Marcus Rashford, le prince d’Old Trafford

Le 25 février 2016 se profilait une rencontre sans saveur d’Europa League entre Manchester United et le modeste club Danois du FC Midtjiylland. En dépit d’un effectif extrêmement médiocre, et d’une qualité de jeu sur courant alternatif, les mancuniens étaient naturellement favoris avant cette rencontre, et rien ne laissait présager que ce match serait le théâtre d’un rêve pour un jeune de Wythenshawe. En raison d’une blessure du buteur maison Anthony Martial, Louis Van Gaal lança dans le grand bain un petit jeune du centre de formation, seulement 18 printemps à son actif. Cet inconnu saisit sa chance, et marqua de son empreinte cette rencontre, et une pelouse qu’il allait de nouveau côtoyer avec succès. Doublé, ovation du public, et un nom désormais connu de tous, Marcus Rashford devenait la nouvelle coqueluche du football anglais. Depuis ce jour ô combien spécial pour lui, il a dû surmonter de multiples obstacles, faire face à de nombreuses critiques, afin de devenir un joueur majeur de Manchester United. Actuel second meilleur buteur de Premier League, celui qui n’a que 22 ans réalise la meilleure saison de sa jeune carrière, et peut-être d’ores-et-déjà fier du chemin accompli. Retour sur l’ascension d’un joyau qui ne cesse de briller.

Du parc à Old Trafford

Natif de Wythenshawe, petite ville de 66000 habitants dans le District de Manchester, Marcus tape la première fois dans un ballon avec ses frères aînés à l’âge de 4 ans. « J’avais deux grands frères, ils allaient faire des matchs 11 contre 11 à 5-10 minutes de la maison. J’étais censé les regarder, mais je prenais un ballon et je me débrouillais tout seul. Ils jouaient tout le temps avec leurs amis, j’ai juste un jour demandé à ma mère si je pouvais y aller. C’est comme ça que tout a commencé. J’étais censé simplement les regarder, puis je suis tombé amoureux du jeu. »

1 an plus tard, il fit le grand saut, en rejoignant son premier club de football, le Fletcher Moss Rangers. Un choix loin d’être anodin, puisqu’il rallia un club où évoluait Dwain, un de ses frères, et où Jesse Lingard était également passé durant sa jeunesse. Il joua pour le Fletcher Moss Rangers pendant deux saisons. Le talent du gamin attisa les convoitises. Les deux Manchester, Liverpool ou encore Everton le suivaient de très près, et Marcus dût prendre une grande décision à seulement 9 ans. Le centre de formation de Manchester City disposait d’une proximité géographique non-négligeable, et pouvait espérer rafler la mise. Cependant sous la houlette de René Meulensteen, et la mise en place d’une méthode d’entrainement très spécifique, Marcus opta pour United. Ce procédé reposait énormément sur la méthode Coerver, où la maitrise de la balle était primordiale. Une optique qui a dû séduire la jeune pépite du sud de Manchester. A cette époque, René Meulensteen s’occupait de l’équipe réserve, et devint peu de temps après, l’adjoint de Sir Alex Ferguson. Conformément aux règles, Marcus dût attendre l’âge légal pour s’engager en faveur de Manchester United. Le début d’une belle histoire d’amour.
Membre d’une fratrie de 4 frères, Marcus passa un temps fou à réaliser des gammes et à toucher le cuir avec eux : « Nous avions l’habitude d’aligner des trucs dans le jardin, on faisait des sortes d’entraînements. Il fallait dribbler entre des cônes, faire des petits sprints. »

Amoureux du football, Marcus ne pouvait rester que très peu de temps sans la présence d’un ballon rond, comme en témoignent les nombreuses parties dans le parc à côté de chez lui avec ses amis d’enfance. Un sport qui rassemble toute une communauté, et qui se veut vecteur de lien social : « Pour moi le football rassemble les gens. Là où j’ai grandi, j’ai connu toute la communauté en jouant au football au parc. J’ai les mêmes amis depuis mes 6-7 ans. Si mes amis n’étaient pas au parc, ils auraient eu probablement des ennuis. Le football aide énormément les communautés et je veux diffuser ce message ».

