Mitroglou : un cas emblématique de l’ère McCourt

La rumeur courrait depuis plusieurs semaines maintenant, elle s’est intensifiée, s’est faite de plus en plus insistante au fil des jours et puis hier soir, l’info tombe : Kostas Mitroglou va s’engager du côté du Galatasaray SK. Plusieurs fois annoncé de retour à Benfica, c’est finalement en Turquie que l’attaquant grec va prolonger sa carrière. Il quitte l’OM sur un goût amer puisqu’il n’aura pas véritablement accompli grand chose durant son séjour phocéen. L’objectif ici n’est pas véritablement de disserter sur le fait que l’OM traverse une grave crise mais plutôt de montrer en quoi la gestion du cas Mitroglou par le board olympien est symptomatique de la gestion plus générale du club.

Une marche trop haute ?

Il y a un certain désamour entre les supporters de Marseille et le grec. Il faut dire que dès le début, Mitroglou a été confronté à une gestion finalement très eyraudesque des choses. Arrivé le 31 août 2017 du côté du SL Benfica pour 15 millions d’euros, il est ce que l’on appelle dans le jargon un panic buy. Vendu comme une alternative cheap au fameux « grantatakan » par la direction marseillaise, de nombreuses attentes ont été placées sur lui. Vous avez dit « attentes » ? « Attentes » comme celles également placées sur l’OM Champions Project et qui n’ont pas été concrétisées. Dès lors, il est possible de se questionner sur l’ambition du projet, non seulement à l’échelle individuelle avec le cas Mitroglou, mais également d’un point de vue plus collectif avec le projet.

Concernant Mitroglou, si l’on en croit le niveau du joueur au SLB, sa perte de niveau paraît particulièrement étrange. Il est arrivé à Marseille avec l’étiquette de bon voire très bon joueur de Ligue 1, il quitte le club avec 12 buts en 45 matchs joués soit un but tous les 2,7 matchs en moyenne, des manqués qui ont fait le tour des réseaux sociaux et en étant devenu l’un des boucs-émissaire d’un snapchatteur qui fait des vidéos sur YouTube à ses heures perdues. Comme le Champions Project, rien ne s’est donc passé comme prévu : pas de qualification en Ligue des Champions, aucun trophée, des fessées contre les grosses équipes, etc. La gestion du cas Kostas Mitroglou par l’Olympique de Marseille n’est donc finalement qu’une simple allégorie de la gestion du club et de ses performances.

Rudi Garcia et la pédagogie : un mariage qui n’a jamais eu lieu

Depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois, un véritable consensus s’est crée autour de Rudi Garcia : il n’est plus l’homme de la situation et il doit partir. Toutefois, la prolongation de son contrat récemment lui permet d’empocher un gros chèque de plus de 10 millions d’euros en cas de licenciement potentiel. Là encore, la gestion eyraudesque des problèmes a resurgi au grand dam des supporters phocéens. Mais là n’est pas le sujet. Le sujet, il est que Garcia est justement l’une des pièces maîtresse de l’ère McCourt à tel point que les clés du camion sportif lui ont été remises. Résultat : un effacement progressif de la direction sportive sous l’égide d’Andoni Zubizaretta qui semblait pourtant être un grand professionnel. Profitant de cette main-mise, l’entraîneur français use voire abuse de ses marges de manœuvre, à tel point qu’il en vient à tirer son groupe vers le bas et Mitroglou est sans doute l’exemple de cela le plus probant.

Comme évoqué précédemment, Mitroglou a accusé une baisse de régime soudaine, trop soudaine, à son arrivée sur la Canebière. L’on pointait d’abord du doigt sa remise en forme puisqu’il sortait d’une blessure de trois mois qui l’a condamné à ne pouvoir jouer avec l’OM qu’à partir du mois d’octobre 2017. Alors que certains affirmaient qu’il fallait le mettre au placard après ses premiers ratés, d’autres encore jugeaient qu’il avait besoin du temps. Une chose était claire : il fallait faire un choix. Mais là encore, Garcia a fait une Eyraud : il n’a pas choisi et la situation n’a de facto jamais pu s’améliorer. Lorsqu’il jouait, l’animation offensive était si pauvre qu’il touchait parfois moins de dix ballons par match, souvent dos au but. Lorsqu’il entrait en jeu, c’était suite à un vulgaire remplacement poste pour poste, souvent en lieu et place de Valère Germain. A noter d’ailleurs que la même situation prévaut pour Germain. Enfin, l’on a vu à plusieurs reprises Rudi Garcia taper sur l’attaquant grec en conférence de presse à des périodes où son entraîneur, qui est avant tout un éducateur, n’a pas arrangé un potentiel manque de confiance en lui (idem pour des joueurs comme Radonjic ou Caleta-Car qui en ont aussi pris pour leur grade pour couvrir les incompétences du coach marseillais). Garcia semble avoir perdu son sens pédagogique en plus de son sens tactique, ce qui ne présage rien de bon pour l’OM.

A la lecture de cet article, tout le monde semble être fautif sauf l’homme en question. Il est évident qu’il détient sa part de responsabilité lorsqu’il manque un tap-in à trois mètres du but ou qu’il fait annuler un but d’un de ses coéquipiers parce qu’il est hors-jeu mais en y regardant de plus près, cela ne représente qu’une partie minoritaire des déboires dont souffre l’OM. Ces déboires semblent effectivement être systémiques, être liés à un coach qui coache mal et à une direction qui dirige mal. Tel un rat de laboratoire ou un vulgaire hamster, Mitroglou a fait les frais de la mauvaise gestion de l’OM sous l’ère McCourt à tel point qu’il en est devenu tristement exemplaire.

Crédits photos : Boris HORVAT / AFP

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.