Camel Meriem : « Je ne me suis pas dit  »Je vais remplacer Zidane » »

L’étiquette de « nouveau Zizou » lui a longtemps collé à la peau. Encore maintenant, certains se souviennent de lui pour ce statut que les médias lui ont imposé. Et pourtant, Camel Meriem, c’était aussi deux excellents pieds, une vision du jeu hors du commun, la qualité de passe qui va avec et une épopée européenne. Aujourd’hui, l’Audincourtois nous a reçu à l’Arena 25, le complexe sportif qu’il a ouvert à Montbéliard avec David Sauget, pour revenir sur sa riche carrière, mais aussi sur son autre passion : le poker.

Notre média s’appelle Ultimo Diez en référence à Juan Roman Riquelme. On peut dire que vous aussi vous faites partie des derniers purs n°10…

C’est vrai que c’est de plus en plus rare. Il y a de moins en moins de systèmes et d’entraîneurs qui jouent avec des vrais 10. Je ne sais pas si c’est dû au fait que dans les centres de formation on joue dans des systèmes de jeu bien définis, avec de moins en moins de n°10. Mais c’est dommage, car c’est un poste de meneur de jeu, de créateur, qui amène pas mal de liant. Des équipes qui jouent avec un n°10 pur comme Riquelme à l’époque, en général, jouaient bien et pratiquaient du beau jeu.

Ces dernières années, ce poste a beaucoup évolué. Vous croyez que votre style de jeu de l’époque serait compatible avec le football d’aujourd’hui ?

Bien sûr, tout a évolué. Je pense que chaque époque a ses caractéristiques. Quand on me dit que Maradona n’aurait pas pu jouer à cette époque… Maradona n’avait pas la même préparation qu’on a aujourd’hui. Chaque époque est différente et ce n’est pas comparable.

Quand on pense à Camel Meriem, on pense généralement à un joueur qui avait les deux pieds. C’était quelque chose que vous travailliez ou c’était naturel ?

Non, depuis tout petit, j’ai eu la chance de pouvoir jouer des deux pieds. C’est un atout, mais je n’ai pas travaillé ça particulièrement, c’est venu comme ça. Je suis vraiment né ambidextre.

Vous êtes le premier à avoir porté le n°10 en équipe de France après Zidane. Ça vous a mis la pression ?

Non, pas plus que cela. Au contraire, c’est une fierté de pouvoir jouer un jour avec le n°10 en équipe de France. Je ne me suis pas dit « Je vais remplacer Zidane ». C’était un numéro que j’aimais bien et c’était le poste où je jouais. Je ne me suis pas mis de pression particulière. J’avais fait une bonne rentrée, j’avais joué 25 minutes et ça s’était bien passé (NDLR, lors de son premier match en équipe de France A, contre la Pologne). Sans pression.

Avant cela, lorsque les médias voient débarquer à Bordeaux un meneur de jeu, technique, aux origines kabyles, ils ne peuvent pas résister à l’idée de le qualifier déjà de « futur Zidane ». Ça peut perturber quand on n’a que 20 ans et qu’on quitte son club formateur…

Les médias, ça fait partie du jeu. Je n’étais pas le premier, je ne suis pas le dernier. Les comparaisons, c’est leur rôle. J’essayais de ne pas y prêter attention. Peut-être que les attentes autour de moi étaient plus élevées par rapport à cette comparaison. Après, je quittais un club familial où j’avais mes repères, ma famille, donc il faut du temps pour s’adapter à une nouvelle vie, un nouvel entourage, etc. J’ai mis un peu de temps, et puis je me suis fait prêter à Marseille, ça m’a permis de m’aguerrir beaucoup plus, et je suis revenu à Bordeaux bien mieux.

Comment s’est passée votre adaptation à Bordeaux ?

C’est une nouvelle vie. Là, on rentre dans un club avec beaucoup d’exigence, qui joue l’Europe et le haut de tableau tous les ans. À Sochaux, j’étais un titulaire à part entière, je pouvais louper quelques matchs et jouer le week-end d’après, alors qu’à Bordeaux, ce n’était pas le cas, il y avait une forte concurrence, des internationaux. Il y avait beaucoup plus d’exigence au niveau des résultats.

C’est là que vous êtes devenu un homme ?

Oui, c’est là bas que j’ai quitté le cocon que j’avais à Sochaux, c’est là bas que j’ai grandi.

Vous avez marqué chacun des clubs où vous êtes passé, en France en tout cas, mais celui où vous vous êtes le plus éclaté, c’est le seul qui ne vous a pas acheté : l’Olympique de Marseille…

J’aurais aimé y rester, mais j’étais prêté. Les clubs ne sont pas tombés d’accord. L’OM a essayé de me garder, mais ils n’ont pas cédé aux demandes de Bordeaux. Je suis revenu en Gironde sans états d’âme, c’est là que j’ai connu ma première sélection en équipe de France, donc j’ai fait le deuil de Marseille.