Marcus fit donc ses classes à Manchester United. En 2017, à ses 16 ans, le prodige de Manchester est de nouveau pisté par de nombreuses cylindrées du Royaume, en atteste les intérêts de City, Arsenal ou encore Chelsea, à l’affût pour récupérer un des grands espoirs du centre de formation de Manchester United. Mais Manchester avait retenu la leçon Pogba, parti 2 ans plus tôt sans indemnités de transfert à la Juventus. Au fil des années, Marcus ne cessait de gravir les échelons. Auteur de performances de grande classe chez les jeunes de Manchester, notamment en Youth League, il mit peu de temps à taper à la porte de l’effectif professionnel.

Manchester United est réputé pour avoir lancer pléthore de jeunes du centre dans le monde professionnel. Paul Scholes, Ryan Giggs, Gary Neville ou plus récemment Mason Greenwood représentent à merveille cette volonté de mettre à l’honneur les petites pousses du centre. Doté d’un effectif moribond, Louis Van Gaal ne dérogea pas à la règle, et permit à de nombreux jeunes de fouler les pelouses professionnelles lors de son passage à Manchester entre 2014 et 2016. Après avoir incorporé Rashford pour la 1ère fois dans le groupe professionnel fin 2015 face à Watford, il lui donna sa chance un soir de Février 2016, une opportunité que Marcus Rashford ne laissa nullement passer. Doublé, nom scandé, et une présence dans l’équipe type de la semaine. Mais surtout le début d’une vague de records à mettre à son actif. A seulement 18 ans et 117 jours il devint le plus jeune joueur à marquer pour United en coupe d’Europe, en effaçant le record de Georges Best, excusez du peu.

Bis repetita quelques jours plus tard, avec la réception d’Arsenal. Une rencontre qui mettait aux prises deux anciens cadors du football anglais en réelle perte de vitesse. Pour autant, dans une Première League médiocre où Leicester faisait la loi, Arsenal croyait toujours en ses chances de soulever une 14ème fois le titre. Manchester United courrait derrière les places qualificatives à la Ligue des Champions. Au terme d’une rencontre globalement maîtrisée par la jeunesse sans calcul de United, Rashford illumina cette partie en faisant trembler 2 fois les filets, et en distillant une passe décisive pour Herrera. Impliqué sur les 3 buts, il avait mis K.O Arsenal à lui tout seul. Encore une fois, il fit tomber un nouveau record, à savoir, devenir le plus jeune joueur de Premier League à inscrire un doublé. Comme si cela n’était pas assez, il offrit la victoire aux siens dans le Derby de Manchester en marquant le seul but de la rencontre quelques semaines plus tard, et devint le plus jeune joueur à marquer dans ce derby en Premier League. Il prit part à la belle épopée des protégés de Van Gaal en FA Cup et glana son premier trophée cette saison-là.
Un début tonitruant dans le monde professionnel pour Marcus. Conscient de l’éclosion précoce de leur pépite, Manchester United lui fit un pont d’or et multiplia son salaire par dix pour s’assurer ses services. Il conclu son premier exercice dans l’élite avec 7 buts et 2 passes décisives en 14 matchs, toutes compétitions confondues. Dès lors, de nombreuses voix s’élevèrent naturellement pour réclamer sa présence dans le groupe des Three Lions pour l’Euro 2016.
Le sélectionneur de l’époque, Roy Hodgson l’intégra dans une liste élargie en Mai 2016. Il honora sa première sélection avec l’Angleterre, face à l’Australie le 27 Mai 2016. Vous connaissez la suite forcément. 1ère sélection, 1 er but dès la 3ème minute de jeu, devenant le 3ème plus jeune buteur de la sélection anglaise derrière Wayne Rooney et Michael Owen, ses illustres prédécesseurs.
Fort de sa capacité à se montrer décisif, le sélectionneur fit le pari de le garder dans la liste des 23. Une compétition où les Anglais passèrent à côté de leur sujet. Marcus Rashford eut simplement le temps de devenir le joueur Anglais le plus jeune à disputer un championnat d’Europe.

