[Interview] Steven Thicot : « La génération 87 ? A 17 ans, personne ne pouvait nous tester »

Actuellement sans club après son départ de Melaka United (Malaisie), Steven Thicot a faim de ballon et veut retrouver rapidement un collectif. Après plus de 10 ans de carrière, faite de hauts et de bas, il se confie, sans concession, sur toutes les étapes de celle-ci. Une très longue interview confession.

Tu es actuellement sans club après avoir fait une pige en Malaisie à Melaka United. Comment cela s’est passé là bas ?

Au niveau footballistique, c’était vraiment top. J’ai fait 27 matchs sur 30, j’ai même hérité du brassard de capitaine à une reprise. Je ne m’attendais pas du tout à un niveau aussi élevé, ce qui m’a agréablement surpris. Je suis content parce que je suis un vrai passionné du beau jeu. C’était une très bonne expérience sur le plan professionnel et personnel.

Quand tu parles de niveau correct, à quoi peux-tu le comparer ?

Ça, c’est vraiment très compliqué parce que j’ai joué dans tellement de championnats ces dernières années… Il y avait vraiment du niveau parce que les équipes ont droit à cinq étrangers. Généralement, ce sont des joueurs qui ont du ballon. Ils sont pour la plupart défenseurs centraux, milieux créateurs, ailiers ou avants-centres. Ils viennent très souvent du Brésil, d’Argentine du Portugal ou de France tout comme moi. Ils sont en fin de carrière ou cherchent à relever un nouveau challenge. C’est donc difficile de se prononcer. Certaines rencontres pourraient s’apparenter à la Ligue 2 française.

Comment fait-on le choix d’aller dans un championnat aussi exotique quand on a fait toute sa carrière en Europe ?

Je me trouvais dans une situation compliquée, après ma résiliation de contrat en Grèce. Un agent que je connais depuis mes années portugaises m’a contacté. Il m’a alors dit “Steven, je sais que tu n’es pas attiré par l’Asie mais là, les circonstances sont différentes, le coach est Portugais et il te connaît” . Sur le plan financier, on ne va pas se mentir, c’était pas mal. J’ai donc bien réfléchi et décidé de me lancer dans l’aventure.

Une appréhension avant de partir ?

Il y en a toujours un peu lorsque l’on quitte son domicile sans savoir où l’on va atterrir. Tu ne sais pas comment ça va se passer. Cependant, je suis quelqu’un de nature optimiste qui s’adapte assez vite. Ce fut compliqué par moments, mais j’ai suffisamment d’expérience pour faire face à ces situations. Une fois impliquée dans une mission, je vais toujours jusqu’au bout. Au final, tout s’est bien passé et je suis sûr d’avoir laisser une bonne image de moi, que ce soit sur ou en dehors du terrain donc c’est tout bénef.

Avant cette période, il y a eu des rumeurs qui disaient que tu allais arrêter ta carrière. C’est vrai que tu y as pensé ?

Non, pas du tout. Je voulais que l’on me laisse un peu tranquille. Je voulais me concentrer sur moi-même, et rester imperméable à tout ce qui se dit. Comme dans tout métier, il y a toujours du monde qui parle, positivement ou négativement. J’ai connu deux périodes, une où tout se passait merveilleusement bien jusqu’à la signature de mon premier contrat professionnel et une autre bien plus compliquée depuis. Pourtant, je n’ai jamais cessé de travailler et ma passion est toujours intacte. Cette démarche venait donc de moi.

Tu as pas mal bougé ces dernières années, on va revenir sur toutes ces périodes. En Grèce, à Larissa, pourquoi ça n’a pas marché ?

Quand j’arrive là-bas, tout se passe très bien. Ils voulaient me voir une semaine avant de me proposer quelque chose. Au bout d’un entraînement, tout le monde était satisfait. Dans ma tête, j’étais venu pour ne signer que six mois, avant de faire un point en fin de saison sur une éventuelle prolongation. Prolongation qui aurait eu lieu si les deux parties, le club et moi-même étions satisfaits à tous les niveaux. Au bout de deux jours, convaincu par ce qu’ils avaient vu sur le terrain, ils m’ont proposé un contrat de six mois + deux ans en option en cas de maintien. Avoir un contrat aussi long à 29 ans, c’est super mais j’étais tout de même un peu sceptique. Ils me faisaient comprendre que c’était soit ça soit rien donc j’ai accepté. Les 8 premiers matchs, tout était top, je montais en puissance au fil des rencontres et…

C’est à ce moment-là que tu te blesses ?

