FC Sochaux : la décadence, date par date

Ça fait un moment qu’on ne parle plus vraiment de sport lorsque la France du football évoque l’actualité du FC Sochaux. Et cela n’a pas seulement à voir avec le niveau de la Ligue 2. Si le terrain est préoccupant, les coulisses le sont encore davantage. Décryptage au compte-gouttes de la chute d’un des piliers du football français.

Ils étaient tous là. Bernard Genghini, en costard, les autres, en short et crampons. Les Isabey, Quercia, Vivian, Ljuboja, Frau, Boudarène et compagnie. Comme des vieux potes qu’on n’avait pas vu depuis des lustres. Ils avaient tous pris un petit coup de vieux, quelques rides, un peu de bedaine. Mais nous aussi, alors… Tous s’étaient retrouvés pour un match des anciens. L’occasion de fêter les 90 ans du FC Sochaux-Montbéliard, mais aussi se rappeler du bon vieux temps. On n’est jamais aussi nostalgiques que lorsqu’on voit les bons souvenirs trop loin à l’horizon. Des époques plus ou moins brillantes, certes, mais jamais aussi sombres que celle que traverse aujourd’hui le deuxième club ayant disputé le plus grand nombre de saisons en première division (66, derrière l’OM, 69).

À voir comment l’institution évolue, il y a de quoi se prendre le visage entre les mains. Depuis que le FCSM est devenu, à l’instar des Milan AC, Inter Milan, Aston Villa, Manchester City, l’Atlético Madrid, l’Espanyol Barcelone et autres Slavia Prague, propriété chinoise, les mauvaises nouvelles ne font que s’enchainer. Son président, Monsieur Li, entretient le flou complet autour de son club. Les choses ne sont jamais claires. Bienvenue dans un monde où tout est compliqué. Avant de se lancer dans la lecture de cet affligeant récit, il convient de s’envoyer un grand verre d’eau avec, au fond, un puissant anti-vomitif.

Juin 2014 / PSA veut vendre
PSA (Peugeot société anonyme), groupe fondateur du club en 1928, annonce chercher à vendre le FC Sochaux. Une pilule difficile à avaler pour l’ensemble des suiveurs du club…

6 juillet 2015 / Peugeot out, Tech Pro in
Peugeot et le FC Sochaux signent les papiers du divorce. Le partenaire historique du FCSM souhaite se focaliser totalement sur l’automobile, son secteur d’activité principal. La loi oblige la direction sochalienne à demander aux salariés du club si l’un d’entre eux dispose d’un projet de reprise à proposer. Personne ne se manifeste (si on reposait la question aujourd’hui, il pourrait y avoir quelques mains levées). Denis Worbe, président de la SASP, annonce une cessation de 100% des parts de PSA à Tech Pro Technology Development pour 7 M€. Une somme fixée par PSA et pas du tout négociée par l’autre partie. En réalité, au terme d’un astucieux – et incompréhensible pour le commun des mortels – montage financier, le FCSM n’aurait couté que 50 000 €. Mais ça, on s’en rendra compte bien plus tard. Sochaux devient le premier club français à être acheté par des chinois.

Tech pro, le vaisseau mère

Tech pro, c’est 500 salariés, 54 millions $ USD de chiffre d’affaires, une entreprise immatriculée aux Îles Caïmans, cotée sur le tableau principal de la bourse de Hong Kong Limited, spécialisée dans la fabrication et la vente de condensateurs electrolytiques en aluminium et qui a ajouté, en 2009, une nouvelle corde à son arc : l’élaboration et la vente de produits d’éclairage LED. D’où la création de sa filiale, Ledus. L’intérêt, pour le groupe, de racheter un club de football comme le FC Sochaux ? S’implanter dans le marché européen, évidemment. Pas impossible non plus que Peugeot, en donnant la priorité à Tech pro, ait négocié quelques avantages pour, elle, s’immiscer en Chine. Tout le monde est gagnant, se disent ceux qui comptent moins les buts que les dollars. Sans oublier que la Chine souhaite faire du football le sport n°1 sur ses terres.

