[Copa América] Le Brésil doit redorer son blason

Le Brésil reste sur trois échecs en Copa América, dont une élimination au premier tour lors de la dernière édition, en 2016. À domicile, la Seleção n’a pas le droit à l’erreur. Et composera sans Neymar, blessé.

Le large sourire de Robinho ricoche sur le trophée de meilleur joueur du tournoi. Le 15 juillet 2007, le stade José Pachencho Romero constitue le théâtre d’une victoire brésilienne (3-0) en finale de la Copa América, sur l’Argentine de Juan Román Riquelme. De ce match, on ne compte qu’un survivant : Dani Alves, buteur et alors latéral du FC Séville. 12 ans plus tard, il porte fièrement le brassard de capitaine. Et espère transférer cette fierté à son peuple, qui rougit de honte devant les résultats de la sélection depuis trop longtemps.

Le naufrage face au Pérou en 2016

Historiquement, le palmarès du Brésil ne dégage aucune domination sur la scène sud-américaine. Avec 8 sacres, il fait moins bien que l’Argentine (14) et l’Uruguay (15). Pourtant, entre 1997 et 2007, 4 trophées sur 5 possibles rejoignent le pays lusophone. Une période faste marquée par deux finales de Coupe du monde, dont une gagnée (2002). Mais la décennie suivante a pris des airs de cauchemar. L’élimination en quarts du Mondial 2010 par les Pays-Bas n’est qu’un hors-d’œuvre. L’année suivante, le Brésil mélange expérience (Lucio, Maicon, Robinho) et jeunesse (Neymar, Ganso, Pato) pour un triste résultat. En quarts de finale, la Seleção s’écroule aux tirs au but face au Paraguay. Les hommes de Mano Menezes manquent leurs quatre tentatives (0-2). La thèse de l’accident tiendra 4 ans, le temps pour le Brésil d’être éliminé en quarts de finale… par le Paraguay… aux tirs au but (3-4).

À cette époque, la nation quintuple championne du monde est la risée du football. Est-il nécessaire de rappeler son naufrage sur ses terres au Mondial 2014, en demi-finale contre l’Allemagne (7-1) ? Le succès en Coupe des confédérations l’année précédente ne fut qu’un leurre. Le Brésil est en détresse. En 2016, une Copa América spéciale fête les 100 ans du tournoi et de la CONMEBOL. Les Auriverdes touchent le fond : ils ne passent pas le premier tour, s’inclinant 1-0 face au Pérou dans le match décisif. C’est sous le commandement de Dunga que survient cet ultime affrontement, jamais vu depuis 30 ans.

Sans Neymar, sans espoirs ?

Avant lui, Luiz Felipe Scolari est revenu aux manettes en urgence pour la Coupe du monde, la magie de 2002 en moins. Aujourd’hui, Tite se prépare à la seconde grande échéance de son mandat. La première, à savoir le Mondial 2018, fut une nouvelle désillusion en quart de finale infligée par la Belgique (2-1). L’ancien entraîneur des Corinthians a néanmoins prolongé son contrat jusqu’en 2022 juste après le tournoi. Mais nul doute que la pression va s’accroître sur ses épaules dès samedi (2h30 du matin) contre la Bolivie. D’autant plus qu’il devra, cette fois, se débrouiller sans Neymar.

La star du PSG vit une histoire tourmentée avec sa sélection. S’il ne déçoit que rarement, il n’a quasiment jamais eu l’occasion d’exprimer son talent au moment le plus important. En 2014 (blessé), 2015 (suspendu) et 2016 (Jeux Olympiques), le Brésil est éliminé sans Neymar. Un joueur «vital», a reconnu Tite, «mais personne n’est irremplaçable». Comme si cela ne suffisait pas, la sélection auriverde doit faire face à la pression d’évoluer chez elle, 5 ans seulement après le Mineiraço.

Bien sûr, tous les feux ne sont pas au rouge chez Thiago Silva et ses partenaires. Le fougueux ailier d’Everton, Richarlison, vit des débuts tonitruants en sélection (10 capes, 5 buts). L’attaquant de Manchester City, Gabriel Jesus, reste sur 5 réalisations lors des 3 derniers matches. C’est aussi une équipe qui peut se reposer sur l’un des meilleurs gardiens du monde : Alisson. Sur ses 15 derniers matches avec la Seleção, le portier de Liverpool n’a encaissé que 4 buts. Le symbole d’un Brésil moins sexy, loin des Ronaldinho, Ronaldo ou Rivaldo, mais plus réaliste et solide.

Au sein d’un groupe à sa portée, le Brésil devra faire abstraction de la pression du stade Morumbi de São Paulo face à la Bolivie. Avant de se frotter au Venezuela et au… Pérou, bourreau de 2016 en phase de poules. La dernière fois que les Auriverdes ont accueilli la Copa América (1989), ils sont allés au bout. C’était dans le sillage de Bebeto et Romário. C’était un autre temps. Le Brésil a rendez-vous avec l’histoire, mais s’il arrive en retard, elle ne l’attendra pas.

Crédit photo : Jeferson Guareze / AFP

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