Capitaine du navire, Juninho coule avec l’OL

Pour sa première expérience en tant que directeur sportif, Juninho vit, avec l’OL, une saison cauchemardesque. Les graves blessures de Memphis et Reine-Adelaide viennent confirmer la tendance : l’apprentissage est rude pour l’ancienne gloire brésilienne.

Après quatre mois de chute libre, Lyon a touché le fond. Annoncé pourtant comme étant sur la pente ascendante, avec un projet bâtit pour le haut niveau, un effectif talentueux et un front-office compétent, l’OL vit une brutale descente aux enfers. Arrivé au sommet de la hiérarchie de l’institution lyonnaise, Juninho subit un rude apprentissage du métier de directeur sportif. Celui qui est censé être la tête pensante du club enchaîne les mauvais choix et les déclarations douteuses. Son histoire avec cette équipe lui offre une sorte de totem d’immunité. Mais pour combien de temps ?

Des mauvais choix sur toutes la ligne

« Juninho est un garçon qui respire le football », avait soutenu Jean-Michel Aulas à propos de son ancien numéro 8. Sur le terrain, dur de dire le contraire. En coulisse en revanche, le Brésilien doit encore faire ses preuves, car tous ses choix ou presque se sont conclus par des échecs. Le premier choix du novice s’était porté sur Sylvinho, un autre débutant en la matière. Après 11 matchs et seulement deux victoires, le directeur sportif s’est rendu à l’évidence et s’est séparé de son compatriote brésilien. « Je suis en train d’étudier toutes les hypothèses », avait alors déclaré Juninho, déjà en recherche d’un nouvel entraîneur.

L’hypothèse Rudi Garcia fut la plus prompt, selon lui. Sauf que, encore une fois, l’échec est cuisant. Incapable de produire du jeu et de se relancer au classement, l’OL version Garcia n’est pas différent de l’OL version Sylvinho. Pourtant, Juninho semblait avoir le choix au moment de choisir son nouvel entraîneur.

Là où Laurent Blanc semblait décidé à venir avec une armada d’entraîneur adjoint pour mieux transmettre sa philosophie de jeu, Garcia est arrivé avec un seul adjoint. Dans un premier temps. Car depuis fin octobre, l’entraîneur lyonnais a réussi à convaincre ses dirigeants de recruter Paolo Rongoni, son préparateur physique attitré. Depuis, les joueurs lyonnais enchaînent les blessures. Outre les fins de saison annoncées cette semaine pour Memphis et Reine-Adelaide, Aouar, Mendes, Dubois, Koné et Rafael se sont également retrouvés sur le flanc, plus ou moins longtemps.

Et pourtant, Paolo Rongoni a un passé compliqué, notamment en Italie. Les joueurs de l’AS Roma et de la Lazio de Rome n’ont jamais été aussi blessés musculairement que sous sa direction. Tout comme le vestiaire lyonnais, chamboulé par un changement dans un domaine où l’OL excellait.

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Un premier mercato très mal géré

Il n’y a pas que pour les entraîneurs que les choix de Juninho ne sont pour le moment pas pertinents. Le mercato estival, marqué par les départs de Fekir, Ndombele et Mendy, a été loupé. Dans les grandes largeurs. « On a besoin d’un autre profil devant la défense. Quelqu’un de fin techniquement, qui aime le ballon et qui fasse jouer son équipe, un patron », avait annoncé, dès sa prise de fonction, Juninho sur Lucas Tousart. Ainsi, Thiago Mendes et Jean Lucas sont arrivés. Si le premier ne confirme pas les promesses de la saison dernière, le deuxième ne joue que très peu. Koné et Andersen ne sont également pas au niveau escompté et « JRA », seule recrue satisfaisante, est forfait pour le reste de la saison. On se retrouve ainsi avec les cinq premières recrues de l’ère Juninho en grande difficulté.

L’ex-international (40 sélections avec la Seleção) n’a pas non plus réussi à vendre des joueurs moyens, qui montrent leurs limites cette saison. Ainsi, l’OL doit donc composer avec les blessures et les rôles trop importants confiés à des Marcelo, Marcal, Tete, Traoré, Tousart ou Cornet.

Cette main mise sur le mercato, en plus de ne pas être convaincante pour le moment, a semé le trouble dans les travées du Groupama Stadium. Responsable de la cellule de recrutement lyonnaise et artisan des derniers mercatos réussis, Florian Maurice a remis son rôle en question. L’ancien international français (6 sélections) a d’ailleurs dû être publiquement soutenu par Jean-Michel Aulas.

Une communication douteuse

En coulisse comme devant la presse, Juninho n’est pour le moment pas à son aise. Tantôt absent, tantôt maladroit, le Brésilien a du mal à convaincre son auditoire et ses supporters. Le meilleur exemple a explosé aux yeux de tous avec cette altercation entre joueurs et les ultras, à la fin du match contre le RB Leipzig. Mais, ce problème couvait depuis longtemps, trop longtemps.

Fortement critiqué depuis l’année dernière, Marcelo a toujours répondu directement aux supporters. Sa femme est aussi montée au créneau, pour le défendre. De quoi attiser des braises déjà bien chaudes. Après le match de Ligue des Champions à Lisbonne, le problème a pris une toute autre ampleur, avec une altercation entre Marcelo et les supporters lyonnais. Aulas et Juninho auraient pu intervenir. De par son statut d’ancienne gloire du club, le directeur sportif a une légitimé et une crédibilité importante. Il ne s’en est pas servi publiquement. Il n’a pas non plus réussi à raisonner Marcelo, qui a également sa part de responsabilité.

Ce qui est inquiétant, c’est le silence récurrent de Juninho. En situation de crise, le Brésilien n’éteint que très peu l’incendie. Ou, du moins, le laisse flamber un petit moment. Il a fallu attendre cinq jours et le 15 décembre pour le voir sortir de son silence. C’est tout d’abord Memphis Depay qui était venu s’exprimer au micro, puis Jean-Michel Aulas. Ce dernier semble d’ailleurs avoir repris les rênes du club, au moins dans la communication. « Il ne faut pas penser que je ne suis pas là », avait réagi Juni après la défaite contre Rennes. « Je choisi simplement le moment de parler ».

Une remise en question bienvenue

« On a besoin des supporters, je compte sur eux. Je sais qu’ils perdent patience avec tout le monde, y compris avec moi », avait-il enchaîné. Il se sait critiqué et c’est désormais maintenant que Juninho va pouvoir mettre à profit ses six premiers mois d’apprentissage. Va-t-il relever la tête et renverser une saison mal embarquée ? Première réponse lors du mercato hivernal, où le Brésilien a de grandes ambitions pour son olympique : « Si on peut faire un joueur par secteur, un derrière, un au milieu et un en attaque, ce serait l’idéal. Il nous faut des joueurs avec de la personnalité, de l’expérience ». En plus de relancer l’OL, ce mois de janvier est une occasion cruciale pour Juninho de montrer qu’il peut apporter une vraie plus-value à ce club. Et se donner une seconde chance à tête de Lyon.

Crédit photo : Anthony Dibon/Icon Sport