Exactement. Trois jours après mon anniversaire, à la fin d’une séance d’entraînement de travail devant le but, sur ma dernière frappe je me fais le quadriceps. Je suis malheureusement annoncé out jusqu’à la fin de la saison. On avait des points d’avance sur les relégables mais cette avance a fondu au fil des journées, suite à de mauvais résultats. Du coup, le club me dit que je devais rejouer. Je n’étais clairement pas prêt et surtout pas en état de jouer. J’ai privilégié mon corps, je ne m’en cache pas. Quand j’étais avec le staff médical, il me disait que j’avais raison mais quand il était avec le président, c’était tout l’inverse. Après avoir obtenu le maintien, plus de bonjour de la part du président où c’était clairement très froid. Avant de partir en vacances, ils m’ont fait comprendre qu’il fallait que je résilie mon contrat sans que je perçoive mon dû, c’est-à-dire mes deux années de contrat restantes.

Mais comment gère-t-on ce genre de situation ?

Pour la petite anecdote avant d’aller à Larissa, j’avais été invité par un club en Indonésie. J’y suis allé pour voir mais ça ne m’a pas plu du tout. Quand Larissa me contacte, je suis encore là-bas mais ils veulent que je sois au club dans deux jours. Donc en 48h je fais Indonésie – Paris, Paris – Larissa. Si ce n’était pas un signe fort de ma part concernant mon implication, mon envie de jouer et défendre les couleurs du club, je ne comprends plus rien. Après tout ça, ils remettaient en doute ma parole sur une blessure. C’est dingue mais le milieu du football par moment est comme ça. Ma jambe gauche, c’était un mollusque, la différence musculaire entre mes deux jambes était flagrante. Si je joue et que je rechute, on me dit quoi ? “Tu ne fais que te blesser, on résilie ton contrat ?” Clairement, ça se termine en queue de poisson par rapport à ça. La saison est terminée et je rentre chez moi. Plutôt que de partir en vacances, je recommence mon programme de réathlétisation pour accélérer mon rétablissement. S’en suivent des messages de menaces du style “Si tu ne résilies pas, tu ne joueras plus au foot ». Je suis donc retourné au club avec mon agent afin que l’on trouve une solution. Nous avons rencontré le président. À notre retour à l’hôtel, mon agent m’a fait comprendre qu’il ne repartirait pas de Grèce sans moi. Quelle que soit l’offre, on accepterait car il n’aurait pas été serein de me savoir seul dans le pays. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer dans ce genre de situation. Nous nous sommes mis d’accord sur le versement de quelques mois de salaire et je suis parti. Ma liberté et mon bien-être n’ayant pas de prix.

Tu n’as jamais eu de problèmes de paiement de salaire là-bas ? 

Bien sûr que si malheureusement. C’était aussi une des choses qui me faisaient douter par rapport à la signature d’un contrat aussi long. Tout se sait dans le milieu donc la Grèce et ses arriérés de paiement, je connaissais déjà le délire à travers des articles de presse et d’amis ayant joué dans le pays. Il y a pas mal de choses qu’on ne m’avait pas dit avant ma signature. Tu savais que quelque soit le montant que tu perçois mensuellement tu n’es autorisé qu’à envoyer sur ton compte français si tu es français que 2000€ uniquement. Tu peux vite te mettre en porte à faux si tu as des crédits à rembourser par rapport à certains investissements ! Pour ma part j’ai réussi à trouver des solutions mais bon, c’est assez spécial. Je ne garderai pas forcément un excellent souvenir de la Grèce. Il y a aussi eu cependant des côtés magnifiques avec des matchs à l’ambiance exceptionnelle notamment face au PAOK ou face à l’Olympiakos et la Grèce reste un très beau pays. Dans chaque expérience, il y a du bon et du mauvais et je fais en sorte d’essayer pour ma part de ne retenir que le bon.