Une ère Mourinho mi figues-mi raisins

Entre Aout 2016 et l’éviction de José Mourinho en Décembre 2018, Marcus Rashford fut sur courant alternatif. Peu enclin à trancher dans le vif sur le long terme entre Martial et Rashford, The Special One alternait entre les deux feux follets de l’attaque mancunienne. La saison 2016-2017 fut sans doute la plus compliquée pour Marcus Rashford, auteur de 5 petits buts en Premier League. Il fut cependant décisif en demi-finale aller de Ligue Europa face au Celta Vigo, en délivrant les siens sur un coup franc de toute beauté. Il montra également sa faculté à tenir la dragée haute aux mastodontes du championnat, en atteste son but salvateur face aux futurs champions, Chelsea, un adversaire qui lui réussit particulièrement bien.

Une saison en demi-teinte, où Rashford oscillait entre ses coups d’éclats, et son manque de justesse dans ses derniers choix.
Les saisons se suivirent et se ressemblèrent. La saison 2017-2018 fut quelque peu dans la même lignée. Légèrement plus décisif, il alterna entre le banc, et une place de titulaire. Ses performances laissèrent un goût d’inachevé, en grande partie dû à ses prises de décisions, qui furent fustiger par de nombreux observateurs. Mais encore une fois, celui qui répond dans les grands moments, sorti sa baguette magique lors du derby face à Liverpool. Doublé à la clé, victoire de Manchester, et Liverpool repartit bredouille. Mais bien qu’impliqué sur 12 buts en Premier League à seulement 20 ans, les attentes étaient très élevées le concernant, et Marcus se devait de passer la vitesse supérieure pour atteindre les espoirs placés en lui.

Solskjaer, un tournant décisif ?

Le début de la saison 2018-2019 est calamiteuse, et José Mourinho est sur un siège éjectable. Marcus Rashford exprime les pires difficultés du monde à s’imprégner du style véhiculé par le Mou et peine à empiler les buts, à l’inverse d’Anthony Martial en pleine bourre à ce moment-là . En raison d’un profond désamour entre des cadres de l’effectif et le manager, des résultats en berne, et une qualité de jeu portée aux abonnés absents, José Mourinho est remercié après une énième purge face à Liverpool. Son successeur n’est autre qu’Ole Gunnar Solskjaer, légende du club.
Cela va coïncider avec le renouveau de Marcus, qui va s’installer solidement sur le front de l’attaque et affoler les compteurs. 5 buts sur les 7 premiers matchs du manager norvégien. Manchester renaîtra quelque peu de ses cendres, et prit 35 points sur 39 possibles en Premier League. Buteur également lors la remontada face à Paris, Marcus montra son leadership, et sa force de caractère. La fin de saison fut nettement moins reluisante, et les coéquipiers de Rashford finirent à la 6ème place.
Impliqué sur 16 buts en Premier League, Rashford avait une nouvelle fois amélioré ses statistiques personnelles, symbole d’un joueur en pleine évolution.

2019-2020, la confirmation

Après le départ de Romelu Lukaku vers l’Inter, Anthony Martial et Marcus Rashford durent assumer pleinement leurs rôles respectifs de leaders d’attaque de Manchester United. Pour mettre sur orbite l’équipe, ils lancèrent avec brio les hostilités face à Chelsea, dans le cadre de la première journée de Premier League. Marcus inscrivit un doublé, et fut un grand artisan de la victoire 4-0 face aux Blues. S’en suivra une longue traversée du désert, où il fit trembler les filets 1 seule fois en Premier League jusqu’au 20 Octobre, et la réception de l’ennemi juré, Liverpool. Auteur du 1er but de la rencontre, il vit les siens se faire remonter en toute fin de partie, au terme d’une rencontre globalement maîtrisée par les Reds Devils. Depuis, le numéro 10 de Manchester United, a inscrit la bagatelle de 17 buts toutes compétitions confondues. Second meilleur buteur de Premier League avec 14 pions, il est dans la forme de sa vie.

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Formant un duo redoutable avec Anthony Martial, Marcus semble avoir pris de l’épaisseur dans son jeu cette saison. L’homme le plus décisif du club, n’est qu’à 3 petits buts de Jamie Vardy et ses 17 buts, et peut espérer finir en tête au classement des buteurs.