7 juillet 2015 / « Revenir en Ligue 1 dans les plus brefs délais  »
Au départ, à Sochaux, on espère voir débuter une nouvelle ère. On s’imagine que Wing Sang Li ne va pas hésiter à mettre la main au porte-monnaie pour replacer les Lionceaux en première division. On est même plutôt satisfait de voir débarquer un repreneur, même si on reste méfiant et loin de l’euphorie. Il faut dire que sans PSA, on ne donnait pas cher de la peau du club. D’autant plus que l’homme d’affaires hongkongais sait faire briller les yeux de supporters.

En vrac, lors de l’interview du président accordée à L’Est Républicain, le quotidien local : « On ne changera rien de ce qui existait au sein du club. Nous voulons continuer l’histoire et la culture de ce club. Et nous espérons le meilleur futur pour le FC Sochaux-Montbéliard » ; « Notre objectif est de vendre notre éclairage en France et d’y implanter la marque Ledus. Le football est un vecteur efficace pour le marché français. Nous espérons faire de Sochaux une marque et, pour y parvenir, revenir en Ligue 1 dans les plus brefs délais » ; « Le but sera de faire de Sochaux une marque internationale pour avoir plus de relations avec les pays asiatiques. L’école de formation du club est connue et reconnue en France. C’est une des raisons de notre acquisition. Des échanges d’ici l’été prochain sont envisageables. Pas qu’avec la Chine, avec Hong-Kong aussi. Ainsi qu’avec l’Espagne » ; « Notre projet avec le gouvernement d’Espagne s’étale sur seize ans. Nous ne sommes pas des traders ! Nous avons des projets à long terme. » Un nouveau logo et un slogan : « Continuons la saga ».

Wing Sang Li, l’Empire du milieu… de terrain

Diplomé de l’université de commerce de Kobe (Japon), Wing Sang Li, 58 ans, est depuis 2011 président de Tech Pro Technology dont le siège est à Hong Kong. Auparavant, il a occupé les fonctions de vice-président et directeur de Rontex International Holdings, de directeur exécutif de Siberian Mining Group et de China Electric Power Technology Holdings. Sa fortune est estimée à 95 M€. Il est passionné de photographie depuis l’enfance – c’est ce qu’on appelle un cliché – et a joué au foot dans sa jeunesse, au niveau amateur, comme milieu de terrain.

2 aout 2015 / Le président-délégué à la porte
Laurent Pernet, président-délégué du FC Sochaux et salarié de PSA, est resté au dessus de l’épaule de Ledus quelques semaines. Il espérait durer un peu plus au sein du club, mais le nouveau board du club le pousse dehors. Une décision mal vécue par l’intéressé. Plusieurs noms circulent immédiatement concernant sa succession. Notamment Thomas Lichtenauer, le responsable de Ledus France, branche qui vient d’être créée – on y reviendra –, et Jawhar Mounir, un ancien agent.

10 aout 2015 / Un directeur général débarque
« Monsieur Li », comme il est appelé au club, commence à placer ses pions. Le Suisse Ilja Kaenzig remplace Laurent Pernet et devient directeur général du FCSM.

Ilja Kaenzig, un joli CV

À 42 ans, Ilja Kaenzig a d’intéressants atouts à faire valoir. Après avoir géré la coordination du recrutement au Grasshopper Zurich, il a été directeur général du Bayer Leverkusen (1998-2002), d’Hanovre 96 (2004-2006), où il était également directeur sportif. Dans la foulée, il passe chef des sports au journal Blick. Il devient ensuite délégué de l’UEFA puis membre du conseil d’administration de la Fédération suisse (2012, 2013 et 2014) avant de se retirer. Un homme qui connait le football, donc. Mais sa carrière n’est pas teintée que de réussites. Son passage aux Young Boys de Berne est un échec, malgré des promesses ambitieuses.