Tu es aussi passé par le Portugal et la Roumanie. Pourquoi ne pas être resté au Portugal alors que cela semblait bien se passer ?

Franchement, c’est une question que je me pose encore aujourd’hui. Après Naval, et la saison exceptionnelle que j’avais réalisée, je voulais continuer mais dans l’élite portugaise (Naval était en deuxième division, ndlr). J’avais joué 52 matchs dans leur intégralité sur une saison, j’avais été élu meilleur joueur du championnat. J’avais reçu une proposition d’un club de Olhanense qui était en première division mais ce club avait des problèmes financiers, tout comme Naval. L’équation de jouer au foot et de ne pas savoir si j’allais être payé ne me convenait plus. Je leur avais demandé de faire un petit effort supplémentaire de quelques centaines d’euros par mois. Demande refusée, je trouvais cela un peu vexant par rapport aux prestations que j’avais fournies sur le terrain. Au final, le Dinamo Bucarest me fait une offre qui est tout autre que celle venant du Portugal. Financièrement bien meilleure, je décide de l’accepter même si mon cœur et ma tête étaient et voulaient rester au Portugal. Le Dinamo reste un très grand club où j’ai laissé une bonne image sur le terrain avec 23 matchs joués, deux buts marqués et une qualification pour le tour préliminaire de la Ligue Europa. Au terme de cette saison, je décide de partir pour des arriérés de salaire encore une fois et je perds à nouveau de l’argent. Mon contrat devait s’étendre sur trois ans. Après cette nouvelle mésaventure, je retourne au Portugal mais cette fois en Liga Sagres à Belenenses, club de Lisbonne. À mon arrivée tout se passe super bien, j’enchaîne 10 matchs en tant que titulaire, l’équipe tourne bien, nous sommes 6ème. Là, coup de tonnerre, le coach qui a milité pour ma venue se fait licencier, jusqu’à aujourd’hui je ne comprends pas pourquoi. Un nouveau coach arrive, il me sort du 11 de départ et même du groupe des 18. Je me retrouve comme on dit dans le milieu à la cave, sans explication. J’avais signé un an et demi. À partir de là, je n’ai même plus le droit de m’entraîner avec le groupe pro, on était uniquement deux dans cette situation. Le pire, c’est que le club me remet des courriers en mains propres pour m’informer des jours et des heures où je peux me rendre au centre d’entraînement sous peine de sanction si je ne respecte pas la teneur de ces courriers. Incompréhensible.

Comment fais-tu dans ces conditions là ?

Concrètement, impossible de continuer. Le message envoyé par le coach était assez clair. Donc six mois de chômage et direction Tondela. Une situation critique. Ils ont 5 points, ils m’appellent via une personne qui me connaît en me demandant si j’étais prêt à relever le défi. J’accepte en étant convaincu que nous allions nous sauver, ce fut la première phrase que j’ai dit à mon arrivée au club. Tout le monde me disait de ne pas y aller car ce n’est pas bien d’avoir une relégation sur son CV, d’autant plus quand tu es défenseur. Au final, on se maintient, je joue 17 matchs sur 20, on prend énormément de points. En fin de saison, je suis dans le vestiaire avec le coach avant mon départ en vacances, il me regarde dans les yeux et me dit : ”Merci pour tout ce que tu as fait, je ne te remercierai jamais assez. Je viens de re-signer pour deux ans et je veux construire un groupe compétitif pour l’an prochain et tu es une de mes priorités. On va te faire une proposition, elle va arriver très vite”. Je pars donc en vacances avec le sentiment du devoir accompli et j’attends patiemment. Une semaine, deux semaines et toujours pas la moindre proposition. Je vois que des coéquipiers re-signent. Je me dit alors “s’ils se m’ont mis d’accord, c’est qu’ils n’ont pas reçu leur proposition la veille pour la signer le lendemain” donc j’ai trouvé ça louche. Finalement la personne qui s’occupe de moi au Portugal m’annonce que le club ne me fera pas de proposition. Je n’y croyais pas. Après avoir accepté et relevé ce défi incroyable, c’était dur à encaisser. Je suis quelqu’un qui prend ses responsabilités dans tout ce qu’il fait. J’ai donc envoyé un message à toute l’équipe technique pour obtenir des explications. Sur cinq personnes, seulement deux n’ont pas pris la peine de me répondre, l’entraîneur adjoint et le coach.

