«Ils y vont tout droit les lyonnais !», s’écrie Jérôme Sillon au micro de RMC Sport après le troisième but de Moussa Dembélé, synonyme de victoire contre Manchester City, et surtout de qualification en demi-finale de Ligue des champions. Presque inimaginable à l’approche de l’hiver dernier, au moment où l’OL n’a toujours pas son destin entre ses mains pour espérer sortir des poules de la Coupe aux grandes oreilles. Pourtant, la 7e équipe de Ligue 1 édition 2019-20 figurera parmi les 4 meilleures équipes européennes. Et cet exploit doit permettre au club de Jean-Michel Aulas de titrer quelques leçons.

L’OL doit compter sur son centre  

C’est devenu une évidence, on le répète chaque année désormais. Oui, l’OL est une équipe talentueuse. Si le duo Alexandre Lacazette – Nabil Fekir avait ébloui notre bonne vieille Ligue 1 une demi-décennie plus tôt, la doublette Houssem AouarMaxence Caqueret a régalé les spécialistes européens lors de ce Final 8. Énièmes symboles de l’excellente formation rhodanienne, la réussite de ces deux pépites confirmera peut-être au président Aulas que rouler avec sa propre essence vaut parfois mieux que faire le plein à l’étranger. Maxence Caqueret, du haut de ses 20 ans a ainsi donné gain de cause aux nombreux supporters lyonnais réclamant son intégration dans l’équipe première dès la reprise de la saison dernière. Auteur de trois performances remarquables pour ses premières sorties dans la cour européenne, il s’est déjà fait un nom dans les journaux italiens, notamment après son match XXL contre Manchester City.      

Un baume au cœur pour des Gones qui n’ont toujours pas digéré le départ du talentueux Amine Gouiri vers l’OGC Nice. Quant à Houssem Aouar, inutile de préciser que le leader de ce Lyon version Final 8, c’était bien lui. Sans revenir en détail sur ses performances déjà analysées à droite et à gauche, le joyau de Villeurbanne a su se mettre à la hauteur des rendez-vous pour (re)mettre son club sur les bons rails. Globalement au-dessus du lot, il a été reçu cinq sur cinq chez les cadors européens prêts à sortir le chéquier pour s’attacher les services du numéro 8 franco-algérien.

À LIRE AUSSI : Une faim de Lyon

Et l’OL a encore du stock en arrière boutique. Rayan Cherki, devenu le plus jeune joueur de l’histoire a disputé une demi-finale de Ligue des Champions, aura, on l’espère, son mot à dire cette année. Melvin Bard après ses matchs amicaux convaincants, peut également espérer entrer dans la rotation des latéraux.

Le 5-3-2 parcimonie  

Avec un 5-3-2 immuable, Garcia a trouvé la bonne formule pour ce Final 8. Une défense à trois plutôt imperméable pour couvrir la profondeur, un milieu de terrain agressif sans ballon, créateur avec, et une pointe à deux tranchante en contre. Cependant, cette animation comporte des limites qui la rendent difficilement viable pour la suite. Des points noirs laissent planer le doute sur une efficacité durable.

D’abord parce que ce schéma a été monté de toute pièce pour affronter des gros noms européens (Juventus, Manchester City, Bayern Munich). Quatre matches (si l’on prend en compte la finale de la Coupe de la Ligue), quatre scénarii identiques : laisser la balle à l’adversaire (seulement 35% de possession en moyenne), aspirer le bloc adverse, et piquer en transition. Un plan de jeu qui nécessite dans un premier temps une grande concentration défensive, puis une efficacité glaciale sur les quelques contres à jouer. En analysant uniquement par le prisme du résultat, la Vieille Dame (2-1) et les Skyblues (1-3) en ont fait les frais.

Dans le jeu néanmoins, le constat est un peu plus à nuancer. Défensivement, même si l’OL n’a pas énormément encaissé, on a senti une pointe de réussite (le raté de Sterling par exemple) dans une équipe parfois au bord de la rupture (les dix minutes suivant le deuxième but de Cristiano Ronaldo). Offensivement, l’ultra efficacité des Gones a fait le malheur de Pep Guardiola, tandis que le manque de réalisme de Memphis Depay et Karl Toko-Ekambi s’est fait punir face à la bande à Manuel Neuer (3-0). Cependant, 75% du temps, ce sera à l’OL de faire le jeu face à des formations qui laisseront volontiers le ballon au septuple champion de France.

Tout n’est pas à jeter, il est effectivement possible de poser des difficultés à des blocs bas avec une défense à 3. Cela nécessite alors des circuits de passe parfaitement huilés, d’une bonne occupation de la largeur, et d’un milieu de terrain joueur. Or, l’équipe de Rudi Garcia ne remplit qu’un critère sur les trois. Le trio dans l’entrejeu est capable de faire des merveilles individuellement, mais on a du mal à discerner des circuits qui se répètent de matches en matches. Enfin, sur les côtés, l’incertitude est maximale. À droite, Léo Dubois n’offre pas une grande garantie offensive et s’est montré fragile en un contre un. De l’autre côté, Maxwel Cornet a besoin d’espace pour réciter son meilleur football.   

Tous unis

En passant par l’accueil glacial réservé à Rudi Garcia en octobre dernier, puis par l’affaire Marcelo, l’OL n’a pas vécu un amour fou avec ses supporteurs cette saison. Cela fait même plusieurs années que la relation supporters/dirigeants se dégrade, bien que Juninho ait renoué le lien depuis son arrivée l’été dernier.

Pourtant, les fans étaient enthousiastes, stressés, avant le match retour contre les Bianconeri. Il faut dire qu’accrocher une qualification au champion d’Italie, et ce malgré le bon score à l’aller (1-0), était loin, très loin d’être gagné. De la qualification en quarts est née un véritable engouement, l’impatience de retrouver Manchester City a commencé à gagner les fans. Mais cet engouement n’était pas grand chose comparé à l’union sacrée qui s’est fondée après le passage en demi-finale. Sans pouvoir accueillir directement en capitale des Gaules le dernier carré, on a senti sur les réseaux sociaux et dans les rues une impatience digne des grands moments.

À LIRE AUSSI : Maxence Caqueret et la théorie du beau football

La naissance du hashtag #YaCherMoy sur Twitter trouvant écho sur les profils de Jean-Michel Aulas, Karim Benzema ou encore Adidas France, les belles images des célébrations Place des Terreaux, ou les banderoles affichées un peu partout en ville, ont montré que l’OL pouvait toujours s’appuyer sur ses fans. On ne connaît pas l’impact réel de ce soutien à distance, mais une chose est sûre, dirigeants et joueurs devront capitaliser sur cette forte unité pour entamer la prochaine saison.

De retour en Ligue 1 face à Dijon au Groupama Stadium, l’OL aura à cœur de confirmer son excellent parcours européen par une bonne entame en championnat. Avec ou sans Houssem Aouar, Memphis Depay ou encore Moussa Dembélé, le mercato lyonnais est encore une autre affaire.

Crédits photo : UEFA/Pool/Icon Sport.

1+