L’enfant du pays a déjà tout connu avec les siens. Les joies des premières minutes foulées sous les couleurs de son club. La tristesse de voir les siens couler dans l’indifférence la plus totale en Championship. Le choc d’être pris à parti violemment par un hooligan de Birmingham. Le bonheur incommensurable couplé à une classe majestueuse d’éteindre St-Andrew’s après avoir fait l’objet d’un acte qui n’avait nullement sa place sur un terrain de football. Et le sourire éclatant d’avoir contribué, de manière active à faire renaître de ses cendres un club à jamais dans l’histoire du football.

Jack Grealish, l’enfant prodigue de Birmingham, est devenu le porte étendard d’un club mythique qui éprouve les pires difficultés à renouer avec son glorieux passé. Un joueur atypique, qui déroge à la règle de plier bagages quand l’herbe est un peu plus verte ailleurs. L’idole du Villa Park ne cesse de marquer les esprits. Retour sur une jeune carrière déjà haute en couleurs pour le numéro 10 des Villans.

Un Villan dans la peau

Né à Birmingham en 1995, Jack Grealish est issu d’une ville qui entretient une relation étroitement liée avec le foot. Birmingham compte plus d’un million d’habitants, ce qui en fait la seconde ville la plus peuplée d’Angleterre. Une ville de sport qui a œuvré pour faire du football, un sport majeur. Willian Mc Gregor, ancien président d’Aston Villa et quelques habitants de la ville fondent en 1888 la Football League. L’ancêtre de la Premier League permettra aux clubs Anglais et Gallois de participer à des joutes mémorables, et ainsi participer activement à la promotion de ce sport.

A l’âge de 6 ans, Jack Grealish rejoint Aston Villa. Un club de renom, doté d’un prestige immense aussi bien sur le sol britannique qu’en Europe. Outre les 7 titres de champion d’Angleterre glanés, les Villans sont connus pour avoir soulevé la Coupe des Clubs Champions en 1986 face au Bayern Munich. Une performance de haute volée qui a forcément façonné l’histoire de ce club.

Il fit ses classes dans le club de son cœur. Une aubaine pour cet Anglo-Irlandais. Excepté un prêt à Notts County en 2013-2014 pour engranger de l’expérience, et obtenir du temps de jeu, Jack n’a connu qu’un seul club. Un tremplin qui lui a sûrement permis de prendre confiance en ses qualités, et ainsi, réaliser un de ses rêves.

Revenu entre-temps au club en 2014, il disputa ses premières minutes en professionnel face à Manchester City en mai de la même année. Une défaite cuisante 4-0, mais Jack avait des étoiles plein les yeux. Arborant fièrement la tunique des Villans, il avait représenté son club à seulement 18 ans.
En 2014-2015, il obtint naturellement plus de temps de jeu, et prit part à 24 matchs toutes compétitions confondues. Auteur d’un incroyable parcours en FA Cup, les Villains s’inclinèrent en finale 4-0 face aux Gunners d’Arsène Wenger.

La saison 2015-2016 fut désastreuse pour Grealish et Aston Villa. Ils finirent à une piteuse 20ème place. En compagnie de plusieurs Français, dont Amavi et Veretout, les Villains vécurent une saison particulièrement compliquée. La seule éclaircie au tableau, fut le premier but inscrit par Jack Grealish avec le maillot d’Aston Villa. Numéro 40 sur le dos, il inscrivit un amour de but face aux futurs champions d’Angleterre, Leicester. Ironie du sort, les Villans prirent 4 points face aux Foxes cette saison-là. Cela n’apaisa pas la tristesse chez les fans, qui n’avaient plus connu le Championship depuis 1988. Plusieurs cylindrées anglaises lui firent alors les yeux doux, mais Grealish poursuivit l’aventure avec Aston Villa, avec un seul objectif en ligne de mire, la remontée.

Le championship, prise de maturité

Malgré un statut légitime de favori à la montée, les coéquipiers de Grealish firent une saison en demi-teinte, et conclurent cet exercice à une peu reluisante 13ème place. Une position qui n’était clairement pas en phase avec les objectifs du club.

La saison 2017-2018, correspondait nettement plus aux attentes d’Aston Villa. Mais la déception n’en fut que plus grande. Après un championnat relativement bien maîtrisé et une 4ème place synonyme de barrages à la clé, Aston Villa se qualifia en finale face à Fulham. Malheureusement les Cottagers emmenés par Ryan Sessegnon, l’emportèrent sur la plus petite des marges, 1-0.