15 septembre 2015 / Kaenzig parle plus fort
Logiquement, alors que l’équipe peine à mettre un pied devant l’autre Olivier Echouafni est remercié. Mais ce n’est pas le président qui a pris la décision. Lui, tournait autour du pot et ne savait que faire. C’est Ilja Kaenzig qui a pris ses responsabilités.

3 octobre 2015 / « Le rêve peut encore être matérialisé »
Lors de l’intronisation d’Albert Cartier, le remplaçant d’Echouafni, Monsieur Li tient à rassurer sur le fait que l’objectif Ligue 1 reste d’actualité, malgré les mauvais résultats de l’équipe. « Le rêve peut encore être matérialisé. Il faut juste, dans notre cas, procéder étape par étape, accepter de souffrir plus, de s’entraîner encore plus fort. J’ai confiance dans notre équipe et dans ses possibilités. » Un comble de parler de rêve pour endormir tout le monde quand on s’appelle Li…

18 janvier 2016 / La motion de défiance
Les supporters s’agacent de la direction et posent une motion de défiance. Monsieur Li avait annoncé pouvoir injecter 100 M€ dans les caisses du club, mais les fans restent pour le moins sceptiques. Ils n’ont pas confiance en lui. Ils sont aussi révoltés par le fait que des membres historiques du FC Sochaux sont licenciés. Après Laurent Pernet, c’est Bernard Maraval qui a été mis à la porte. Les fans s’inquiètent également des intermédiaires qui rodent autour du club. Li a donc organisé une rencontre afin d’apaiser les tensions avec les supporters.

Juillet 2016 / Tech Pro se ramasse
Un rapport publié par l’Américain Glaucus Research, un cabinet d’analyses, fait froid dans le dos. Il avance que Tech Pro a gonflé les prix de ses actifs, menti sur sa situation financière et donc… fraudé. Selon ce rapport, le groupe chinois est en train de s’effondrer. « C’est un rapport d’opinion, donc biaisé et il en tirera des bénéfices si l’action Tech Pro baisse », se défend Wing Sang Li. Mais l’action de Tech Pro, la maison mère de Ledus, est bien en chute libre. Dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 juillet, elle a perdu plus de 86% de sa valeur à la bourse de Hong-Kong. Plus de 50% le lendemain. En deux jours, l’action est passée de 19,95 à 1,032€. Un autre groupe d’analystes, l’Américain GeoInvesting, tire les mêmes conclusions. Selon les spécialistes, Ledus ne parvient pas à créer de valeur.

La question d’un nouveau repreneur se po se alors au FC Sochaux. « Le conseil d’administration dément vigoureusement les accusations et considère les informations contenues dans le rapport incomplètes, biaisées et trompeuses. Glaucus Research Group sont des vendeurs à découvert qui veulent faire de l’argent si le prix des actions de la compagnie baisse. Nous recommandons aux actionnaires et aux investisseurs potentiels de prendre les informations du rapport avec une extrême précaution », assure Li pour rassurer investisseurs et actionnaires. Après la tempête, le président reste à Hong Kong pour rétablir le cours de l’action de Ledus et réussit à le faire remonter de 45%.

12 septembre 2016 / Li tente de rassurer mais…
À l’occasion de la photo officielle de l’équipe pour la nouvelle saison (2016/2017), le président revient sur la tourmente dans laquelle Tech Pro a été entrainée. Il assure que cela n’aura « aucun impact » sur le club. « Nous n’avons pas le moindre souci à long terme avec nos banques. C’est le cas pour l’ensemble du groupe, a-t-il ajouté. Je crois qu’il faut encore laisser du temps aux gens d’ici et d’ailleurs pour mieux connaître Tech Pro et comprendre ce que nous faisons. C’est une question de confiance. Vous pouvez ne pas me faire confiance. Au bout d’un an ou deux, vous verrez. Nous allons procéder étape par étape. […] Si c’est nécessaire, nous investirons. »

Mais dans le même temps, une des plus grosses banques d’investissement chinoise dépose une procédure de faillite à l’encontre de Wing Sans Li devant la haute cour de Hong-Kong. Peu de temps auparavant, Bloomberg, une référence américaine de l’information économique, révèle que trois des créanciers de Li, le Crédit Suisse ainsi qu’une banque et une société de courtage chinoises, lui réclament 13,5 millions d’euros.