L’épopée européenne que vous avez vécue avec Marseille en Coupe de l’UEFA, où vous éliminez Liverpool, l’Inter Milan et Newcastle avant de perdre en finale contre Valence, c’est le plus beau souvenir de votre carrière ?

Oui, c’est vrai que ça reste un moment fort de ma carrière, notamment ce quart de finale à San Siro où j’ai la chance de marquer. On connaît la passion qui règne à l’OM, au Vélodrome. La demi-finale contre Newcastle reste un très grand souvenir par rapport à l’ambiance qui régnait dans le stade. Quand on rentrait sur le terrain en coupe d’Europe, on voyait le public, l’atmosphère du stade, on sentait qu’on ne pouvait pas perdre.

Lors du quart de finale aller contre l’Inter Milan, à la 65e minute, vous manquez l’occasion du 2-0. Au retour, c’est vous qui marquez à San Siro. Vous aviez la sensation de devoir vous racheter ?

Oui, c’est une grosse occasion, je crochète le gardien, il m’accroche le pied mais le ballon reste devant donc j’essaie quand-même de la mettre mais ça fait poteau. À ce moment, je m’en veux un peu, parce que peut-être que si je ne frappe par le ballon, il y a penalty. Mais bon, ça s’est bien fini, on gagne à l’Inter, en plus c’est moi qui marque, on avait fait un très bon match à l’aller, au retour on avait été assez costauds sans être brillants. On avait une équipe vraiment solide. En plus, au retour, Didier Drogba n’était pas là, il était suspendu, c’était un élément très important pour nous.

La demi-finale retour au Vélodrome contre Newcastle vous a beaucoup marqué. Par la suite, vous avez vécu une ambiance comparable ?

(Il réfléchit) Au Vélodrome c’est la plus grosse ambiance que j’ai ressenti. On sentait vraiment presque les tribunes trembler, c’était impressionnant. C’était plein à craquer. Après le deuxième but, on a senti le stade en feu, ce n’était pas une expression, c’était vraiment quelque chose. Ça transcende. À l’échauffement, le stade est déjà plein, à chanter, à crier, tu as des frissons. Même les joueurs de Newcastle doivent sentir que ça va être dur pour eux.

En finale, suite au carton rouge de Fabien Barthez, c’est vous qui sortez, mais vous avez assuré ne pas en vouloir à José Anigo. Il y a un entraîneur avec qui ça s’est mal passé dans votre carrière ?

Non, je ne lui en voulais pas, même si, sur le coup, on est forcément déçu. En plus, je me sentais bien dans le match, bien dans ma finale, j’étais bien. Mais quand Fabien se fait expulser, il en faut un qui sorte et c’est moi. Sinon, non, sans langue de bois, je n’ai pas vraiment eu de conflit avec une entraîneur.

En 2005, vous auriez pu partir au FC Séville quand vous étiez à Bordeaux mais vous avez préféré Monaco. Le championnat espagnol semblait – et c’est toujours le cas – plus coller au type de joueur que vous étiez…

Oui, c’est vrai, mais le FC Séville de l’époque n’était pas celui d’aujourd’hui et Monaco venait de jouer la finale de la Ligue des champions. Le championnat d’Espagne m’attirait beaucoup et j’aurais vraiment aimé y évoluer. J’ai longuement hésité. J’avais souvent leur directeur sportif, Monchi, au téléphone. Didier Deschamps m’appelait aussi régulièrement. Finalement, j’ai fait le choix de rester en France, je venais de connaître la sélection. Le Séville d’aujourd’hui m’aurait sûrement poussé à faire un autre choix.

Plus tard, il parait aussi que vous étiez aussi proche de rejoindre Bolton…

Je devais signer, il y avait pas mal de français là-bas, mais ils avaient un problème : le contrat n’a pas été homologué.

Pourquoi être parti en Grèce, à l’Aris Salonique, après Monaco ?

J’avais un ami, Andréas Zikos, avec qui j’ai joué (NDLR, à l’AS Monaco en 2005-2006), qui était là-bas et qui m’a dit beaucoup de bien du championnat grec, notamment les quatre gros clubs : PAOK Salonique, Aris Salonique, Panathinaïkos, Olympiakos. Je suis allé visiter les installations des deux clubs de Salonique, allé voir un match, et là, en parlant d’ambiance… Les derbys de Salonique, c’est quelque chose, c’est impressionnant. C’est une des plus folles ambiances que j’ai connu. Ensuite, je ne suis pas resté car ils ont eu des problèmes d’argent, ils étaient en difficulté financière, il y avait beaucoup de joueurs qu’ils ne payaient plus, ils avaient du retard, donc ceux qui avaient un assez gros contrat, ils leur laissaient le choix. Et puis j’ai eu l’opportunité de revenir à Arles-Avignon qui montait en Ligue 1.

