OM : le temps du retour sur investissement est-il venu ?

Le mercato estival 2018 avait marqué un tournant dans l’histoire de « l’OM Champion’s Project », lancé par le propriétaire du club, l’américain Frank McCourt, et son président, le français Jacques-Henri Eyraud. En investissant de grosses sommes dans le recrutement de joueurs, les dirigeants marseillais espéraient enfin faire passer un cap à un groupe qui ne demandait que ça après la finale perdue en Europa League. Ce sont donc 56 millions d’euros qui ont été dépensés en tout pour attirer Kevin Strootman, Duje Caleta-Car et Nemanja Radonjic. Après une première saison relativement compliquée, les trois joueurs trouvent enfin leur place, chacun à leur rythme.

L’été 2018 annonçait de belles choses du côté de Marseille. Quelques mois auparavant, les olympiens se hissaient en finale de l’Europa League. Malgré une défaite sèche contre l’Atlético, le parcours du club phocéen reste dans toutes les têtes. En parallèle, l’OM a terminé sa saison à la quatrième place du championnat, en jouant le podium jusqu’à la dernière journée. Ces résultats pouvaient sembler cruels, tant le public avait vibré tout au long de la saison, pour ne se retrouver qu’avec une nouvelle qualification en Europa League comme lot de consolation. Seulement, certains observateurs avaient pu le constater, cette équipe était en surrégime. Si des joueurs comme Dimitri Payet, Luiz Gustavo, voire Adil Rami faisaient honneur à leur réputation de cadres, il est clair que les joueurs les entourant ont profité de la bonne dynamique des leurs pour se montrer et parfois surperformer. Florian Thauvin, dont les statistiques étaient mirobolantes, ne garantissait pas automatiquement de se fixer au niveau qui était le sien. Valère Germain et Kostas Mitroglou n’avaient pas le rendement offensif d’attaquants d’une équipe qui joue la Ligue des Champions. Bouna Sarr, qui a fini la saison en boulet de canon au poste d’arrière droit, nous a montré depuis qu’on était plus proche de la surchauffe que de l’équipe de France.

Pour donner au groupe un second souffle et lui permettre de capitaliser sur sa bonne saison 2017/2018, l’investissement semblait nécessaire. Et une fois n’étant pas coutume du côté de Marseille ces dernières années, les dirigeants ont apporté l’argent nécessaire à ces investissements. Cet argent a été divisé en trois : 19 millions d’euros pour Duje Caleta-Car, 25 millions pour Kevin Strootman, et enfin 12 millions pour Nemanja Radonjic. Retour au cas par cas sur la trajectoire olympienne de ces joueurs.

Un croate en attente d’enchaînement

L’histoire de Duje Caleta-Car avec l’OM a commencé lors de la campagne européenne presque victorieuse des olympiens. Pendant la saison 2017/2018, l’équipe contre laquelle l’OM a le plus joué se nomme Red Bull Salzbourg. Deux rencontres en phase de poules d’Europa League, puis deux rencontres en demi-finales. Quatre matchs pendant lesquels les marseillais ont pu se frotter à leur futur coéquipier. Grand, déterminant dans le jeu aérien, le Croate brille également par sa lecture du jeu, et se met facilement en lumière grâce à la grande qualité de son jeu long. Appelé en sélection pour la Coupe du Monde 2018, Duje était le joker défensif des « Vatreni » derrière Dejan Lovren et Domagoj Vida. C’est donc après la compétition que s’est joué son transfert. Après quatre ans à Salzbourg, le défenseur a le choix entre des destinations plus méridionales. Sur les rangs : l’OM et le FC Séville. Après un court mais intense feuilleton qui a fait suer les supporters marseillais, la décision est prise, c’est au Vélodrome qu’il continuera sa carrière.

Les premiers mois sont délicats, le temps pour Rudi Garcia de comprendre qu’Adil Rami est devenu obsolète pour la pratique du football. Au fur et à mesure de la saison, Caleta-Car gagne sa place. Mais dans le contexte marseillais si particulier, il lui arrive souvent d’être pointé du doigt lorsque la défense marseillaise est à la peine. Et ce même quand la responsabilité direct est à incomber à d’autres.

