[Interview] Wilfried Nyamsi : De Carquefou à champion universitaire aux USA

Petit, il jouait aux côtés de Presnel Kimpembe, Adrien Rabiot, Ferland Mendy ou Moussa Dembélé au PSG. Désormais, Wilfried Nyamsi a traversé l’Atlantique pour s’épanouir sur les terrains de « soccer » du Central Methodist University. Ancien joueur de Carquefou, il est couronné de succès dans cette fac du Missouri. Il nous décrit son parcours de footballeur dans un cursus universitaire où le sport est roi.

 

Comment vous êtes-vous retrouvé à jouer aux Etats-Unis ?

J’en avais fini avec le football à la base. Je me concentrais sur les études. Mais grâce à un de mes anciens agents et une agence, Athlete USA, j’ai trouvé une bourse complète pour jouer dans une université américaine. Je n’ai rien payé, ni le loyer, ni les frais de scolarité, ni même la nourriture. Je suis donc parti pour Central Methodist University, dans le Missouri. A la base, c’était principalement pour obtenir un Master. Je vis dans cette fac depuis août 2017.

Comment s’est passé votre recrutement ?

Je leur ai envoyé une vidéo de moi jouant au football et eux ont fait leurs recherches de leur côté pour avoir des informations sur mon passé. Ensuite, j’ai reçu un coup de fil avec une proposition de leur part.

Comment s’est passé votre intégration ?

Dans les collèges universitaires avec un « Soccer Program », il y a beaucoup d’internationaux donc c’est plus facile. La plupart sont sud-américains. Personnellement j’étais le premier Français à étudier dans cette fac. En début d’année dernière, deux autres compatriotes m’ont rejoint.

A quoi ressemble la journée type d’un étudiant qui est dans l’équipe de football ?

La matinée ressemble à une journée de classe normale, mais il n’y a que très peu de cours. On a entre 12 et 15 heures de cours par semaine, ce qui fait des petites journées. Ensuite, à 16h, on a un entrainement de football pendant 2 heures. Ensuite, on est libre de continuer de s’entrainer.

Quelles infrastructures l’université met-elle en place pour l’équipe de football ?

Leurs installations sont semblables à celles d’un centre de formation français. Ils sont très bien équipés. On peut même disposer d’un « athletic trainer ». Ce n’est pas vraiment un docteur ou un kiné, mais son rôle est de s’assurer que nous sommes en forme. Ils ne sont pas habilités à nous guérir, mais ils font en sorte qu’on puisse jouer même si nous sommes un peu diminués. Concernant les installations, mon « College » a son propre centre médical, a toutes sortes de terrains (baseball, football américain, une piste d’athlétisme, une piscine olympique, basketball, etc.) et même une salle de musculation et de fitness avec un coach qui aide les athlètes étudiants. Il y a aussi un terrain synthétique, où on peut jouer au football. Ils font en sorte que les étudiants puissent pratiquer du sport, tout en ayant une éducation. La plupart du temps, les sportifs sont la vitrine de la fac. C’est ce qui permet d’attirer des nouveaux étudiants, qu’ils soient sportifs ou non.

Wilfried Nyamsi

Quelle est la place du « soccer » à Central Methodist University ?

Quand je suis arrivé en 2017, le programme n’était pas au niveau, les résultats n’étaient pas bons donc les étudiants ne s’y intéressaient pas. A mon arrivée, il y a eu une sorte de tournant car le College a recruté d’autres bons joueurs qui ont solidifié l’équipe. Dès la première année, on est rentré dans le top 15 de la nation, sachant qu’il y a plus de 6000 autres écoles. De plus en plus d’étudiants venaient nous voir. Pour la petite histoire, j’habitais dans une petite maison sur le campus avec des coéquipiers. C’était la « soccer house ». Au début de l’année, quand on organisait des soirées, il n’y avait pas grand monde. Mais quand on a commencé à enchainer les victoires, c’était différent. On a senti un vrai changement dans notre popularité au sein de College, même le regard des gens dans le campus était différent. Cette année, trois-quarts du stade étaient remplis alors qu’au début, il n’y avait qu’une dizaine de personnes. Après, il ne faut pas se faire d’idée, la place du soccer reste faible. Ce n’est pas comparable avec le Foot US, le basket, le baseball ou même le hockey.