7 décembre 2016 / Li verse 6 M€
Dans le cadre du budget pour la saison, 2017-2018, la DNCG demande à Monsieur Li de doper les comptes du club à hauteur de 6 M€ pour éponger le déficit. Il l’a fait. En partant, PSA a laissé 15,3 M€ dans les caisses du club, ce qui lui a permis d’en vivre pendant un petit moment. Mais pas indéfiniment.

Juin 2017 / Ledus France en redressement judiciaire
Suite à une requête de plusieurs dizaines de milliers d’euros de l’Ursaff et à l’engagement d’une procédure d’expulsion engagée pour non-paiement du loyer de ses locaux depuis janvier, Ledus France a été placée en redressement judiciaire. Une salariée s’est même plainte devant le tribunal des prud’hommes de n’avoir plus été payée depuis plusieurs mois. Le comptable de la société, lui, n’a d’ailleurs jamais été payé partira plus tard. À ce moment là, les bureaux de la branche française de Ledus, situés aux environs de Mulhouse, sont abandonnés. Lorsque Sochaux a été racheté, Thomas Lichtenauer, l’administrateur du club, était directeur commercial de Ledus France alors que Steven Tang en fait figure de président.

Thomas Lichtenauer, pas très net

Lichtenauer est un homme d’affaires mulhousien qui a vu toutes ses sociétés se faire liquider. Il faisait du business en achetant des meubles en Chine ou en Pologne pour les revendre principalement à Carrefour. Avant que Ledus France ne s’installe à Didenheim, les bureaux étaient au nom de l’entreprise Samson. Une société qu’il a lui-même développée et qui a été liquidée en 2016. Dans les locaux de Ledus France, deux employées sont payées officiellement pour faire tourner la boutique, mais officieusement pour « chercher des investissements pour Monsieur Li », comme un témoin le certifie dans L’Est Républicain. Lichtenauer est dirigeant de deux autres sociétés : TLB, spécialisée dans l’activité des sièges sociaux, et Sofasystem, dont le nom du gérant est… Thomas Uchtenauer. Elle est axée, elle, sur le commerce de gros de meubles. En 2013, selon l’Est Républicain, Li aurait voulu racheter Samson à Lichtenauer pour 250 000€. Finalement, l’affaire n’a pas eu lieu. Mais bizarrement, les 250 000€ sont bien tombés dans les comptes de Lichtenauer. En 2015, il a pris 170 000 € pour avoir mis Li et PSA en relation pour la vente du club. L’homme d’affaires a aussi assuré avoir signé un contrat de 4,3 M€ avec la RATP pour équiper en leds trois lignes de métro parisien. Mais rien ne prouve ces dires, au contraire. En un an et demi, Lichtenauer a comptabilisé 143 000 euros de chiffre d’affaires pour 350 000 de dépenses. Un jour, un fournisseur polonais a débarqué armé chez Ledus France pour lui mettre un coup de pression afin qu’il règle les 650 000€ qu’il devait. Les sociétés du phénomène sont coutumières des impayés. THL et Samson ont laissé derrière elles 3,5 M€. Mieux, Lichtenauer utiliserait des pseudos comme Jean-Michel Carlé ou Bernard Florian lors de certaines transactions. C’est le Mulhousien qui s’occupe des rendez-vous du président. C’est un homme de confiance de Li.