Un déchirement pour Grealish qui ne pensait qu’à retrouver les pelouses de Premier League. Cette nouvelle déception aurait pu sonner le glas quant à son envie de rester dans son club. Pochettino qui appréciait son profil, voulait s’offrir ses services lors de l’été 2018. Sous la houlette de Tony Xia, propriétaire de l’époque, Aston Villa faisait alors face à des problèmes financiers conséquents, et envisagèrent de céder aux offres de Tottenham. Le deal fut tout proche d’être conclu. Grealish s’était d’ores et déjà mis d’accord avec les Spurs. Mais Wes Edens et Naseef Sawiris reprirent le club en main. Ces investisseurs qui avaient l’ambition d’insuffler une nouvelle dynamique à ce club, voulaient à tout prix conserver leur maître à jouer. Ils durcirent les négociations avec Lewy, et eurent gain de cause. Grealish resta à Villa. Malgré cette tentative de transfert avorté, Grealish ne fut aucunement rancunier, bien au contraire : « J’ai juste essayé de continuer, mon seul souhait était de ramener Villa en Premier League. »

Symbole du renouveau à Aston Villa, Tammy Abraham, Tyrone Mings ou encore Axel Tuanzebe rallièrent Aston Villa. Après quelques semaines, Steve Bruce fut remercié, et Dean Smith, fan d’Aston Villa le remplaça. Pour l’assister, qui d’autre que John Terry, ancien joueur du club, pour assurer cette mission.

Un capitaine exemplaire

Vint le 10 Mars 2019, une rencontre à jamais dans l’histoire. Birmingham City recevait leurs ennemis de toujours, Aston Villa, dans le cadre de la 36ème journée de Championship. Le Second Derby City qui met aux prises Aston Villa et Birmingham City depuis 1879 laisse place à des affrontements engagés et hostiles entre ces deux clubs d’une même ville. Un match forcément particulier pour Grealish. A la 9ème minute de jeu, le temps s’arrêta. Les mauvais côtés du football refaisant surface. Alors que Grealish marchait sereinement sur le terrain, une personne entra sur le terrain et asséna un coup à l’idole d’Aston Villa. Un geste d’une rare violence qui scandalisa le monde entier. Grealish s’effondra, mais ne riposta pas. Les joueurs s’interposèrent, et l’individu en question quitta le terrain.

Un joueur lambda aurait pu complètement sortir de son match, déjouer, et cela aurait été tout à fait normal. Mais Grealish avait un devoir à accomplir pour son premier match dans cet antre et face à l’ennemi. 67ème minute, il prit ses responsabilités et décanta la situation. Après une prise de balle convaincante, il s’emmena le ballon sur son pied gauche et propulsa la balle au fond des filets. Qui d’autre que lui pour climatiser St Andrew’s et fêter le but avec les supporters. Une scène marquante, où Grealish montra tout son leadership, lui qui est capitaine depuis la nomination de Dean Smith : « C’est un énorme privilège pour un fan d’Aston Villa comme moi. Je suis devenu tout à coup le capitaine de mon club d’enfance. J’ai bien joué la saison dernière, j’ai mérité le respect de mes partenaires, c’est pour cela, je pense, que c’est j’ai obtenu le brassard de capitaine ».

Un match spécial, où Dean Smith a rendu un vibrant hommage à son capitaine : »Jack est un gars et un joueur fantastique. Nous sommes fiers de la façon dont il a réagi. Son esprit était totalement focalisé sur le jeu, on n’a même pas parlé de l’incident à la mi-temps. Il a un super caractère. » 

Les Villans s’imposèrent donc 0-1 dans le derby. Certains retinrent l’acte honteux d’un hooligan, d’autres la classe dont avait fait preuve l’enfant d’Aston Villa. Ce fut le début d’un redressement spectaculaire des résultats. A l’image de Tammy Abraham qui fit trembler les filets à 26 reprises, les recrues jouèrent un rôle prépondérant dans la saison d’Aston Villa. Mais la clé de voûte fut Jack Grealish, qui organisa le jeu et dicta le tempo de son équipe.

Après avoir dompté leur rival West Brom en demi-finale de barrages, les protégés de Dean Smith sortirent Derby County en finale. Le numéro 10 marqua six buts et réalisa sept passes décisives, en plus de faire partie de l’équipe type de la saison.