Facteur X de son équipe, Marcus présente un large panel de qualité, qui ravissent son entraîneur : « C’est extraordinaire de travailler avec lui. C’est un super gamin, avec une super attitude. Il veut apprendre, progresser. Et il garde les pieds sur terre. Il est toujours disponible, il n’y a aucune chance qu’il me dise avant un match qu’il ne veut pas jouer. (…) Il a tout pour être un joueur de classe mondiale : l’attitude, le talent, le physique. Il a marqué de sacrés buts samedi, il en inscrira d’autres comme ça. Il sera exceptionnel ».

Polyvalent, celui qui peut occuper tous les postes sur le front de l’attaque, est surtout positionné sur l’aile gauche cette saison. Lorsque son compère Martial est absent, il peut prendre sans aucun problème sa place dans l’axe. Malgré son jeune âge, il est très complet. Outre ses qualités de vitesse et d’accélération reconnues, Marcus Rashford a un pied droit en or. Capable de réaliser des gestes de grande classe dans des petits périmètres, il a amélioré drastiquement ses prises de balles, et sa capacité à faire la différence par le dribble depuis quelques mois. Un de ses points forts, est à n’en pas douter sa frappe de balle. Très adroit devant les cages, il a réglé la mire, et se mue en un redoutable finisseur.

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Il peut également inscrire des coups francs splendides, Caballero pourra confirmer. Mais la principale évolution du jeu de Rashford réside dans son intelligence et vision de jeu. Considéré à raison pendant de nombreux mois pour être un poulet sans tête, ne faisant que trop rarement les bons choix, avec une prise d’informations laissant clairement à désirer. Marcus a pris en maturité, et peut se distinguer aussi bien au début, qu’à la conclusion des actions. Cette saison symbolise aussi l’importance qu’il prend au sein de l’équipe, et son âme de futur capitaine. Ce qui le caractérise également, c’est sa propension à marquer face aux cadors du championnat, à l’instar de Jamie Vardy.

Cependant, ce dernier est toujours dans une phase d’apprentissage. Il peut encore grandement s’améliorer d’un point de vue technique, afin de devenir une référence mondiale. Mais cela ne devrait pas poser de problèmes. Travailleur et ayant la tête sur les épaules, il surnage dans une équipe qui patine depuis des années. Celui qui s’est fait une place de choix dans le cœur des supporters a une connexion forcément spéciale avec Old Trafford : « Dans le passé, quand nous perdions des matchs et que d’autres joueurs commençaient leurs journées comme si de rien n’était, je n’arrivais pas à comprendre. Les gens n’ont pas la connexion que j’ai avec ce club. C’est bien ils donnent toujours 100% mais c’est différent pour moi. Je suis un fan, j’allais aux matchs avant. Quand on joue à la maison, si il y a une énergie positive, elle vous guide pendant les matchs. Vos jambes sont peut-être fatiguées, mais ces parties peuvent être vos meilleurs matchs, juste grâce aux fans. S’il n’y a pas de fans, vous ne pouvez pas jouer 55-60 matchs par saison, ce n’est pas possible ».

Conscient du chemin parcouru, Marcus Rashford garde les pieds sur terre, et n’oublie surtout pas d’où il vient : « Pour moi, il s’agit de ne jamais oublier vos racines, et d’où vous venez. Il y a une tonne de gens qui viennent du même endroit, et qui n’ont pas eu la chance de devenir footballeur professionnel. J’ai dit dans le passé que vous ne jouez pas seulement pour vous-même, vous jouez également pour votre famille et vos amis. C’est un sentiment énorme, mais j’essaye de connecter mes racines, là d’où je viens, et où je suis aujourd’hui. Je veux toujours garder ça en tête. Je pense que c’est juste pour moi ».

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Leader, artiste, buteur, passeur, Marcus Rashford endosse bien des rôles depuis quelques temps afin d’éviter de voir son club de toujours sombrer inéluctablement dans la médiocrité. Celui qui a passé un cap cette saison n’en finit plus d’éclabousser de son talent les pelouses Outre-Manche. La tête sur les épaules, le numéro de 10 de Manchester United n’est pas encore un produit fini, et peut aspirer à atteindre les sommets, afin de repositionner de façon durable un monument du football mondial sur la mauvaise pente.

Photo crédits : iconsport

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?