Possédant l’un des meilleurs centre de formation d’Europe, Chelsea a longtemps cantonné ses jeunes loin de l’équipe première. Sous la houlette de Frank Lampard, une génération biberonnée aux exploits des Drogba et Terry, pour ne citer qu’eux, a enfin sa carte à jouer. Dans le sillage de Tammy Abraham, Callum Hudson-Odoi et Mason Mount, les young blues ont les dents longues.

Un plafond de verre

La situation a longtemps été paradoxale. Depuis le rachat de Roman Abramovitch en 2003, le Chelsea Football Club a bâti une des académies les plus performantes du continent. La décennie 2010 a été la consécration de ce travail de longue haleine. Portées par un staff compétent, les équipes de jeunes du club ont tout raflé sur leur passage. 2 titres en UEFA Youth League pour 4 finales (compétition crée en 2013), 7 titres en FA Youth Cup depuis 2009, le terme moisson est particulièrement adapté à la situation. Mais cette situation justement, était à sens unique.

Alors que les youngsters performaient et poussaient pour évoluer au plus haut niveau, les portes de l’équipe première restaient fermées. Les responsabilités de ce non-sens étaient partagées. Les dirigeants, tout d’abord, sont responsables d’investissements massifs et pas toujours judicieux dans l’équipe première. Certains ont été payants, comme les 35 millions d’euros sortis pour Eden Hazard en 2012, ou les 38 millions posés sur Diego Costa. Mais d’autres joueurs, comme Juan Cuadrado, Alvaro Morata ou Danny Drinkwater ont été achetés à prix d’or et sont loin d’avoir réussi au club. Ce qui a laissé les fans dubitatifs quant aux possibilités des jeunes de compléter l’effectif de l’équipe première.

Les entraîneurs successifs de l’équipe première ont également été pointés du doigt. Que ce soit José Mourinho, Luiz Felipe Scolari, Carlo Ancelotti ou Antonio Conte, tous ont été un peu coupables pendant leur mandat de laisser les jeunes sur le côté. Quelques joueurs ont bien eu le droit à des apparitions, tels que Lewis Baker ou Jake Clarke-Salter, mais ces derniers n’auront pas eu le droit à plus de 5 matchs à eux deux. Seules réelles exceptions, la légende John Terry, qui est arrivé bien avant l’ère Abramovitch, ou Ryan Bertrand, qui malgré de nombreux prêts était titulaire lors de la finale de la Ligue des Champions 2012. Aujourd’hui, de nombreux joueurs formés à Chelsea traînent leurs guêtres dans les différents championnats anglais (Nathan Aké, Nathaniel Chalobah, Dominic Solanke…) ou à l’étranger (Lewis Baker, Jeffrey Bruma, Ola Aina…).

Cependant, depuis quelques années, une nouvelle génération a éclot et ne se contente plus de juste de frapper à la porte.

La revanche des Baby Blues

La saison 2018/2019 a marqué le début du tournant pour les young Blues. Maurizio Sarri, qui n’a coaché à Londres qu’une saison, a incorporé à son groupe plusieurs joueurs issus des équipes de jeunes. S’il est resté longtemps figé dans sur ses choix, le technicien italien a permit à Andreas Christensen et Ruben Loftus-Cheek, vainqueurs de l’UEFA Youth League 2015, de s’installer définitivement dans l’effectif professionnel. À leur côtés ont pu apparaître également Hudson-Odoi et Ethan Ampadu, tous deux nés en 2000. Ces joueurs sont les fondations de la révolution en cours à Chelsea, menée par son nouveau coach et légende du Bridge, Frank Lampard.

(Crédit photo: GETTY)

Alors que le club est interdit de recrutement jusqu’à l’été 2020, l’ancienne gloire a choisi de rendre hommage à un dicton qui ravit les fans : Trust your own. En plus des joueurs cités précédemment, Lampard donne un temps de jeu conséquent à d’autres produits de l’académie. Précédemment envoyés en prêt aux quatre coins de l’Angleterre. Mason Mount, Tammy Abraham ou Fikayo Tomori sont aujourd’hui considérés comme des titulaires, pour des résultats jusque là probants. Avec 7 buts en autant de journées de Premier League, Abraham est le deuxième meilleur buteur du championnat, à égalité avec Aubameyang.

La semaine passée, Lampard est même passé à la vitesse supérieur en EFL Cup. Contre Grimsby Town, Reece James, Marc Guehi et Billy Gilmour ont eu droit à leur première titularisation à Chelsea, avant que Ian Maatsen et Tino Anjorin ne rentrent en cours de match. À l’instar de Ruben Loftus-Cheek et Callum Hudson-Odoi, certains de ces joueurs portaient le maillot du club avant même leurs 10 ans.

Ce renouveau sous Frank Lampard n’est pas une surprise. Déjà parce que « Super Frank » connaît certains de ces jeunes. Pour sa première expérience managériale, à Derby County, il avait fait venir en prêt Mason Mount et Fikayo Tomori. En plus de ces deux-là, il avait donné aux joueurs de l’académie du club un certain temps de jeu. Mais avant tout, il n’est pas le seul membre du staff à très bien connaître les jeunes de l’effectif. Ses adjoints, Joe Edwards et Jody Morris, ont un rôle probant dans la confiance accordée aux youngsters. Le premier cité, qui est coach d’équipes de jeunes du club depuis 2004, était le coach à la tête de l’équipe qui a remporté deux UEFA Youth League consécutives. Il a également fait partie du staff de l’équipe d’Angleterre U18 qui a remporté le Tournoi International de Toulon en 2017. Le second nommé est un ancien joueur, et pour renforcer le lien si particulier qu’il a avec les joueurs de l’académie, il y fut formé dans les années 90. Plus jeune joueur de l’histoire du club en Premier League, il est devenu quelques années plus tard l’assistant d’Edwards avec l’équipe U18 des Blues, puis celui de Lampard à Derby County. Ils ont accompagné au plus près les joueurs durant leur formation, et ce lien indéfectible est aujourd’hui payant.

Si le début de saison de Chelsea est plutôt mitigé, c’est sur le long terme qu’il faut regarder. Le travail effectué conjointement par le Board et le staff est en train de porter ses fruits et pourrait garantir au club un avenir doré. Comme le dit le dicton, mieux vaut tard que jamais…

Crédit photo: Johnny Fidelin/Icon Sport

J'arrive toujours soigné comme une passe de Toni Kroos.