 2016, par exemple, dire que le Portugal avait un effectif inférieur à ceux de l’Allemagne ou de l’Espagne est tout bonnement factuel. De même, peu de personnes avaient prédit que la Seleção irait au bout. Et elle y est allée. Elle y est allée car personne ne croyait en elle. Elle y est allée car créer la surprise est devenu sa spécialité, que ce soit en bien ou en mal.

Fort avec les faibles ou faible avec les forts ?

2016 a permis à la sélection portugaise d’entrer dans une nouvelle dimension : le cercle très fermé des équipes ayant remporté un titre international. Mais deux ans après, le Portugal ne figure toujours pas parmi les favoris pour le Mondial. Serait-ce dû à une irrégularité flagrante lors des compétitions internationales en général comme en 2014 et une phase de poules honteuse ? Sans doute. De même, il y a une forme de masochisme dans cette sélection qui aime toujours se qualifier à ces compétitions de manière rocambolesque, presque dramatique. C’est toujours le cas pour la Coupe du Monde 2018 avec une qualification lors de la dernière journée au travers d’une victoire face à une bien timide équipe suisse (27 points pris sur 30 possibles et qualification grâce au goal average). L’on pourrait souligner les 9 victoires sur 10 mais il semble qu’Andorre et les Iles Féroé soient du même niveau, sinon inférieures aux U15 de Charaf. L’incapacité des Portugais à passer un cap est effectivement criante. Malgré la victoire à l’Euro qui est parfaitement honorable, on sent que ce Portugal a encore du mal avec les équipes « pièges » comme la victoire à l’arrachée 2-1 contre l’Égypte fin mars le montre bien. Franchir ce pallier permettrait à la Seleção de s’affirmer parmi les plus grands qui, lorsque leur côte est de 1,2, remportent leurs matchs et ne font pas perdre d’argent à de pauvres gens.

Néanmoins, la victoire en finale de l’Euro a montré deux choses. D’abord, la force de caractère de cette sélection n’est pas négligeable. Remporter l’Euro après une phase de groupes désastreuse a montré la bravoure et le courage de cette équipe. Ensuite, battre la France en finale alors qu’elle jouait à domicile (quoi que) montre une grinta indéniable apportée notamment par Fernando Santos et sa fameuse méthode Coué. A force de se dire « on va le faire, on va le faire » et bah à la fin on le fait. Prophétie auto-réalisatrice FC. Cette mentalité a même clairement compensé l’écart qualitatif entre les deux équipes en finale. Le fait même de battre la France, considérée comme une des favorites de la compétition, atteste d’un fait : le Portugal est aussi capable de battre les grosses sélections.

Une situation qui va comme un gant à cette équipe

En ne partant jamais favori, le Portugal joue donc sans réelle pression, ou en tout cas avec moins de pression que les grands favoris. Ainsi, développer un jeu plus libéré par rapport aux grosses équipes est plus aisé. Il apparaît même que le Portugal ait de grandes difficultés quand il est considéré comme favori puisqu’il se doit de gagner pour satisfaire les attentes et tenir son rang. Dans toute son histoire moderne, le Portugal a déçu chaque fois qu’il était favori. Éliminations en huitièmes, en quarts voire dès les poules ont donc donné au Portugal son aspect irrégulier. 2010 et 2016 sont des parenthèses à ces contre-performances. Et si l’on regarde justement l’engouement autour de ces deux compétitions, on observe très clairement que le Portugal n’était pas prétendant au titre en 2010 et était outsider en 2016. C’est donc une situation appréciée par la Seleção puisqu’elle lui permet de réaliser ses meilleures performances.

Il en sera de même en juin. Le Portugal sera en position idéale pour remporter la première Coupe du Monde de son histoire. Un statut de non-favori, un effectif plus ou moins renouvelé qui sent bon le ballon, la sagesse de l’expérience et la fougue de la jeunesse. Voilà la recette qui pourrait permettre à la sélection portugaise d’aller au bout en remportant le titre de champion du monde. Comme très souvent dans un tournoi, ce n’est pas sur des qualités intrinsèques que se fera la différence mais sur un match, sur un éclair de génie, une frappe venue d’ailleurs. Et c’est là-dessus que le Portugal doit s’appuyer puisque si match face à une top équipe il y a, les seules aptitudes des joueurs portugais ne suffiront pas. Fernando Santos, le sélectionneur, en est en quelque sorte l’allégorie. Pour lui qui est loin d’être le meilleur entraîneur de son temps, sa capacité à tirer le meilleur des ses joueurs et à motiver son groupe manifestent toute la compensation des lacunes techniques par l’aspect mental du football.

Il y a un homme qui sera également boosté par cette compétition et ce statut, c’est l’inévitable Cristiano Ronaldo qui aura à cœur d’entrer un peu plus dans la légende. Cette Coupe du Monde marquera l’âge de maturité pour lui : il y vient en ayant tout gagné sauf cette compétition, en réinventant totalement le poste de numéro 9 et en étant le leader incontestable et incontesté de son équipe. On finira en reprenant Aristote puisque pour la Seleção, créer « la surprise, c’est l’épreuve du vrai courage ».

Photo credits : Pedro Fiuza / NurPhoto

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.