Juillet 2017 / La Tesla
Monsieur Li a tenté d’acheter, via le FC Sochaux, une Tesla à 150 000€ en tant que véhicule de fonction. Elle serait destinée aux trajets de sa femme. Le comité d’entreprise s’est naturellement opposé. Li a donc loué le véhicule pour environ 3 500€ pas mois, toujours avec l’argent du club. Il a aussi essayé (réussi ?) d’acheter des domaines viticoles en Alsace ou dans le Bordelais, une propriété près du lac Léman pour plus de 100 M€, un avion et plusieurs chalets de luxe. Sans parler de ses investissements dans l’or. Il a été poursuivi par American Express pour près de 400 000€ d’impayés.

Septembre 2017 / Les élus s’alarment aussi
Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) verse 500 000 par an au club. Mais cette fois, la collectivité veut connaître les projets du club pour continuer ce financement. Li n’arrive pas à se montrer convaincant.

Janvier 2018 / Et maintenant, l’Espagne
On croit rêver. Tech Pro veut entrer dans le capital de l’Atlético Saguntino, club de 3e division espagnole. Li annonce qu’il signera un chèque de 70 M€ pour l’éclairage de la ville, des pôles touristique, portuaire et industriel, et un autre entre 12 et 14 M€ pour construire un nouveau stade. Pire, Juanma Domino, le président du club, visiblement pas au courant de la situation de Tech Pro, tombe dans le panneau. Tech Pro débarque rapidement sur le maillot de l’Atletico Saguntino. Li vient de lui servir le même barratin qu’aux Sochaliens deux ans plus tôt. Ces derniers se retrouvent d’ailleurs sous le coup d’une menace de rétrogradation administrative de la DNCG si 1 M€ n’est pas versé en mai 2018.

Mai 2018 / La pétition
Le redressement judiciaire de Ledus France agace fortement les supporters « Jaune et Bleu » qui lancent une pétition pour la vente du club. Romain Peugeot, l’arrière-petit-fils du fondateur du club, est espéré.

Fin aout 2018 / Ledus France en liquidation judiciaire
Tout est dans le titre. Fin du game.

11 décemblre 2018 / La DNCG est OK
La DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion) valide le budget 2018/2019. Pourtant, les élus locaux, notamment Christophe Froppier, vice-président délégué au sport à PMA, et Alexandre Gauthier, adjoint au sport à la ville de Montbéliard, pointaient une absence de projet…

25 décembre 2018 / Ilja Kaenzig s’en va
Thomas Lichtenauer avait pointé Ilja Kaenzig du doigt, l’attaquant sur son salaire pharaonique de 663 087 € annuels, dont 145 512 € d’avantages en nature. À la base, le directeur général devait partir le 31 décembre. Les révélations sur ses émoluments ont précipité son départ. Il rebondit rapidement à Bochum, en D2 allemande. En cas de montée de Sochaux, il toucherait 196 000 €. Tony Liu, responsable de Ledus Espagne (où la branche de Tech Pro s’est beaucoup mieux implantée), le remplace. Sochaux se rapproche de l’Espagne.

Février 2018 / « It’s time to sell »
Des élus de l’agglomération de Montbéliard lancent le slogan « It’s time to sell » (« Il est temps de vendre ») pour mettre la pression sur Monsieur Li.

16 février 2018 / Thomas Lichtenauer en garde à vue pour abus de biens sociaux
Le Mulhousien finit par démissionner de son poste d’administrateur au FC Sochaux, ce qu’il a longtemps refusé de faire malgré les demandes de Monsieur Li.

16 février 2018 / Des crachats sur Monsieur Li
Après un match à domicile face au Havre (3-2), le président Li a la bonne idée de descendre près du tunnel d’entrée et sortie des joueurs pour discuter. Une dizaine de supporters ayant réussi à passer le barrage de sécurité se rue sur lui. Li a doit essuyer pas mal d’insultes et même quelques crachats avant que les stadiers ne s’interposent.

