Liverpool : à la guerre avec son soldat Trent Alexander-Arnold

C’est à la fin du bal que l’on paie les musiciens. En jouant une partition parfaite, les Reds de Liverpool ont réussi à créer l’exploit à Anfield, en renversant l’immense FC Barcelone (4-0). Après le score du match aller (3-0) au Camp Nou, peu étaient les observateurs qui auraient parié sur la qualification du club anglais. Et pourtant, ils l’ont fait. Dans la recette de cette « red-montada », il leur aura fallu utiliser l’ingrédient magique : le gamin du club capable de se sacrifier pour son équipe. Cet homme chez les Reds, il se nomme Trent Alexander-Arnold et il n’a que vingt ans. Un ingrédient qui devrait plaire aux Parisiens.

Le rouge dans la peau

Il est de cette lignée de joueurs qu’on ne fabrique presque plus. De la lignée de joueurs formatés pour évoluer dans un club. De la lignée de joueurs qui n’ont qu’un seul club dans le sang. Trent Alexander-Arnold est un enfant de la Mersey. Dès sa naissance, il a choisi son camp : il grandit à deux pas de Melwood, le centre d’entraînement du LFC. Il sera un Scouser ou ne sera pas. Il endosse les couleurs rouges à partir de l’âge de six ans. Battant tous les records de précocité, le natif de Liverpool s’installe rapidement chez les pros, devenant aujourd’hui un élément clé de l’effectif de Jürgen Klopp. Déjà il y a une saison, on vous avait dit qu’il avait tout d’un futur grand.

Outre ses performances, ce qu’il y a de plus remarquable chez Trent, c’est sa capacité à se transcender pour son club. Ce pur produit de la formation est l’archétype du joueur pour qui abandonner son club est mission impossible. D’ailleurs, quand il s’agit d’expliquer les mauvais résultats d’une équipe, on pointe souvent du doigt le manque de respect de l’institution. Assez ironique étant donné que le Barça a du mal à assurer la relève issue de sa Masia.

À une époque où les joueurs fidèles à un seul club sont en voie de disparition (Totti, Lahm, etc), il existe encore quelques romantiques comme TAA. Avec son jeune âge, il est certes un peu tôt pour affirmer s’il fera toute sa carrière à Liverpool. Cependant, il existe quelques indices qui laissent penser que l’Anglais compte bien rester l’emblème du club pendant de nombreuses années. D’abord, le fait qu’il ait prolongé jusqu’en 2024. Puis qu’il aimerait remporter tous les trophées possibles avec les Reds. Et enfin, qu’il souhaite enfiler le brassard de capitaine, comme son idole Steven Gerrard.

Le culot n’a pas d’âge

Et comme si son talent et sa hargne ne suffisaient pas, il fallait aussi que Trent soit capable de manier l’art du bluff avec brio lors de ce véritable coup de poker mardi soir. Un peu décontenancés, les Espagnols ne l’ont pas surveillé sur ce coup de pied arrêté joué rapidement, après avoir fait mine de le laisser à son coéquipier, Xherdan Shaqiri. Le latéral anglais a glissé le ballon dans la surface à Origi qui l’a envoyé dans la lucarne de Ter Stegen pour faire exploser Anfield à la 79ème minute du match. Un but sorti de nulle part, synonyme de qualification. Si TAA n’avait pas écouté son instinct, qui sait si les Reds auraient obtenu leurs billets pour la finale à Madrid ?

Encore une fois, cette action prouve qu’il ne faut pas toujours jouer juste pour être récompensé, que l’intuition est parfois plus forte que tout et qu’un éclair de génie prime sur la raison. Dans des instants fatidiques comme celui-ci, le salut d’une équipe passe souvent par une idée un peu folle, une initiative individuelle capable de créer un effet de surprise si puissant, qu’il est en mesure de faire vaciller une rencontre. Quand l’inattendu surgit, la réalité nous échappe. Et pourtant, ce corner est d’ores et déjà gravé dans les mémoires de chacun. Au fond, pour Trent, le football c’est comme sa deuxième passion, les échecs : une faute d’inattention suffit pour mettre son adversaire échec et mat. Vous êtes désormais prévenus. Au baccalauréat de philosophie, si vous tombez sur le sujet « Qu’est-ce que l’audace ? », vous savez maintenant quoi répondre.

Deux passes décisives, un récital défensif, une vista à couper le souffle et surtout une fourberie aussi insolente qu’exceptionnelle dans un même match. Un garçon pour qui la fidélité, la loyauté et le dévouement représentent les valeurs numéros uns. Un charisme et une intelligence digne des élites de Westminster. Plus de malice et de leadership que bon nombre de capitaines. International anglais et l’un des meilleurs latéraux droit au monde. Le tout à seulement vingt ans. Quelle erreur de la part d’Harry et Meghan d’avoir appelé leur fils Archie, alors qu’ils auraient pu le nommer Trent, Alexander ou Arnold.

Crédit photo : Paul ELLIS / AFP

À la recherche des vrais numéro 10 qui ont fait vaciller mon cœur, malheureusement en voie de disparition dans ce monde étrange qu'est le football moderne.