Un leader ambitieux

Trois ans après avoir quitté la Premier League, Grealish et Aston Villa réintégrent l’élite anglaise. Aston Villa a retrouvé son rang, et le club le doit en partie à son joueur phare, qui n’a pas rechigné un an plus tôt à rester pour redonner des couleurs à un club qui en avait terriblement besoin. Un retour aux affaires qui symbolisa tout le dévouement et l’attachement de Grealish envers Villa. Il est le seul joueur encore présent dans l’effectif à avoir connu la descente en 2016. Un symbole fort envoyé aux supporters.

Mais après avoir connu pareille mésaventure, le principal intéressé n’entend pas faire de la figuration, à l’aube de la saison : « J’ai eu une discussion avec le coach durant la présaison aux Etats-Unis. Je lui ai dit, et il était complètement d’accord avec moi, que je ne voulais pas aller en Premier League juste pour éviter la relégation. Je ne veux pas finir 16 ou 17ème. Je veux finir le plus haut possible, et faire comme les Wolves la saison précédente ».

Grealish se veut confiant, d’autant que le club a connu de profonds bouleversements depuis le changement de propriétaire, un an auparavant. Pour atteindre leurs objectifs, le club se donne les moyens de ses ambitions, en injectant pas moins de 100 millions d’euros sur le marché des transferts. Le but étant de miser sur des jeunes comme Wesley ou Douglas Luiz, ancien joueur de City. Le métronome et leader, Jack Grealish, ne change pas d’air, et reste pour jouer en Premier League avec son club. « C’était mon rêve, d’être à Villa, et de les faire revenir en Premier League. J’aurais été très heureux de voir le club que je supporte depuis toujours être promu, mais cela aurait vraiment difficile de simplement les regarder, et je ne pouvais pas imaginer ne pas être ici, et c’est pour cela que je suis resté. »

Comme un symbole, la 1ère rencontre fut à Tottenham. Jack avait failli rejoindre les Spurs l’an dernier, avant de rester et aider le club à remonter en Premier League. Malheureusement les débuts furent manqués. Jack passa au travers et fut fautif sur un but. Tottenham l’emporta 3-1. Depuis, Aston Villa est sur courant alternatif, oscille entre le bon et le moins bon. Figurer en 1ère partie de tableau semblait quelque peu présomptueux, et Villa devra se battre jusqu’à la dernière journée pour sauver sa peau.

Un joueur complet

Le dépositaire du jeu des Villans fut l’auteur d’une première partie de saison remarquée par les observateurs. Pas assez décisif dans le dernier geste, lors des années précédentes, Grealish semble avoir rectifié le tir. Déjà six buts à son actif, il a également distillé cinq passes décisives.

Impliqué sur plus de 40% des buts de son équipe, il est l’élément indispensable de l’effectif.

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Polyvalent, pouvant aussi bien évoluer en relayeur, en numéro 10, ou côté gauche sur le front de l’attaque, l’Anglais fait étalage de toute sa palette technique pour fluidifier le jeu, et servir les attaquants.

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Très habile techniquement, il est capable de dribbler son vis-à-vis, et servir dans les meilleurs conditions les artilleurs du club. Une facilité pour éliminer, qui est connue de ses adversaires, en atteste le nombre de fautes dont il est victime chaque année.

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Doté d’une excellente frappe de balle, il peut inscrire des buts venus de nulle part, en témoigne son bijou inscrit face à United, ou celui face à Burnley.

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Capitaine exemplaire, il accumule les kilomètres et participe activement au pressing de l’équipe.

Aston Villa aura besoin de son numéro 10, capitaine, et enfant du club pour se pérenniser en Premier League. Le facteur X d’Aston Villa est en forme, et devra poursuivre sur sa lancée afin d’aider une nouvelle fois, le club de son cœur. Etant éligible pour évoluer avec les Three Lions, celui qui a gagné le tournoi de Toulon en 2016 sous les ordres d’un certain Gareth Southgate pourrait être la grande surprise du chef pour l’Euro 2020. Joueur comme on les aime, défendant corps et âmes, son maillot de jeunesse, chaussettes baissées comme les illustres numéro 10 d’avant, crampons abîmés, Jack Grealish est un personnage atypique de notre football actuel en réelle perte d’authenticité. Celui qui n’a que 24 printemps peut encore gravir de nombreuses étapes, et rendre ses lettres de noblesses, à un club qui court désespérément derrière son histoire.

Crédit photo : PA Images / Icon Sport

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?