6 avril 2018 / Les supporters boycottent Sochaux-Orléans
La TNS (Tribune Nord Sochaux) publie un communiqué pour appeler au boycott total de la réception d’Orléans. Toutefois, ils ne restent pas chez eux pour autant puisqu’un « rassemblement populaire » est organisé sur le parking du stade le soir du match.

16 avril 2018 / Le journal espagnol « Noticias de Alava » révèle que le Vitoria Alaves veut acheter le FC Sochaux
Ilja Kaenzig, à l’époque où il était encore DG du FCSM, avait rencontré le club basque à l’automne 2017 et les dirigeants d’Alaves sont aussi venus, plus tard, à Sochaux. La reprise du club par les Espagnols est plutôt vue comme une bonne nouvelle dans le Doubs, où les espoirs de remontée se sont vite transformés en prières pour ne pas tomber plus bas.

25 avril 2018 / Le Baskonia prend les commandes
Le Baskonia Alaves, groupe propriétaire notamment du Deportivo Alaves et du NK Rules (D1 croate) et ayant une bonne réputation en Espagne, débarque à la tête du FCSM pour trois ans. Il vient avec son directeur général et un directeur sportif, entre autres. Borja Filibi Lopez, ex-directeur financier de Ledus Espagne désormais administrateur sochalien, a approché les Espagnols. Ce sont eux qui s’occuperont du management, du sportif et du financier. Li reste président. Le but est de conserver l’identité du club et replacer le centre de formation à la base de l’organisation.

30 mars 2018 / « The China Hustle »
Un documentaire intitulé « The China Hustle » (« l’arnaque chinoise »), de Jed Rothstein, est diffusé aux Etats-Unis. Il décrit Li comme un escroc qui s’est enrichit de manière illégale aux USA. Le film fait écho aux révélations des rapports sur Tech Pro publiés par GeoInvesting et Glaucus Research en juin et juillet 2016.

4 mai 2018 / « Ledus out »
Quelle ne fut pas la surprise de Monsieur Li en se réveillant ce vendredi. Quelques uns de ses opposants ont fait un trou dans un grillage pour entrer dans le stade et taguer la pelouse : « Ledus out ». La semaine précédente, le match face à Lorient avait été interrompu à cause de nombreux jets de fumigènes et des scènes de violences avaient pris place dans les gradins.

22 mai 2018 / Sochaux survit
Menacé depuis plusieurs semaines de relégation administrative en National 3, le FCSM a su donner des garanties, pour une saison de plus, à la DNCG. Il rempilera avec un budget de 16,5 M€ (il était de 20 M€ l’année précédente). Dans le même temps, José Manuel Aira est désigné nouvel entraîneur et David Vizcaino directeur sportif. Pour autant, le club reste dans le flou quant à son avenir et aux projets de ses dirigeants.

Juin 2018 / Le nettoyeur
Afin de redonner de la couleur aux comptes du FCSM, le Baskonia fait appel à un homme, Inigo Martinez – rien à voir avec le défenseur de l’Athletic Bilbao, ex de la Real Sociedad. L’Espagnol, ne faisant preuve d’aucun tact, terrorise les salariés, qui s’interrogent sur la promesse du groupe basque à son arrivée de continuer à travailler avec des locaux. Pas des locos. Le Baskonia veut faire des économies et gratte partout où il peut : les salaires des joueurs (le minimum à 10 000 €), les autres employés (médecins, kinés, jardiniers), les prestataires… Il faut dire que le club est en déficit de près de 6,5 M€.