J’imagine que le processus de recrutement des clubs était déjà bien avancé…

C’est exactement ça. Des clubs avaient demandé des renseignements sur ma situation, je leur avais dit que j’allais renouvelé avec Tondela, du coup, ils ne me calculaient plus. J’avais reçu une proposition du Kazakhstan, financièrement très belle mais je sortais de 6 mois pleins au Portugal, avec un maintien au bout donc je privilégiais le foot à l’argent. Voilà comment je finis par signer en Grèce. Mon histoire au Portugal est entrecoupée et ça me fait mal parce que c’est un pays qui m’a beaucoup donné. Malheureusement, je n’arrive pas à avoir cette continuité dans mes contrats comme ce fut le cas en France et en Écosse.

Quand on regarde ton parcours, est-ce que tu ne penses pas que tu as été trop exigeant avec toi-même ?

Non, pourquoi ? Je suis un battant, un compétiteur. L’exigence fait, a fait et fera toujours partie de ma vie jusqu’à mon dernier jour. J’ai grandi et été élevé avec ça. Mes parents m’ont inculqué ça très tôt. Dans ma jeunesse mon père nous martelait : “La vie c’est une jungle, si vous tombez, on vous écrasera et on ne vous relèvera pas”. À bientôt 32 ans, je ne peux que confirmer que ses propos étaient véridiques. Cette exigence m’a amené dans l’élite du football français, dans les équipes de France de jeunes. J’étais capitaine avec la génération 87. Toutes proportions gardées, c’est l’exigence que tu dois avoir si tu veux atteindre le top niveau. D’ailleurs, je suis tombé sur un extrait de Balotelli il y a quelques jours, j’ai adoré ce qu’il a dit. “On fait un exercice de frappe, je mets une frappe au-dessus, mes coéquipiers me disent “c’est pas grave, la prochaine”. Mais non ! On joue au foot depuis tout petit. Tous les jours depuis que tu es jeune, tu répètes les mêmes gestes. Tu ne peux pas être dans une mentalité où “je rate une passe, ce n’est pas grave, la prochaine sera la bonne”. C’est être suffisant ça. Certaines personnes ne comprennent pas ma manière de penser par rapport à ça. C’est une de mes forces. De nos jours, tu ne peux pas te permettre d’être ainsi, c’est trop dur de s’en sortir dans la vie en étant que suffisant.

Pour revenir sur l’épisode Belenenses, lorsqu’un entraîneur t’écarte du groupe professionnel sans raison et que tu lui demandes un rendez-vous, pourquoi refuse-t-il constamment ? De quoi a t-il peur ? De moi ? Il n’a pas à avoir peur car quelle que soit la ou les raisons qu’il me donnera je serai obligé d’accepter. Quand il refuse constamment de m’accorder ce rendez-vous en présence du directeur sportif, pourquoi m’entêter ? C’était l’une des pires périodes de ma vie de sportif. Quand tu es footballeur, s’entraîner à deux ce n’est pas une vie. Après, 25 minutes d’entraînement, l’entraîneur adjoint te dit que la séance est terminée, tu n’es forcément pas d’accord avec lui et tu lui fais comprendre que la séance va durer plus longtemps. Cet entraîneur adjoint était vraiment gentil avec nous. Un jour il nous a clairement dit “de trouver une solution pour la saison prochaine parce que le football, ce n’est pas ça.” Quand une personne du staff te dit ça, tu sais qu’il faut vraiment partir. Toutes les décisions que j’ai prises dans ma carrière, si c’était à refaire, je les referai. Je suis quelqu’un de très posé et je réfléchis énormément avant de prendre une décision.

Pour revenir encore un peu plus loin, tu es le premier de la génération 87 à avoir soulevé la Coupe d’Europe U17. Elle était comment cette équipe ?

