Après deux saisons dans la peau d’un titulaire à l’OL, il semble temps pour Houssem Aouar de prendre son envol dans un grand club. Fan de ses qualités, Pep Guardiola pourrait l’accueillir à Manchester City.

27 novembre 2018, l’OL sort le grand jeu devant son public en accrochant le champion d’Angleterre en titre, Manchester City (2-2). En zone mixte, Pep Guardiola félicite Bruno Génésio avant de toucher quelques mots sur Houssem Aouar, auteur d’une prestation remarquable ce soir-là : « C’est un très bon joueur, incroyable ! Il a une bonne vision. » Une déclaration accompagnée d’une photo déjà iconique des deux hommes, se serrant la main sur la pelouse de Décines au coup de sifflet final. Comme si le maître avait déjà trouvé son futur padawan.

Guardiola compatible

Même si l’entraîneur catalan a la louange facile, difficile de ne pas l’imaginer apprécier le franco-algérien. Arrivé à l’OL en 2009 à 11 ans, Aouar sort bien du même moule qui a façonné les Benzema, Fékir, Ben Arfa ou Cherki, plus récemment. Droitier avec la finesse d’un gaucher, un mètre soixante-quinze pour 70 kg, le milieu lyonnais a tout pour pratiquer le véritable football, celui de l’évitement de l’adversaire. Son agilité balle au pied ne peut qu’enchanter le coach citizen et ravir les Bad Gones. Crochet court, double contact, feinte de corps et petits ponts à gogo, ses dribbles nous rappellent un autre numéro 8, catalan et déjà passé sous les ordres de Pep il y a une dizaine d’années. Ce sont 67 dribbles réussis qui le hissent dans le top 5 des meilleurs dribbleurs de Ligue 1. Un style évidemment Guardiola compatible.

Outre son aisance technique, à l’image de son crochet sur Bentancur contre la Juventus en février dernier (1-0), sa qualité de passe nous fait bondir du canapé. Peu de déchet et une constante recherche de verticalité (86% de passes réussies pour 24 passes clés cette saison), Aouar oriente très justement le jeu de son équipe. Sa formation de meneur de jeu couple cette qualité de passe à une bonne frappe. Il comptabilise 9 buts toutes compétitions confondues, avec plus de 50% de tirs cadrés. Une capacité à être décisif appréciée par Guardiola. Son facteur X passeur et buteur, Kevin De Bruyne, n’hésite pas à prendre sa chance à l’extérieur de la surface quand la fenêtre de tir est ouverte.

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Au-delà de son toucher de balle qui crève l’écran à chaque rencontre, le joyau lyonnais sait aussi se montrer sans le ballon. C’est une obligation pour n’importe quel joueur sous les ordres de Pep, les mouvements sans ballon comptent tout autant que les choix faits en sa possession. Effectivement, le jeu de position développé par City nécessite énormément de mobilités et de permutations autour du porteur de balle. Décrochages de l’attaquant de pointe, appels dans la profondeur des ailiers… Des mouvements qui permettent d’abord de créer des espaces dans le bloc défensif adverse, puis qui donnent naissance à des supériorités numériques (ou qualitatives) dans certaines zones du terrain.

Et les deux relayeurs alignés n’échappent pas à ces missions. Jouant comme des numéros 10 avec le volume d’un milieu box-to-box, De Bruyne et David Silva permutent avec les ailiers et multiplient les appels dans les half-spaces. Si Aouar doit encore progresser dans sa contribution au contre-pressing à la perte de balle, quand ses partenaires l’ont, il se montre constamment disponible pour recevoir le cuir. Parfois dans son camp pour soutenir la relance de son équipe, mais principalement dans les 40 derniers mètres, en étant situé entre les lignes. Comme un milieu passé par la Masia, il a cette faculté de ne jamais tourner le dos au jeu en se positionnant de trois quarts, pour rapidement se retourner et éliminer sur un contrôle son vis-à-vis.

Manchester City, la bonne voie

Deux Premier League de suite, razzia sur les coupes nationales et qualification annuelle en Ligue des champions : Manchester City, ça fait rêver. En plus des titres amassés chaque année qui est une donnée très séduisante pour un joueur, le personnage Pep Guardiola l’est tout autant. Réputé pour faire progresser de nombreux joueurs, l’entraîneur des Skyblues métamorphose certains d’entre eux. Démarrant par Lionel Messi à Barcelone, en passant par Joshua Kimmich à Munich, les top players de Manchester City sont aussi « victimes » de l’apport Guardiola. Raheem Sterling changé en une machine à marquer, Riyad Mahrez plus judicieux dans ses prises de décisions et Aymeric Laporte, devenu une référence mondiale en défense centrale.

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L’influence du génie catalan sur un Houssem Aouar ne pourrait être que positive. Doté d’un bon potentiel et de bases techniques solides, un Aouar 2.0 verrait le jour sous Pep. Ses conseils sur les manières de demander le ballon et de se positionner dans l’espace ont fait le bonheur de Xavi, Iniesta ou Busquets. Surtout que l’ancien barcelonais reste très minutieux quant à la préparation de ses joueurs avant de les lancer dans le grand bain. A l’instar d’un Bernardo Silva peu utilisé lors de son arrivée au Royaume-Uni en 2017, le Portugais a vu son temps de jeu presque doubler l’année suivante (avec une 9e place au Ballon d’Or à la clé). Comme une initialisation au « logiciel » Guardiola.

Mais ce qui peut inciter les dirigeants du club anglais à sauter sur le numéro 8 lyonnais, c’est le départ du monument David Silva, fin août. Un vide de plus de 300 matches en Premier League et 80 passes décisives à combler. Si le chouchou de Pep, Phil Foden, semble être promis à la l’héritage de l’Espagnol, Aouar peut avoir son mot à dire. D’abord parce que Manchester City, c’est plus de 50 matches par saison, tous joués à 100% sans exception. La rotation de l’effectif est ainsi inévitable.

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Pour illustrer, 12 joueurs de l’effectif ont dépassé la barre des 1.500 minutes jouées en Premier League. Avec un titulaire en moins au milieu de terrain, la polyvalence du franco-algérien devient intéressante. Capable d’évoluer en tant que relayeur droit ou gauche, il peut venir suppléer Kevin De Bruyne ou le futur relayeur gauche titulaire. Parfois aligné milieu gauche dans le 4-2-3-1 de Génésio, l’option de le positionner ailier gauche tel Andrés Iniesta sur certains matches à Barcelone est aussi envisageable. Pep Guardiola privilégie le contrôle au milieu de terrain et peut troquer son habituel 4-3-3 en un système plus asymétrique, avec un quatrième milieu, situé plus haut sur le terrain.

Toujours sous contrat avec son club de cœur, Aouar arrive sûrement à un premier tournant de sa carrière. Poursuivre son ascension dans un OL en difficulté et probablement privé de Ligue des champions la saison prochaine, ou se tourner vers l’étranger pour se lancer dans un nouveau projet. Si Jean-Michel Aulas ne semble pas retenir sa pépite, l’avenir de l’espoir français demeure incertain. Ce qui est sûr, c’est qu’Aouar aura un objectif en tête : l’Euro 2021.

Crédit photo: Icon Sport

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