22 juin 2018 / « L’idée c’est de racheter le club »
Au cours d’une interview accordée à L’Est Républicain, Haritz Kereteja, le président du groupe Baskonia, n’y va pas par quatre chemins et se montre beaucoup plus clair sur ses intentions que Wing Sang Li lors des trois précédentes années. « L’idée c’est de racheter et devenir les propriétaires du club. C’est pour cela que nous sommes ici, pour commencer le travail de restructuration », pose-t-il avant d’évoquer d’évoquer « un accord de main à main » avec Li. « Est-ce qu’il le respectera ? Je ne sais pas. »

19 juillet 2018 / Sochaux bat la Fédé
Il n’y a plus beaucoup de matchs que le FC Sochaux parvient à remporter, mais celui-ci pourrait lui rapporter gros. La Cour d’appel administrative de Nancy a donné raison aux Doubiens dans un litige qui l’oppose à la « 3F ». La dernière chance pour la Fédération française de football reste un recours en cassation devant le conseil d’État. Dans le meilleur des cas, une vingtaine de millions d’euros pourrait être versée dans les comptes du club. La roue commencerait-elle à tourner ?

27 juillet 2018 / Un nouveau sponsor arrive
Ledus, ancien sponsor maillot principal, a laissé 600 000 € d’impayés pour cette action. Il fallait lui trouver un remplaçant pour la première journée de Ligue 2, à Grenoble. Nedey Automobiles, qui floquait déjà son logo en haut à gauche du maillot depuis la saison 2015/2016 (le trou n’a pas été comblé), prend la place vacante. Un chemin de croix qui témoigne des difficultés à dénicher des sponsors, dues à l’image catastrophique renvoyée par le club depuis son rachat.

22 septembre 2018 / Li n’est pas vendeur
Dans les colonnes de L’Est Républicain, Wing Sang Li martèle qu’il ne souhaite pas vendre le FCSM, tout en gardant une part de flou : « Il n’y a pas de frein, pas de refus de ma part. La coopération avec Baskonia Alaves, ça peut s’inscrire sur du long terme comme sur du court terme. S’ils veulent acheter maintenant, dans un an, dans deux ans, c’est leur problème. Dans cette affaire, il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération et c’est impossible comme ça de fixer une échéance. Je dois intégrer aussi que demain peut-être, un acheteur potentiel va venir du Royaume-Uni et m’intéresser ! »

22 novembre 2018 / Encore un coup de pression
La DNCG est revient à la charge. Elle exige du FCSM un versement de 4 à 6 M€ d’ici mai 2019 pour combler son déficit. Sinon, direction la N3. Les retombées du transfert de Cédric Bakambu (40 M€ au Sinobo Guoan), qui s’élèveraient à 1,8 M€ sont attendues avec grande impatience. Baskonia annonce qu’il peut éventuellement donner un coup de main, mais il doit obtenir ce qu’il veut : à savoir la tête du club.

24 novembre 2018 / José Manuel Aira est remplacé par Omar Daf

Décembre 2018 / Baskonia, basta !
En interne, Li et Baskonia ne pouvaient pas se voir en peinture depuis plusieurs semaines déjà. L’atmosphère est devenue irrespirable à partir du tournoi à Vitoria en septembre auquel Sochaux a participé. Haritz Kerejeta et son équipe commençaient à s’impatienter quant à la date du rachat. À partir de là, le divorce a commencé à se consumer. Quelques jours après le départ d’Aira et de ses trois adjoints, la responsable de la billetterie, les deux team managers et le stadium manager ont disparu. Malgré tout, le Baskonia veut se désengager progressivement. Au final, huit mois après l’arrivée des Espagnols, rien n’a changé à Sochaux. Mais avait-il toutes les cartes en main ? Tout est tellement secret en interne au FC Sochaux qu’il est difficile d’y répondre avec certitude.

18 janvier 2019 / Vizcaino s’en va
David Vizcaino annonce au FC Sochaux que ses valises sont faites. Il avait passé ces derniers jours à guider les très nombreux joueurs qu’il avait fait venir vers des destinations loin de la Franche-Comté. Vizcaino va devenir manager général du Baskonia Group.

8 février 2019 / Le nettoyeur part aussi
Le FCSM annonce, via un communiqué, qu’Inigo Martinez a quitté les lieux.

22 mars 2019 / Deux espagnols en moins
Les deux adjoints d’Omar Daf, Josselin Juncker, analyse vidéo, et Alberto Munoz, préparateur physique, quittent le stade Bonal.

