Steven Thicot : « Je lance un message aux clubs français : faites moi confiance »

Après une première partie où Steven Thicot nous racontait ses expériences internationales, place maintenant au début de sa carrière du côté du FC Nantes, son club formateur, avec lequel il n’a pas eu la chance d’évoluer en Ligue 1 mais aussi sa découverte du championnat de France avec Sedan et son départ vers l’Écosse.   

Tout était écrit pour que tu sois le futur de la défense nantaise, que s’est-il passé au fait ?

C’est à eux qu’il faut poser la question. Qu’ils viennent me parler. Pas pour raconter des mensonges, juste qu’ils disent la vérité une bonne fois pour toute. Ils ne m’ont jamais donné de véritables raisons. Avant que je signe pro à Nantes, il faut savoir que je peux signer quasiment partout en Europe, par rapport aux équipes de France de jeunes. Robert Budzynski qui a milité pour ma signature, m’annonçait des choses dont je n’étais même pas au courant comme quoi Liverpool voulait me faire signer. J’avais le pied dans le plâtre parce que je m’étais fait une fracture de la malléole. Je lui disais que je voulais juste revenir en forme pour pouvoir rejouer au foot. Dans ma tête, j’avais signé à 16 ans à Nantes pour pouvoir jouer un jour à la Beaujoire. Je voulais jouer pour mon club formateur afin de leur rendre ce que le club m’avait donné. Quand mes parents demandaient un rendez-vous au club après mes 6 premiers mois en pro, Serge Le Dizet et Jacky Soulard leur ont répondu « Nous ne sommes pas dans l’obligation de vous recevoir, car Steven n’est plus en formation. Laissez nous gérer sa carrière” Et quand nous voyons le résultat, quel gâchis !

Selon eux, nous n’avions pas à nous poser des questions sur la gestion de ma carrière. J’avais fait largement mes preuves en CFA. Mon entourage avait demandé que je sois prêté à un autre club de Ligue 1. Refus catégorique de Nantes, qui avait préféré prêter Stephen Drouin. Je voulais juste aller m’aguerrir car le niveau de la CFA ne me motivait plus. J’avais besoin d’une vraie compétition pour apprendre mon métier dans l’élite et acquérir de l’expérience. Après cette discussion, j’ai été mis de côté. À quelques jours de la reprise de la seconde pré saison, on m’appelle pour m’annoncer que je ne reprendrais pas avec les pros. À 19 ans, c’est quand même un peu bizarre pour un jeune issu de ta formation, non? Finalement avec l’aide de mon agent de l’époque, Karim Djaziri, je trouve un prêt à Sedan. Serge Marchetti qui était le directeur sportif à l’époque, me regarde après mon arrivée en compagnie de ma famille et me dit catégoriquement « Je ne comprends pas pourquoi les gens disent que tu es un mauvais garçon ». Grande stupeur avec mes parents et il surenchérit « Depuis que Nantes sait qu’on s’est mis d’accord pour le prêt, le club n’arrête pas de nous appeler pour nous dire que tu es un fouteur de merde, que tu es un gars qui peut bousiller un vestiaire ». J’ai toujours été respectueux, je n’ai jamais eu de problèmes avec les anciens, que ce soit avec Mickael Landreau, Frédéric Da Rocha ou encore Nicolas Savinaud à cette époque. Ils étaient dans une optique « Il ne réussira pas chez nous mais il ne réussira nulle part ». Pourquoi me faire ça ?

À mon retour de prêt, Nantes est relégué en Ligue 2 tout comme Sedan. Avant même que je fasse mon retour au club, mon agent m’appelle pour me dire que, Michel Der Zakarian le nouveau coach ne me désire pas dans son groupe. Mes parents soucieux de mon avenir, ne voulant pas que je sois en faute professionnelle, me trouve une location proche de la Beaujoire afin de me rendre aux entraînements. Il faut savoir que le club de Nantes avait réservé des chambres d’hôtel pour tous ses joueurs qui revenaient de prêt sauf moi. Malgré cela, je suis bien au club le jour de la reprise et je fais toute la préparation, ça se passe très bien. Grâce à Xavier Gravelaine, je n’ai pas été écarté et j’ai pu faire la préparation estivale. Sur le terrain, tout roule, je joue 5 matchs titulaires sur 7. Les 2 autres matchs je suis le jeune qui a le plus de temps de jeu donc je me dis que j’ai peut-être retourné l’opinion. Mais non… Le premier match de championnat avait lieu un lundi contre Reims. La semaine précédant la rencontre, le mercredi, on fait une opposition à la Jonelière, je suis titulaire. Le samedi, à la Beaujoire, pareil. Le dimanche, le coach donne le groupe : je ne suis pas dedans. Luigi Pieroni qui était à Nantes à l’époque me demande « Thic t’es blessé ? » parce que personne ne comprenait. Guy Roland Ndy Assembe, pareil. J’étais persuadé de connaître ma première à la Beaujoire. J’ai compris plus tard que Xavier Gravelaine et Luc Dayan, qui étaient venus pour remettre Nantes sur de bons rails, avaient achevé leur mission et qu’ils quittaient le club sous peu. À partir de là, terminé. Jamais dans le groupe de toute la saison. On m’interdit carrément de jouer en CFA durant deux ou trois mois. Avant, quand tu ne jouais pas avec les pros, tu jouais au moins avec la CFA. Là, rien. Impossible d’exercer mon métier. Je suis croyant et on m’a rappelé à un moment donné. C’était le premier match de Sofiane Hanni qui fait une très belle carrière au passage, c’était un match à Yzeure. On gagne 0-1. Le coach Stéphane Moreau me convoque avant le meeting d’avant match et me dit directement « Steven, comment tu fais…? » Implicitement, j’ai compris qu’il me demandait comment je faisais pour ne pas lâcher.