Une bande de potes. Avec une énorme détermination et beaucoup de talents. On vivait super bien ensemble. Nous venions d’horizons diverses mais il y a avait une alchimie incroyable une fois sur le terrain. J’aurais toujours des regrets car on rate l’opportunité de pouvoir disputer la Coupe du monde U20 et les Jeux Olympiques en ne nous qualifiant pas pour l’Euro U19. J’étais persuadé que l’on était suffisamment armés pour ramener tous les trophées à la maison. Après, y a pas mal de facteurs qui rentrent en jeu, tout comme dans la carrière d’un footballeur d’ailleurs. Ça s’est tellement bien passé très tôt que beaucoup de joueurs ne venaient plus en sélection car ils évoluaient déjà en Ligue 1 à 17 ans. Quand tu joues en Ligue 1 devant des milliers de personnes et que tu reviens en sélection de jeunes, parfois, tu as ce petit contrecoup mental qui n’est pas voulu. La réussite précoce de certains a “nui” au développement de cette génération même si c’est un peu contradictoire. Je suis content pour ceux qui sont sortis très tôt mais je pense que tous ensemble on aurait pu faire quelque chose d’encore plus grand. Personne ne pouvait nous tester. On jouait et battait tout le monde. L’Espagne de Piqué et Fabregas, l’Italie de Giovinco, l’Allemagne de Kevin-Prince Boateng, les Pays-Bas de Drenthe… Notre effectif était incroyable, les remplaçants auraient été titulaires dans n’importe quelle autre sélection.

De cette génération, il y en a pas mal qui ont percé au très haut niveau…

Pas tous et c’est clairement un regret me concernant. Je parlais d’exigence tout à l’heure et ça serait mentir de te dire le contraire. Regrets parce qu’au même moment et au même âge, j’étais plus en avance que certains joueurs de la sélection. La grande différence entre eux et moi, c’est que leur club formateur leur avait permis de faire la bascule avec le groupe pro. Chose que le mien a refusé de faire. Après certains vont dire que je suis parti trop tôt en Écosse mais je ne suis pas d’accord. Une carrière se construit, la plupart du temps en établissant un plan : centre de formation, début en pro dans ton club et après tu fais ton petit bonhomme de chemin à diverses échelles. Soit le très très haut niveau, soit un niveau correct. Quand tu regardes les joueurs de ma génération, la plupart ont eu ça. À 17, 18 ans, même s’ils n’étaient pas titulaires, ils s’entrainaient avec le groupe pro et ils faisaient des apparitions, chose que je ne faisais pas… Après, tu prends de l’expérience, tranquillement. Quand je commence à jouer à Sedan, au milieu de mes deux années nantaises, les gens ne se rappellent pas mais je les invite à regarder mes prestations en tant que défenseur central à 19 ans. Ne pas avoir de continuité à Sedan a été un petit scandale. Je retourne sur le banc parce qu’on me dit que Jean-Michel Badiane, avec qui je m’entends très bien aujourd’hui, revient de blessure. Dans ces cas-là, comment veut-on qu’un jeune fasse démarrer sa carrière ? Tout en sachant que mon intérim avait été très bon. Ça voulait dire que je sois bon ou mauvais, je n’allais pas avoir de continuité. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Donc il y aura toujours des regrets parce que je voulais « révolutionner » mon poste avec les qualités que j’avais. J’en ai développé d’autres depuis mais ce qui est marrant, c’est qu’à mon époque, cela m’était reproché mais maintenant c’est devenu une qualité : défendre debout, passe vers l’avant, être à l’aise avec le ballon… À moi, on me disait que je n’étais pas défenseur parce que je ne taclais pas assez et que je n’avais pas le short sale à la fin des matchs. Que s’est-il passé en 10 ans ? Ce sont toutes ces petites choses là qui me font mal aujourd’hui et qui font que des fois, je m’arrache les cheveux. Cela me fait encore plus mal pour mes parents qui se disent « mon fils avait toutes ses qualités là à leur âge mais on les lui reprochaient ». Je ne pourrai pas revenir en arrière mais bon, il est normal que je me pose des questions aujourd’hui. Moi, j’aimerais bien un jour que Nantes me dise pourquoi je n’ai jamais joué une seule fois en pro, chose qu’ils ont fait avec tous les autres joueurs de l’effectif.

 

Crédits photos : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP