Didier Deschamps, entre cohérence et paradoxe

L’Equipe de France fait sa rentrée. A l’occasion des deux matchs de qualification pour l’Euro 2020, les Bleus affrontent l’Albanie puis Andorre. Encore une fois, Deschamps a fait dans la continuité pour choisir ses hommes même si un choix fort est venu perturber l’équilibre habituel. Une rengaine pour lui, mais ses choix sont contestés et parfois contestables.

Sélectionner 23 joueurs parmi le riche vivier de joueurs français ne doit pas être chose aisée. C’est la tâche qui est confiée à Didier Deschamps à chaque fois que l’Equipe de France doit se rassembler. À l’heure des réseaux sociaux où les internautes donnent leur avis, chaque décision est contestée en masse. C’était le cas lors de l’arrivée de l’ancien entraîneur de Monaco, où il n’avait pas sélectionné Samir Nasri. En 2016 et malgré une saison étincelante avec Nice, c’est Ben Arfa qui est laissé sur le carreau par Didier Deschamps. Cette décision très controversée lui aura valu beaucoup de critiques, notamment de l’ancien paria Eric Cantona. Mais le sélectionneur double champion du Monde assume toujours ses choix. C’est une de ses forces. Il va au bout de ses idées. Et c’est souvent pour le bien de la notion de « groupe », qui lui est si chère.

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Une logique de groupe et de terrain

« Le groupe vit bien ». Ce gimmick est utilisé à outrance dans le foot moderne, mais une bonne entente entre les membres d’un effectif est quasiment une condition sine qua non pour qu’une équipe arrive au sommet. Si Didier Deschamps l’a si bien compris, c’est parce qu’il l’a vécu en 1998, où 22 « potes » ont brodé la première étoile sur le maillot bleu. Le Deschamps capitaine n’est donc pas si différent du Deschamps coach. En conservant une ossature propre, DD fait dans la continuité pour préserver une cohérence et une symbiose entre les 23 joueurs du groupe France. Par exemple, le 13 juin 2017, soit un an avant la Coupe du Monde, les 11 titulaires français contre l’Angleterre (victoire 3-2) seront du voyage en Russie. Le coach anglais a, lui laissé, trois de ses titulaires sur le carreau au moment de faire sa liste finale pour le Mondial. « Il faut faire en sorte qu’il y ait un noyau dur assez important », a-t-il déclaré, à la suite de sa dernière liste.

Outre la logique du vestiaire, Deschamps se fie à la logique du terrain. En 2014, il a ré-appris à l’Equipe de France à jouer au football en atteignant les quarts de finale de la Coupe du Monde. Il en a même profité pour lancer dans le bain deux petits joueurs qui pèsent en bleu depuis : Pogba et Griezmann. À l’Euro, malgré les absences controversées de Benzema et Ben Arfa, il emmène la France en finale. Et puis que dire de la dernière Coupe du Monde ? Les résultats parlent pour Didier Deschamps bien que ses détracteurs continuent et continueront de critiquer ses choix.

Giroud, l’homme de main du système Deschamps contesté

Le plus critiqué d’entre eux est sans doute la présence immuable d’Olivier Giroud dans le onze de départ. Et pourtant, celle-ci souffre d’une logique implacable aux yeux du sélectionneur. Avec 35 buts en 91 sélections, l’attaquant de Chelsea est devenu cette année le troisième meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. Compliqué donc de se passer d’un joueur qui, au moins dans les stats, ne déçoit que rarement avec le maillot bleu. Et pourtant, Deschamps a essayé de lui trouver une alternative.

Souvenez-vous du premier match de la Coupe du Monde. Deschamps bouleverse ses habitudes et décide de laisser sur le banc deux de ses hommes forts : Matuidi et Giroud. Il laisse place à la jeunesse et à la fougue de Tolisso et de Dembélé. Face aux Australiens, les Bleus patinent et il faut attendre les rentrées des deux titulaires habituels en seconde période pour voir la France prendre les devants définitivement. Ainsi, durant le Mondial, c’est Olivier Giroud qui fut titulaire indiscutable. Par son style de jeu, il a permis de libérer les espaces pour Mbappé, tout en offrant à Griezmann toute la liberté dont il a besoin pour mener le jeu. Tout en n’étant pas avare d’efforts défensifs.

Une logique à deux visages

Et pourtant, même avec une finale de l’Euro et une Coupe du Monde, Deschamps n’est pas épargné par les critiques. Si c’est le cas, c’est parce que ces choix sont mal expliqués et peuvent être, à première vue, incohérents. Pour rappel, à l’Euro 2016, Rami n’est ni appelé, ni réserviste. Et pourtant, à l’annonce du forfait de Raphaël Varane, l’ex-joueur de Valence arrive directement dans la peau d’un titulaire. Au nez et à la barbe des autres défenseur centraux initialement appelés, ou même d’Umtiti, seul réserviste à ce poste.

Un autre cas qui fait débat à chaque liste, c’est l’absence de Lacazette. Brillant avec Arsenal, où il avait d’ailleurs poussé Giroud sur le banc à son arrivée, il n’a plus connu l’équipe de France depuis 2017. Il a même dernièrement été supplanté par Ben Yedder. Si Deschamps s’est dernièrement justifié sur ce choix, expliquant les qualités de buteur du néo-monégasque, il a très longtemps gardé le silence, laissant planer le doute quant aux véritables raisons d’oublier volontairement le Gunner.

Un autre ancien lyonnais a fait les frais de la logique implacable et parfois étonnante de Deschamps. Samuel Umtiti, pour la première fois depuis l’Euro 2016 (hors blessure), manque à l’appel. Supplanté par Clément Lenglet à Barcelone, il était pourtant titulaire en bleu en juin dernier. Une nouvelle preuve que Deschamps fait confiance aux joueurs qui ont prouvé leur efficacité sous sa houlette. À l’image de Giroud, lui aussi remplaçant en club, Umtiti conservait sa place en Bleu. Mais ce dernier n’a pas l’immunité que peut avoir le numéro 9 des Bleus. « La porte est toujours ouverte », a confirmé le sélectionneur. En effet, puisque suite au forfait de Laporte, le joueur barcelonais a fait son retour dans le groupe. Pour reformer la charnière avec Varane ? On parie que oui, car c’est souvent comme cela que la logique de Deschamps fonctionne. Même si elle peut parfois paraître incohérente, il continue de la suivre. Et pour le moment, celle-ci le mène vers les sommets. Pourvu que ça dure.

Crédits photo : Martin Bureau / AFP.