J’aime le foot, je ne lâcherai jamais. Carrément, au centre, dès qu’il y avait un match de foot et que certains autres joueurs voulaient mettre PopStars ou un autre programme, je mettais mon match car mon amour du foot est trop grand. Avant de signer pro, c’était magique. Après, c’était totalement différent. À l’époque, j’avais tout de même l’impression que le fait que ça soit ma famille qui s’occupait de moi, que les gens avaient la haine. Ça commençait à sortir le « clan Thicot » car ma famille me suivait partout, quel que soit le lieu. Nantes, Strasbourg, Marseille… Mes parents faisaient en sorte de toujours être là. Ça dérangeait le monde du foot, car nous n’étions pas de leur milieu. Actuellement, je ne peux même pas retourner à Nantes, ça me fait trop mal. Y a des mecs qui ont joué à la Beaujoire et pas moi. Jusqu’à aujourd’hui, je croise des mecs dans la rue qui jouaient avec moi qui me posent encore cette question : « Mais que s’est-il passé ? ». Ça me fait vraiment mal. Carrément, un jour, je croise Mamadou Sakho en vacances, il me dit « je venais te voir jouer au Paris FC, t’étais trop chaud ». Tu ne peux que répondre merci, ça fait plaisir mais bon, lui était au PSG et moi, c’était différent.

T’as un peu une mauvaise image qui te colle à la peau ?

À chaque fois que je suis sur le point de revenir en France, c’est toujours la même histoire. J’entends des critiques sur mon éducation, sur mon attitude mais jamais du terrain. Je ne remercierai jamais assez ma famille pour tout ce qu’ils m’ont donné et pour le soutien indéfectible qu’ils m’apportent encore aujourd’hui. Je demande à Dieu de les garder le plus longtemps possible en vie et en bonne santé. J’ai peut-être commis des erreurs comme tout le monde, mais à 31 ans je suis un autre homme. Pourquoi les gens appellent uniquement Nantes quand ils veulent des renseignements ? Pourquoi ils n’appellent pas Philippe Bergeroo ? J’ai bien été capitaine, et un relais important de quasiment tous mes coachs à l’étranger. Aujourd’hui, je vais tout vous dire. J’étais en sélection avec le coach Bergeroo et un jour, il demande à me parler. J’étais avec Samir Nasri parce qu’on était tout le temps ensemble. Nantes via Serge Le Dizet disait au coach de ne plus me prendre en sélection. Coach, si vous lisez ça, je m’en excuse, j’avais promis de ne pas le dire mais là je suis obligé. J’ai mis 12 ans avant de le sortir, peut-être que les gens vont dire que je mens mais au moins, j’ai lâché des noms. Quand tu rentres de sélection et que les gens de ton club formateur sont limite contents que tu sois éliminé, c’est très grave. À partir du moment où je suis parti de la France et que j’ai découvert l’étranger, je me suis dit que j’aurais du écouter Budzynski et partir quand j’avais 17 ans. A l’étranger, personne ne te juge sur ton passé. Tu peux avoir des antécédents mais si tu es bon, tu joues, tout simplement.