25 mars 2019 / Tech Pro a toujours les clés
Via un communiqué, Wing Sang Li, dément les informations publiées par plusieurs médias, L’Est Républicain en tête, quelques jours auparavant, qui assurait que Tech Pro n’est plus réellement le propriétaire du FC Sochaux et que c’est Nenking, l’entreprise qui a prêté 3 M€ à Tech Pro, qui a pris la main.

2 avril 2019 / Li démissionne
Le début de la fin ? Tech Pro annonce, via un communiqué, que Wing Sang Li a démissionné, pour « des raisons personnelles, sans rapport avec les affaires et le business du groupe », de son poste de directeur du groupe. De son coté, le FC Sochaux assure que Li va rester président. On marche sur la tête. Mais ce n’est pas fini, puisque si Tech Pro affirme de son coté que Wing Sang Li ne fait plus partie du groupe, lui répond qu’il devient directeur général. Une partie de ping-pong. On ne sait plus qui fait quoi ni à qui appartient réellement le club. Tech Pro, Li, Nenking ?

9 avril 2019 / Bo Frédéric Dong, nouveau président de Tech Pro
« Je suis dorénavant le nouveau président de Tech Pro et le président du FCSM. […] M. Li est en faillite personnelle et n’a plus de fonctions et plus de légitimité pour vendre le club, le diriger ou parler au nom de mon conseil d’administration. […] Il n’a plus de fonction, zéro fonction », déclare-t-il au micro de RTL.

12 avril 2019 / Li donne un chiffre
Pour la première fois en quatre ans, Monsieur Li évoque, devant politiques et dirigeants du club, l’éventualité de vendre le FCSM. Et il lâche un chiffre. Enfin, une fourchette : « entre cinq et dix millions d’euros. » Pendant des derniers mois, de nombreux candidats avaient frappé à sa porte. Il les avait tous envoyer voir ailleurs s’il y était. Désormais, les cartes sont rebattues.

19 avril 2019 / La prime
Il y a de quoi rire. Jaune, évidemment. Avant une rencontre à Auxerre, Monsieur Li promet aux joueurs une prime en cas de victoire. Ils perdront 1-0.

22 avril 2019 / Li dément
On pouvait difficilement tomber plus bas. Et pourtant… Via un nouveau communiqué, Monsieur Li répond à l’auto-proclamation de Bo Frédéric Dong. « Je suis dans le rôle et le droit que l’on m’a conférés de prendre la gérance quotidienne du FC Sochaux en tant que président. Les déclarations de Mr Dong sont donc nulles et malencontreuses. » Si quelqu’un y comprend quelque chose…

23 avril 2019 / Le flou
D’un coté, RTL annonce que Monsieur Li ne sera pas à Bonal pour la réception de Châteauroux (0-0). De l’autre, Monsieur Dong prévient qu’il viendra à Sochaux la semaine suivante. Octogone ? Non, pas vraiment. Mais pour quoi faire précisément, personne ne le sait. Bo Frédéric Dong assure également qu’il représentera le club, le 15 mai prochain, devant la DNCG.

Et voilà où nous en sommes aujourd’hui. Plutôt joyeux, non ? Le prochain rebondissement aura-t-il lieu demain, dans une semaine, dans un mois ? Difficile de prédire l’avenir du FC Sochaux. L’argent du transfert de Bakambu est toujours attendu. Celui de la FFF aussi. Les mêmes questions restent en suspend. En attendant, les joueurs, eux, doivent se maintenir, se donner corps et âmes dans la bataille, jusqu’à la dernières seconde. Et s’ils y arrivaient ? Et si, malgré leur victoire, la DNCG décidait de rétrograder le club en National 3, pour de bon, après ses nombreuses sommations ? Impossible à prédire. Impossible à ignorer.

Sources principales : L’Est Républicain, L’Equipe, RTL, Noticias de Alava.

Crédit photo : SEBASTIEN BOZON / AFP