Comme une marque de fabrique, le mois d’août olympien fut particulièrement éprouvant pour les supporters de l’Olympique de Marseille. Passé par toutes les émotions, il s’est finalement conclu en beauté hier soir avec l’épilogue du feuilleton Rongier, désormais officiellement olympien. Retour sur un mois agité.

Une machine en rodage

Un après-midi ensoleillée et une déconvenue cinglante. Tout semblait recommencer comme cela s’était terminé du côté de l’Orange Vélodrome. Défaits 2-0 à Reims, le collectif mené par André Villas-Boas n’a pas confirmé ses belles dispositions du match face à Naples. Des joueurs hors de forme et un manque accablant d’intensité ont permis à une belle équipe de Reims d’avoir raison des ambitions olympiennes. Les manques sont pointés : un manque de caractère, peu (ou pas) de changement de rythme au milieu et un Dimitri Payet esseulé au sein de l’animation (in)offensive. La semaine suivante, le partage des points contre Nantes ne rassure pas dans son contenu. Le salut viendra des victoires par le plus petit des scores face à l’OGC Nice et lors de la réception de l’ASSE il y a peu. L’OM se replace et compte le même nombre de points que l’Olympique Lyonnais et un de plus que le LOSC au terme des quatre premiers matchs de la saison.

De l’espoir et des (gros) doutes

Dans le jeu marseillais, des satisfactions mais aussi des points d’interrogations. Du côté positif, Merano a rendu à Steve Mandanda son surnom de « Fenomeno ». Les 2 premières recrues marseillaises s’imposent comme des éléments incontournables du XI d’AVB. Benedetto a su imposer sa patte dans le dernier-tiers du terrain grâce à deux buts en trois rencontres mais surtout une présence physique et technique de qualité. Alvaro s’impose comme le taulier de la défense marseillaise, sa prestation lors de la victoire face à Saint-Etienne en point d’orgue. Au milieu, Kevin Strootman a démontré qu’il était capable d’occuper le poste de sentinelle en lieu et place de Luiz Gustavo parti à Fenerbahce. Sur le plan collectif, André Villas-Boas semble réussir à rendre l’animation défensive cohérente. L’OM de ces dernières semaines s’est imposée comme une équipe difficile à manœuvrer.

Pourtant des doutes persistent et non des moindres. Derrière, Boubacar Kamara et surtout Jordan Amavi apparaissent comme des éléments à risque. Encore tendre, Kamara est sujet à des errements défensif comme en témoignent plusieurs pertes de balles dans des zones clés contre Saint-Etienne mais aussi un placement et des interventions hasardeuses par moment. Quant à Jordan Amavi, il commet encore trop d’erreurs défensives pour être fiable. Malgré des prestations passant du très médiocre la saison dernière à médiocre ces dernières semaines, il se rend coupable d’un penalty contre Nantes et manque de se faire expulser contre l’ASSE.

(Crédit photo : @Media365)

Le technicien portugais admet sans problème les difficultés de son milieu de terrain depuis le début de saison. Les erreurs technico-tactiques de Morgan Sanson et Maxime Lopez n’y sont sans doute pas étrangères. Des circuits de jeu inexistants, la faute à des transmissions imprécises et une occupation du terrain médiocre.

Un mercato qui laissera des traces

Une grande lessive et des arrivées en cas de ventes intéressantes, c’était le mot d’ordre du mercato olympien. Pourtant, il n’y avait pas foule pour certains éléments de l’effectif. Pour paraphraser la fameuse phrase prononcée récemment par un consultant de l’Equipe TV « Le problème dans le football, c’est qu’il y a des matchs. » et malheureusement les ventes espérées de Morgan Sanson ou encore Florian Thauvin n’y échappent pas. La réalité des performances sportives du premier n’a pas su lui attirer une offre supérieure à une petite dizaine de millions d’euros.

Un manque de liquidités inquiétant qui a poussé l’état-major marseillais, Zubi et JHE, sous le feu des critiques. L’impossibilité de renforcer un effectif trop court d’une part et des dossiers gérés de manière hasardeuse d’autre part ont eu raison de la patience des supporters. Du transfert avorté de Juan Miranda jusqu’à la saga Valentin Rongier, la gestion marseillaise interroge. Une direction en difficulté qui n’a d’ailleurs pas hésité à solliciter le porte-monnaie de Frank McCourt dans les dernières heures du mercato afin de conclure le dossier Rongier. Certains avancent même que Jacques-Henri Eyraud aurait contacté un ancien dirigeant du club afin d’obtenir de l’aide dans les négociations. Inquiétant.

Quelle part de responsabilité pour Andoni Zubizarreta ?  Lui aussi critiqué,  il a toujours dû composer avec les exigences de Rudi Garcia par le passé ou la réalité économique du club cette année. Difficile de conclure des dossiers dans ces conditions même si la diversité des pistes suivies n’a émerveillé personne.

Quelles perspectives pour la suite ?

Si l’espoir existe du côté de la Commanderie, il réside sans aucun doute dans la lucidité d’André Villas-Boas quant à la réalité de son effectif. Très tôt, il déclare être au courant des moyens limités dont dispose le club et de leurs incapacités à combler un effectif trop court. Pas de second arrière gauche pour concurrencer le fragile Amavi, mais l’arrivée d’Alvaro Gonzalez, Dario Benedetto et Valentin Rongier.

Le caractère des deux recrues hispanophones sera décisif dans l’issue de la saison de l’Olympique de Marseille. Sur le terrain, il n’est pas rare de les apercevoir donner de la voix pour replacer leurs coéquipiers. Ils semblent se tracer un avenir de leader au sein d’un effectif usé et aux abois après une saison catastrophique. Avant son départ, ils s’étaient d’ailleurs positionnés aux côtés de Luiz Gustavo dans le vestiaire. Symbole.

De potentiels leaders sur et en dehors du terrain, mais des chantiers importants devront être résolus. André Villas-Boas concède sans problème la médiocrité du jeu marseillais et la pauvre qualité des transmissions. Lucide, il avoue des lacunes dans la compréhension tactique de certains joueurs. Comment ne pas penser à Morgan Sanson et Maxime Lopez tant les deux milieux semblent perdus dans l’entrejeu marseillais. Passes ratées, placement hasardeux et changement de rythme inexistant, ils symbolisent l’inefficacité de l’OM à prendre le jeu à son compte. AVB demande du temps mais que faut-il en penser lorsque l’on met en perspective l’adaptation express d’Alvaro et Dario Benedetto et les errements de certains ?

Le salut marseillais passera pourtant  par un milieu de terrain efficace puisque dans le 4-3-3 en place, les latéraux montent rarement. Les triangles de jeu entre le milieu et les ailiers sont donc cruciaux dans l’animation offensive marseillaise. Doté d’une intelligence et d’un volume de jeu intéressant, Valentin Rongier devra endosser ce rôle et occuper efficacement les espaces que ne prennent plus les latéraux et ceux laissés par Payet lorsqu’il repique dans l’axe. Une fonction mal assumée par Lopez et Sanson avec qui l’OM devra pourtant compter. La faute à un effectif un peu court sur le plan qualitatif.

Le retour de Florian Thauvin sera essentiel pour l’Olympique de Marseille. Il viendra renforcer un effectif qui sur le papier et dans cette Ligue 1, est capable de réaliser une bonne saison mais dont les lacunes peuvent également tuer dans l’œuf ses ambitions.

Merwan

Crédit photo : Boris HORVAT / AFP