Comment se déroule le championnat ?

Il se sépare en plusieurs fédérations. La plus importante est la NCAA, mais elle est très stricte pour rendre éligible un joueur. Par exemple, rien que le fait d’avoir été sur la feuille de match quelques fois quand je jouais à Carquefou, même sans rentrer sur le terrain, m’a barré la route de la NCAA. Ils considéraient que j’avais joué à haut-niveau en France. Du coup, j’ai intégré la NAIA, un autre organisme, un peu plus petit et moins contraignant.

Le championnat se déroule d’août à décembre. Durant cette période, j’ai joué 36 matchs. Le pays est divisé par conférences, notamment géographiquement mais ce n’est pas une science exacte. Le maximum qu’on peut faire pour jouer, c’est 6 heures de bus. Le champion de la conférence est directement qualifié pour le tournoi national, ainsi que le champion des play-offs de la conférence (un tournoi qui regroupe les meilleures équipes de la conférence). Le tournoi national regroupe les 32 meilleures écoles du pays. Après un premier match éliminatoire, les 16 dernières équipes se retrouvent en Californie pour cinq jours. Durant ce laps de temps, on a joué quatre matchs, c’était n’importe quoi. On a gagné le tournoi en battant Missouri Valley en finale.

 

Comment s’est passée la saison dernière pour vous ?

Sur les 26 matchs officiels qu’on a joués, on finit avec un bilan de 22 victoires, deux matchs nuls et deux défaites. Avec mon équipe, j’ai remporté le titre de conférence puis le titre de champion des Etats-Unis. A titre personnel, j’ai été nommé défenseur de l’année ainsi que dans le onze type de l’année.

Comment avez-vous vécu le titre de champion ?

Le retour à la maison, c’était n’importe quoi. En arrivant dans l’avion pour retourner dans le Missouri, le pilote a même fait une annonce disant que les champions nationaux étaient à bord ! Ensuite on prenait des photos avec les pilotes et les hôtesses. On a même eu une escorte policière pendant le trajet entre l’aéroport et notre université. Je n’y croyais pas, au début je pensais qu’ils allaient nous arrêter pour nous contrôler ! Il était 2h de matin et environ 200 étudiants nous attendaient. Quand on est arrivé, c’était la fête, tout le monde criait. Moi à la base, je voulais juste dormir. Les autres étudiants nous racontaient que tout le monde à la fac regardait nos matchs à la télé. On a un peu vécu la vie de star pendant une journée.

Comment jugez-vous le niveau des équipes que vous avez affrontées ?

La plupart des joueurs pratiquent plusieurs sports, donc il n’y a pas un grand vivier de bons joueurs de football. C’est pour ça que les universités recrutent beaucoup d’étrangers. Je dirais que 30% des université ont un programme cohérent concernant le football. Dans ces cas-là, le niveau est équivalent à une bonne équipe de région, mais avec un physique de joueurs qu’on pourrait retrouver en National. Pour le reste des équipes, le niveau peut tomber assez bas, de Régional 3 à Départemental.

Des recruteurs assistent-ils à vos matchs ?

Surtout au tournoi final. Nos matchs sont retransmis à la télé donc on a aussi eu des téléspectateurs avisés. Mais notre championnat est moins suivi car 90 % des joueurs qui se présentent à la draft de la MLS (porte d’entrée pour le championnat professionnel américain) viennent de la NCAA. Il y a aussi un système de quotas concernant les internationaux. Les clubs américains préfèrent alors recruter des étrangers confirmés et drafter des jeunes américains. Du coup, actuellement, je joue en USL2 (4ème division américaine). C’est un championnat qui dure de mai à juillet et qui me permet de m’entretenir physiquement durant la période de vacances.

Combien de temps comptez-vous encore rester dans cette université ?

J’ai obtenu mon Master, donc j’en ai fini avec le Central Methodist College. Je vais travailler quelques temps dans ce pays avant de rentrer en France.

Allez-vous continuer à jouer au football, aux Etats-Unis ou ailleurs ?

Aux Etats-Unis, le foot indoor est développé. Les tribunes sont remplies et de l’argent est investi là-dedans. C’est assez surprenant. Du coup, je pense que je vais me re-diriger vers cette discipline en attendant de rentrer en France.