Real Madrid : et bien vendez maintenant !

Le Real, ayant acheté tout l’été, se trouva fort dépourvu, quand la reprise fut venue. Si cela peut vous rappeler les vers d’une fable bien connue, c’est bien de mercato dont on va parler aujourd’hui. Fourmi relativement économe depuis quelques saisons, le club madrilène a été contraint cette année, après une saison à oublier, de reprendre ses habitudes estivales. Mais avec les millions dépensés et l’accumulation de joueurs vient la nécessité de vendre, tâche à laquelle s’attelle Florentino Pérez, président du club, pour soulager un effectif surchargé. Présentations, ventes, prêts, Gareth Bale : l’été du club merengue est déjà bien agité.

J’achetais, ne vous déplaise

Si la cigale a coutume de chanter pendant l’été, le Real, lui, dépense : bien que le mercato 2019 de la Maison Blanche n’égale en rien ceux des « années folles » de Pérez (outre les Galactiques des années 2000, l’été 2009 est marquant : arrivée de deux des trois derniers Ballon d’Or, Kaká et CR7, de Benzema, de Xabi Alonso, de Raúl Albiol), les socios madrilènes ont pu profiter d’un nouveau « galactique » : Eden Hazard, recrue phare achetée pour 100 millions d’euros, qui a réuni 50 000 personnes au Bernabéu pour sa présentation. À titre de comparaison, la dernière fois qu’autant de Madrilènes s’étaient déplacés pour un joueur, c’était pour un jeune Portugais acheté à Manchester United, qui portait alors le numéro 9 ; autant dire que l’engouement pour l’attaquant belge au sein de la capitale espagnole est considérable.

LIRE AUSSI – Barcelone, les bidons ont pris le guidon

Pérez ne s’est bien entendu pas arrêté à 100 millions et s’est offert Luka Jovic (21 ans), un nouveau concurrent pour Karim Benzema, pour 60 millions, et Éder Militão (21 ans), acheté 50 millions au FC Porto pour renforcer une défense centrale qui a fait défaut toute la saison passée. En y ajoutant le latéral français Ferland Mendy (24 ans, 48 millions) arrivé en provenance de l’OL, c’est 258 millions que le club merengue a déboursé cet été pour recruter quatre joueurs qui viennent garnir un effectif désormais saturé, d’autant plus que d’autres arrivées ne sont pas à écarter (Pogba, Eriksen, Van de Beek notamment, souvent évoqués dans la presse madrilène). À cette affluence il faut encore ajouter l’arrivée du jeune attaquant Rodrygo, 18 ans, acheté 45 millions d’euros à Santos la saison passée, ainsi que celle de la pépite japonaise Takefusa Kubo, 18 ans également, ancien pensionnaire de la Masia et arrivé gratuitement en provenance du FC Tokyo.

Nettoyer pour mieux régner

À un mois de la fin du mercato, et à deux semaines de la reprise de la Liga, le Real Madrid n’en a pas encore fini avec son nettoyage d’été. Après la folie des grandeurs des mois de juin et juillet (plus de 250 millions dépensés en deux semaines) et le retour de prêt de nombreux joueurs, l’effectif est surabondant : tous les postes sont doublés voire triplés. Pour Florentino Pérez, la priorité est donc au dégraissage, et les élus sont nombreux : les jeunes d’abord, envoyés logiquement en prêt (Odegaard à la Real, Reguilon au FC Séville, Luca Zidane au Racing en D2 espagnole et Ceballos à Arsenal), les ventes justifiées (Theo Hernandez au Milan AC, Raúl de Tomás à Benfica) puis des choix plus étonnants (Kovacic et Llorente, des joueurs qui auraient pu avoir une place dans le onze de Zizou, vendus respectivement à Chelsea et à l’Atlético). Montant total des ventes : 115 millions.

Reste cependant quelques inconnues : hormis le cas Bale, on pense à James Rodriguez, partagé entre le Napoli d’Ancelotti et l’Atlético de Simeone, à des joueurs habitués aux prêts tels que Mariano, le jeune gardien Lunin ou les champions d’Europe U21 Mayoral et Vallejo ; on pense également à certains joueurs bien-aimés du Bernabéu (Isco, Lucas Vázquez), qui pourraient, faute de temps de jeu à Madrid, aller vers d’autres horizons, ne serait-ce que le temps d’un prêt d’un ou deux ans. Le gardien costaricain Keylor Navas, élément-clé des trois C1 glanées par le club en quatre ans, était annoncé sur le départ (il avait même fait ses adieux au Bernabéu en fin de saison dernière), mais il n’est pas impossible qu’il partage de nouveau la cage du Real avec Thibaut Courtois, intouchable, lui, dès son arrivée à l’été 2018.

Bale ciao ?

Si l’effectif madrilène est revu de fond en comble, un joueur semble faire résistance : « S’il part demain, tant mieux », a déclaré à son sujet Zidane en conférence de presse après le premier match de pré-saison. Mais Gareth Bale n’est toujours pas parti, bien au contraire : entré en cours de jeu contre Arsenal ce mercredi 24 juillet, il a marqué et a livré une performance remarquable dans un contexte où la Terre entière l’annonce partant pour la Chine, Tottenham ou ailleurs.  Même si tout semble mener vers un départ du Gallois, acheté en 2013 près de 100 millions d’euros, un élément est susceptible de modifier son (pas si) fabuleux destin : la blessure grave d’Asensio (ligament croisé), qui prive le Real d’un joueur au potentiel monstre, mais qui laisse une ultime chance au Gallois.

S’il s’en va, il laissera chez tous les supporters merengues une sensation amère : celle de n’avoir jamais pu profiter de son talent, malgré des actions extraordinaires dans des moments décisifs (son but après une course sensationnelle en finale de Coupe du Roi 2014, Bartra s’en souviendra, ses buts décisifs en finale de Ligue des champions 2014 et demi-finale 2016, et son chef-d’œuvre historique en finale 2018).  6 saisons, beaucoup de titres, mais trop moyen la plupart du temps, pas aidé par les blessures, il a trop souvent déçu par rapport à son potentiel véritable, qu’il n’a que très rarement montré en six ans.

Gareth Bale qui s’en va, c’est aussi un autre membre de la BBC qui quitte le navire : une pensée alors pour Karim Benzema (10 ans au Real !), désormais seul rescapé du trident, qui va devoir désormais, avec ses collègues du BHV (Benzema, Hazard, Vinicius) rassurer les clients de la Maison Blanche en réapprovisionnant l’effectif d’une denrée qui a tant manqué la saison passée : le but.

Crédit photo : GABRIEL BOUYS / AFP