Donc après, tu pars en Écosse. Beaucoup de hauts, des bas aussi…

L’histoire de ma vie. J’étais à l’UNFP, je reçois un appel de David Fouquet, avec qui je suis toujours en contact. Il me dit « J’étais un ancien recruteur de Chelsea et je te voulais quand je travaillais pour ce club ». Bien évidemment, quand tu entends ça, tu crois que c’est un canular. Je sors de Nantes, on ne m’a jamais parlé de Chelsea de toute ma vie. Bref, au fur et à mesure, je prends conscience que c’est sérieux. Il me dit qu’il est à Hibernian, et que mon profil les intéresse. Donc j’arrive là-bas, je tombe amoureux. Un centre d’entraînement magnifique, des terrains parfaits. Carrément, si tu rates un contrôle, faut pas regarder la pelouse. Tu manges au centre, tu finis l’entraînement, les kitmans te redonnent de nouveaux équipements, des salles de muscu… la totale. Si tu veux bosser, il y a clairement de quoi faire. Je suis tombé dans le professionnalisme, le vrai. Ça commence parfaitement, belle pré saison, c’était top. Premier match de championnat, je jouais milieu défensif. 15 minutes de jeu, sur un changement d’aile, je me blesse. 3 mois out. J’arrive tout de même à faire 23 matchs dans la saison. Je joue contre le Celtic, les Glasgow Rangers, Aberdeen, le derby contre Hearts, ça se passait vraiment bien. Je me souviens que le dernier match de la saison à Aberdeen, on m’envoie à la presse et je leur dis « Vous n’avez pas vu le vrai Steven Thicot, je vous donne rendez-vous la saison prochaine ». On change de coach à l’intersaison, je joue tous les matchs au début de la pré saison mais mon temps de jeu diminue juste avant le début du championnat. Malgré tout, je me dis que ça fait partie de la vie d’un groupe, c’est l’entraîneur qui décide. Sur l’intersaison, j’avais énormément travaillé, j’ai du prendre max une semaine de vacances pour être au top à la reprise. Du coup, début de saison, je ne joue pas, l’équipe gagne, le combo qui fait mal mais tu ne peux qu’accepter. Cette période dure tout de même cinq mois. Des joueurs qui jouaient à mon poste viennent me voir en me demandant pourquoi je ne jouais pas. C’est quand même incroyable non ? D’habitude, le mec qui joue à ta place s’en fout de ta situation mais là, c’était différent.

Je reviens sur un match contre Dundee United, je prends « the Man of the Match », je m’attends donc à enchaîner mais rien du tout. Je fais 10 matchs dans la saison, en finissant titulaire en tant que latéral droit. Quand tu fais 23 matchs la première année, t’as envie de faire une saison pleine la deuxième, donc t’es un peu déçu. On se qualifie tout de même pour les tours préliminaires de l’Europa League en fin de saison. Lors du dernier match, je retombe sur mon gros orteil. On me conseille juste de me reposer. Je recommence à courir pendant mes vacances et la douleur est terrible je suis en larmes, je sens mon pouls dans ce même orteil. Impossible de marcher correctement. Bien évidemment, quand je rentre, on me dit que je ne peux pas toucher le ballon pendant un moment. Je rate le tour préliminaire d’Europa League. Le coach se fait débarquer quelque temps après, et encore une fois, j’en fais les frais. Je joue très peu, j’étais en dernière année de contrat, on m’annonce qu’on ne me prolonge pas, rien de choquant mais un petit pincement au cœur quand même car les fans m’appréciaient beaucoup.

Même si ta carrière n’est pas terminée, quel bilan en fais-tu pour le moment ?

À des moments, je m’assois et je ne suis pas satisfait de ma carrière, j’aurais aimé avoir des noms plus ronflants sur mon CV. Mais des fois, je me dis que j’ai tout de même joué à Hibernian, club mythique écossais au Dinamo Bucarest, gros club en Roumanie, en Ligue 1 Portugaise, à Belenenses ou à Tondela. Quand tu en parles en France, ils ne connaissent pas forcément mais ces clubs là, dans les pays où j’ai joué, ce sont des gros clubs et ça te suit à vie. J’ai toujours été performant lors des gros matchs, j’aime cette adrénaline c’est mon carburant. J’ai toujours répondu aux attentes de mes coachs partout où j’ai joué. C’est aussi pour ça que j’ai des regrets. Dans un top club, tous les matchs que tu joues, sont des gros matchs. J’aurais aimé connaître ça. Je ne peux pas savoir si j’aurais atteint un Real Madrid comme Karim Benzema mais, c’est ça la vraie vie du footballeur. Cela fait 10 ans qu’il est au Real, chaque saison, ce sont des stats de fou, c’est exceptionnel, le top du top. Tout ça pour dire, que c’est vraiment dommage que ça se soit terminé comme ça en Écosse parce que je suis amoureux du pays. Mais qui sait, peut-être un jour j’aurai la chance d’y rejouer.

Aujourd’hui, t’en es où ?

Je m’entraîne tous les jours. Je travaille avec un préparateur physique que je ne remercierai jamais assez, Karim Lecannellier. C’est grâce à ses compétences que j’ai toujours été prêt pour relever les différents challenges que ce soit Melaka, Tondela ou encore Larissa. Aujourd’hui, je suis à la recherche d’un club, j’ai faim de ballon, je suis clairement un passionné de mon métier. Je lance un message à tous les clubs français qui liront cette interview. Je vous demande juste qu’on me donne ma chance et qu’on me fasse confiance en me donnant l’opportunité de venir travailler avec un groupe professionnel. Là, vous pourrez juger par vous même de mes qualités. Je compte sur votre indulgence pour ne pas vous laisser guider par des jugements qui ne collent pas à ma véritable personnalité. Je suis quelqu’un de fédérateur dans un groupe et je suis toujours prêt à relever tous les défis même ceux qui peuvent paraître insurmontables. Je vous invite également à vous renseigner auprès de mes anciens coéquipiers de sélection. J’ai grandi, j’ai mûri, je ne suis plus le même homme. Et puis footballistiquement, les images ne mentent pas. Si vous êtes convaincu de ma bonne foi, de ma détermination et de mon professionnalisme, je serai heureux de partager une aventure avec vous.

Crédits photos : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP