Arsenal, quitte ou double sur 90 minutes

La finale d’Europa League de ce mercredi soir entre Chelsea et Arsenal est le match le plus important de la nouvelle ère Emery chez les Gunners. Une victoire, et l’entraîneur basque serait officiellement dans la bonne direction. Une défaite condamnerait une année supplémentaire les Gunners à ronger leur frein en Europa League.

Un craquage incompréhensible en championnat

Certaines séries n’ont l’air de rien, mais lorsqu’elles prennent fin, on se rend compte de la difficulté de les atteindre. Entre 2003 et 2017, Arsenal a atteint chaque année les huitièmes de finale de Champions League. Depuis deux ans, les Gunners trainent les pieds en Europa League. En deux saisons, seul l’Atletico a réussi à les arrêter. Les autres équipes, à quelques rares exceptions, n’ont jamais paru inquiéter les Nord-Londoniens.

Car Arsenal n’est pas à sa place en Europa League. Les Gunners rêvent ouvertement de revenir en Ligue des Champions la saison prochaine. C’était même l’objectif de cette saison. En Premier League, les hommes d’Unai Emery avaient toutes les cartes en main. A quelques journées de la fin, une place sur le podium, derrière les intouchables Manchester City et Liverpool, paraissait envisageable – pire encore, réaliste. Pire, car Arsenal a totalement craqué dans le sprint final. Les Gunners ont été dominés par des équipes du ventre mou (Crystal Palace, Leicester) et incapables de vaincre des candidats au maintien (Brighton).

Le dossier politique Mkhitaryan

Les deux tickets restants pour la Champions League sont ainsi partis chez les rivaux londoniens Tottenham et Chelsea. Au grand désarroi des fans des Gunners, tant leurs adversaires (battus au moins une fois cette saison) semblaient prenables. Voilà donc le Arsenal d’Unai Emery condamné à jouer sa saison sur 90 minutes dans un stade azéri probablement sans vie, puisque peu de supporters anglais ont réussi à faire le déplacement. Aaron Ramsey, l’idole de l’Emirates, ne sera pas là. Blessé, le Gallois a joué son dernier match comme gunner au San Paolo, avant de s’envoler vers la Juve. Mais le board d’Arsenal n’a jamais essayé de retenir l’un des derniers emblèmes de l’ère Wenger.

Henrik Mkhitaryan ne sera pas non plus sur le terrain, ni même dans le stade. L’Arménien est exclu de la finale pour raisons politiques – l’Azerbaidjan, hôte de la finale, est en conflit permanent avec l’Arménie depuis des décennies. Le joueur ne fait pas confiance à la sécurité locale ; l’ex de Dortmund et de Manchester United restera donc à Londres. Si Mkhitaryan n’est pas sportivement indispensable aux Gunners, son absence annoncée a créé une étrange atmosphère autour du centre d’entraînement de Colney ces derniers jours. Arsenal s’est lancé cavalier seul contre une UEFA qui refuse la moindre allusion au dossier sensible, interdisant même aux Gunners de porter un maillot de soutien à l’Arménien à l’échauffement. La police locale contrôle même les supporters au maillot floqué Mkhitaryan. Le club de Chelsea n’a, à l’heure actuelle, pas communiqué sur le sujet.

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90 minutes pour la fin d’une ère

Ainsi, Arsenal a vécu une attente plutôt étrange avant cette finale. La fin de l’ère Wenger devrait définitivement s’affirmer cet été, avec le départ certain d’Aaron Ramsey. Ceux de Laurent Koscielny et Mesut Ozil sont plus ou moins avancés, selon les rumeurs. Le Français et l’Allemand sont, pour des raisons différentes, les deux symboles des derniers rêves du coach alsacien. Le premier fut l’un des derniers coups de Wenger sur le mercato, idée romanesque du talent sorti de nulle part. Le second était la première star pour laquelle le coach français a osé sortir le chéquier. Et s’ils venaient à rester à l’Emirates, la majorité de leur carrière chez les Gunners est bel et bien derrière eux.

Qui parle de fin d’ère évoque forcément le début d’une nouvelle. Seulement voilà : l’avenir des Gunners est loin d’être clair. A court terme, il dépend du résultat de ce soir. Une victoire offrerait une place en Ligue des Champions aux Gunners, qui pourraient donc attirer quelques beaux noms à l’Emirates, et investir massivement cet été. À l’inverse, une défaite renverrait pour une troisième année consécutive les Gunners au purgatoire de l’Europa League. Cela freinerait considérablement les ambitions mercato du club.

Deux coupes d’Europe, deux mercatos possibles

Le très renseigné journaliste de la BBC David Ornstein parle en effet d’un budget transferts de 40 millions de livres (50 millions d’euros) en cas de non-qualification en Champions League. Autant dire une miette de pain par rapport au budget démesuré de la plupart des clubs de Premier League. Arsenal peut espérer tirer de l’argent de ses ventes. Mais le club n’a pas réellement de grande cote marchande à vendre, si ce n’est son duo d’attaque Lacazette-Aubameyang, grande satisfaction de la saison.

Seront donc poussés vers la sortie Shkodran Mustafi, pris en grippe pour ses prestations calamiteuses, les rotations El-Neny, Chambers et Jenkinson et la star Mesut Ozil, au salaire considérable qui risque de freiner les potentiels intéressés. Si le board voue une entière confiance à Unai Emery, le coach basque ne pourra pas faire de miracles sans de considérables renforts en défense, le point faible des Gunners cette saison. Seulement cette fois pour tout changer, il faudra d’abord gagner.

Photo crédits : Resul Rehimov / ANADOLU AGENCY

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