[CAN 2019] Aliou Cissé, coeur de Lion

À la veille d’un match décisif face au Kenya, c’est tout le peuple sénégalais qui retient son souffle. Souvent favoris, jamais triomphants, les Lions de la Teranga comptent bien conjurer la malédiction. Pour cela, ils peuvent compter sur leur coach, Aliou Cissé.

14 participations, 0 titre. Telle est la terrible statistique qui accable les supporters sénégalais, à l’aube du dernier match de poule décisif face au Kenya (lundi 1er juillet, 21h00). Une statistique presque difficile à croire tant les Lions de la Teranga font régulièrement figure de favoris au moment de disputer la Coupe d’Afrique des Nations. Une non qualification pour les huitièmes de finale viendrait doucher les espoirs de tout un peuple. Des espoirs légitimes au vu de l’effectif. Pourtant, c’est peut-être sur le banc que se trouve le véritable meneur de cette équipe, en la personne d’Aliou Cissé.

Capitaine émérite

Avec l’ancien Parisien (il a porté les couleurs du PSG de 1998 à 2001), c’est une légende du football sénégalais qui s’est installée sur le banc des Lions. Avant de prendre la tête de la sélection nationale à la suite d’Alain Giresse en mars 2015, Aliou Cissé a surtout été le capitaine de la plus belle génération de footballeurs que le pays ait connue. En 2002, « l’année du Sénégal », c’est lui qui porte le brassard jusqu’en finale de la CAN – la seule disputée par son pays à ce jour – perdue aux tirs au but face au Cameroun de Samuel Eto’o. Il le porte toujours, quelques mois plus tard en Corée du Sud, quand les El-Hadji Diouf et autres Papa Bouba Diop propulsent les Sénégalais en quarts de finale de Coupe du monde pour leur première participation. La France, défaite 1-0 cet été-là, s’en souvient encore.

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L’euphorie s’emparait alors des rues de Dakar. Le couronnement des Lions sur le continent ne devait plus être qu’une question de temps. Aliou Cissé et ses coéquipiers se taillaient, eux, une place spéciale dans le cœur des supporters. Mais de déceptions en désillusions, le football sénégalais s’est enfoncé dans la crise. Le 11 octobre 2008, la catastrophe arrive. L’égalisation de la Gambie au stade Léopold Sédar Senghor prive le pays de CAN et de Coupe du monde. Dans les allées de la capitale, les scènes de liesse cèdent la place aux émeutes. De son côté, Aliou Cissé ne peut que constater les dégâts. Sept ans plus tard, il reprend la sélection, bien décidé à redorer son blason.

« Très posé et dynamique »

Depuis, les résultats sont probants. À l’occasion de la CAN 2017, la sélection a fait son retour au premier au plan en atteignant les quarts de finale, avant de s’incliner une nouvelle fois aux tirs au but face au Cameroun. L’année suivante, présente à la Coupe du monde pour la deuxième fois de son histoire, l’équipe fait belle impression. Seul le classement du fair-play aura eu raison du renouveau sénégalais. Une élimination cruelle qui n’aura pas cassé la belle dynamique des hommes d’Aliou Cissé. Seule la défaite de jeudi dernier 1-0 dans le choc du groupe C face à l’Algérie de Riyad Mahrez est venue refroidir les ardeurs d’une équipe galvanisée par un quasi sans-faute lors des éliminatoires (5 victoires, 1 match nul).

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Si les Lions de la Teranga rugissent de nouveau, le management d’Aliou Cissé n’y est pas étranger. Un management à l’image de l’homme, calme mais sûr de sa force. Cette sérénité le caractérisait déjà quand il foulait les pelouses de Ligue 1, il y a une vingtaine d’années. De Sedan à Nîmes en passant par Paris et Montpellier, il a toujours su imposer une forme de leadership naturel et légitime à ses coéquipiers. Farid Fourazi, son ancien partenaire au CS Sedan, abonde sur les qualités de l’ancien joueur : « Très posé, dynamique, sachant imposer ses idées. » Des qualités forcément précieuses lorsque l’on devient entraineur.

L’héritage de Bruno Metsu

Mais son charisme n’aurait certainement pas suffi s’il n’avait pas été doublé d’un sens aigu du travail. Ses anciens coéquipiers évoquent un homme rigoureux, très sérieux, un compétiteur hors pair. Interrogé par l’AFP, Pierre Deblock, qui l’a côtoyé à Sedan, partage une anecdote révélatrice à ce sujet : « Tous les lundis, on devait aller courir dans un bois, et nous, les anciens, avions trouvé un petit raccourci sur le parcours. Alors qu’il venait d’arriver et qu’il était tout jeune, il nous a fait la morale ! » Ce sens de l’effort, c’est son entraineur de l’époque, Bruno Metsu, qui le lui a transmis. L’intéressé ne renie pas la filiation avec le technicien français, bien au contraire : « Si j’ai réussi à atteindre un très haut niveau dans le football, c’est grâce à lui. Mon meilleur football, je l’ai toujours joué avec Bruno », confie-t-il. Et devinez qui est sur le banc de la sélection lors de la belle aventure des Lions en 2002 ? Bruno Metsu.

Aliou Cissé parviendra-t-il à faire des Lions les nouveaux rois d’Afrique ? L’ancien pensionnaire de Ligue 1 bénéficie en tout cas d’une très belle génération. Kalidou Koulibaly, Idrissa Gueye, Ismaïla Sarr et Keita Baldé sont autant de joueurs confirmés au plus haut niveau. Ajoutez-y la star Sadio Mané et vous obtenez une équipe qui a toutes les qualités requises pour s’imposer cet été en Égypte. Le sélectionneur, lui, refuse catégoriquement le statut de favori. Interrogé par Jeune Afrique, il déclarait : « Je le dis et le maintiens. Le Sénégal n’est pas le favori. Pour cette compétition il nous faudra de la sueur, des larmes et parfois du sang. » Un cœur de lion et de l’humilité en somme. Rien de moins étonnant de la part d’Aliou Cissé.

Crédit photo : Khaled DESOUKI / AFP