À l’été 2011, vous vous entraînez avec le FCSM avant de rejoindre Arles Avignon. Pourquoi ne pas s’être engagé avec Sochaux ?

Je n’ai pas spécialement eu d’opportunité. L’année d’après, Francis Gillot m’avait contacté pour me dire que s’il restait (NDLR, ce qui n’a finalement pas été le cas) il aimerait que je revienne à Sochaux, mais je crois qu’il était le seul à le vouloir au club (rires). Après, j’avais d’autres opportunités donc j’ai signé à Nice.

Et Chypre, c’était une retraite dorée ?

Oui un peu, c’était pour finir ma carrière. Je n’avais pas vraiment d’opportunité à part Guingamp. J’avais vu les dirigeants, l’entraîneur Jocelyn Gourvennec. L’Apollon Limassol jouait Nice en barrage d’Europa League, je suis allé au match, l’Apollon a gagné et dans la foulée j’ai signé le contrat. Le fait qu’ils se qualifient pour l’Europa, ça a eu son importance, on a joué des grands clubs comme Villarreal.

Vous avez évolué derrière des avant-centres comme Didier Drogba, Pedro Miguel Pauleta, Marouane Chamakh, Danijel Ljuboja, Mido, Christophe Dugarry, Emmanuel Adebayor, El-Hadji Diouf, Christian Vieri, David Trezeguet ou encore Thierry Henry. Lequel vous a le plus impressionné ?

Forcément, c’est Drogba. C’était assez facile de le trouver. Sinon, j’ai connu Danijel Ljuboja tout petit à l’âge de 14 ans, quand j’ai commencé à Sochaux, depuis le centre, et on a toujours eu une affinité particulière sur le terrain parce qu’il avait une aisance technique que peu de joueurs ont. À son âge, il était au dessus du lot, techniquement, c’était vraiment impressionnant et sur le terrain on se trouvait bien. Après, j’ai eu beaucoup de plaisir avec Pierre-Alain Frau. Quand tu as un joueur comme ça devant qui va à 2000 à l’heure… Depuis tout jeune, je jouais derrière lui, je le lançais en profondeur et il marquait ! Pauleta, c’était un tueur de surface. Même si tu lui donnais un mauvais ballon, il faisait toujours le bon appel, il était toujours bien placé. Quand tu as des attaquants comme ça, forcément, tes stats en passes décisives augmentent. J’ai eu la chance de jouer avec beaucoup de grands attaquants.

Aujourd’hui vous jouez encore sur terrain à 11 ?

Je joue ici (NDLR, l’Arena 25, son complexe sportif) et aussi au foot-golf régulièrement aussi, dans un club, le Belfort-Sochaux-Montbéliard.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de votre carrière ?

La pression du match, surtout. Au début tu as un peu de nostalgie devant la télé et puis plus ça passe, plus on se fait à l’idée. Mais bien sûr, c’est une grande partie de ma vie, j’ai joué pendant 16 ans. Quand on arrête du jour au lendemain, il y a un manque. On a joué l’Euro, en Angleterre avec l’équipe de France de foot-golf, donc on a retrouvé un peu ce parfum de compétition.

Quelle équipe vous fait vibrer aujourd’hui ?

Liverpool, City, ça reste des équipes qui pratiquent un beau football et qui arrivent à avoir des résultats. C’est plaisant de les regarder jouer, elles marquent des buts, elles jouent bien. Sinon, Sochaux est une équipe que je supporterai toujours et j’aime bien Barcelone. J’ai toujours été fan de la philosophie de jeu du Barça, l’époque des Xavi, Iniesta, c’est le summum du football.

Au delà du ballon rond, vous jouez aussi au poker. Qui est le meilleur footballeur avec qui vous ayez joué cartes en mains ?

Je dirais Cédric Carrasso, il joue aussi régulièrement, il fait des tournois.

On gagne mieux sa vie dans le poker ou dans le football ?

Dans le foot (rires) ! Même s’il y a des sommes importantes qu’on peut gagner, on peut aussi en perdre quand ça se passe mal. Pour moi, ça reste un jeu, une passion, je ne prends pas ça comme un métier.

Le foot et le poker, ce sont quand-même deux disciplines de superstitieux. C’est votre cas ?

Pas spécialement, mais c’est vrai que j’en ai vu beaucoup. Les Africains sont assez connus pour ça. J’en ai connu pas mal, ils ont beaucoup de rituels, de gri-gris, ils croient en ces choses porte-bonheur.

Le XI de Camel Meriem (« Un mélange d’amis et de grands joueurs avec qui j’ai joué ») :
Barthez – Maicon – Meité – Beye – Abidal – Pedretti – Yaya Touré – Ménez – Frau – Ljuboja – Drogba.

Crédits photos : JP Thomas / Icon Sport