Le changement d’entraîneur à l’été 2019 a fait du bien au défenseur croate. Il le dit lui-même en conférence de presse avant le match contre Angers la semaine passée : « Ce qui marche pour nous, c’est que notre entraîneur croit en nous. […] C’est le grand plus cette année ». Passer de Rudi Garcia à André Villas-Boas a donc fait du bien au défenseur marseillais. Mais au-delà de la simple confiance d’un entraîneur envers son joueur, le technicien portugais semble avoir également compris un élément clé pour mettre son joueur dans de bonnes dispositions. Caleta-Car a besoin de rythme pour performer, et d’une certaine répétition des matchs. En profitant des blessures d’Alvaro Gonzalez ou des matchs de suspension (et du repositionnement occasionnel) de Bouba Kamara, le Croate s’est mis en jambes. Il semble enfin totalement à l’aise, et sa présence suffit à rassurer son bloc. Bien évidemment, il est beaucoup plus tranchant que lorsqu’il est utilisé sans aucune continuité.

Après environ un an d’adaptation à l’OM, Duje Caleta-Car ne masque plus ses ambitions, il veut désormais retrouver la sélection croate et jouer l’Euro 2020.

Le spectre de Kevin Strootman

Sa venue devait transformer le milieu de terrain de l’OM. Son excellente entente prétendue avec Rudi Garcia devait faire passer les olympiens à un nouveau niveau. Lui, c’est Kevin Strootman. Un des meilleurs milieux de terrain de la décennie en Série A. Numériquement, sa venue était censée combler le départ d’André-Frank Zambo Anguissa. De quoi largement ravir les supporters, quand on sait que le Néerlandais a coûté moins cher que la vente du Camerounais. Son association avec Luiz Gustavo devait donner (sur le papier du moins) à l’OM l’un des meilleurs milieu de terrain de France et de Navarre. Mais dans le football, il est rare que tout se passe comme prévu. Toute la saison passée, Strootman a oscillé entre les différents postes de l’entrejeu, sans forcément se fixer quelque part. Tantôt en sentinelle devant la défense, tantôt en relayeur dans un 4-3-3, voire même dans un double pivot dans un 4-2-3-1. A ses côtés, parfois Maxime Lopez et Morgan Sanson, parfois Luiz Gustavo, quand ce dernier n’était réquisitionné en défense centrale… Encore une fois, un manque de continuité criant. Malgré un positionnement sur le terrain qui fluctue, Strootman, lui, enchaîne malgré tout les matchs. Et ça n’est pas peu dire que d’affirmer qu’il n’a pas trouvé sa place lors de sa première saison sous le maillot olympien. Discret, peu à son aise, il n’a pas réussi à faire valoir ses qualités. Physiquement, il n’a jamais semblé au top, comme si il n’était jamais revenu au niveau après ses graves blessures au genou entre 2014 et 2016. Un comble, quand on a pu le voir jouer avec l’AS Roma entre 2016 et 2018, alors revenu proche de son meilleur niveau.

L’intersaison ne sera pas forcément favorable à l’international néerlandais. Au lendemain d’une saison sportivement catastrophique, l’OM doit faire des choix. Et se séparer d’un des plus gros salaires du vestiaire, n’ayant pas convaincu sur le terrain, aurait été bien vu dans les sphères dirigeantes. Une situation qu’a mal vécu le milieu de terrain.

Cette saison, Strootman est toujours à l’OM, et est toujours loin de son niveau de la Roma. Pour autant, il réussit à se mettre en valeur de façon épisodique. Ce qui représente déjà une nette amélioration par rapport à l’année dernière. L’arrivée de Valentin Rongier lui permet de mieux gérer ses efforts et de pouvoir les dispenser là où l’équipe a vraiment besoin de lui. Plus les matchs passent et plus il semble à l’aise. Contre Angers, il a pu permettre à Sanson et Rongier de briller dans l’entrejeu. À cause du fair-play financier, il est souvent mentionné que l’OM pourrait se séparer de son milieu de terrain néerlandais pour rentrer des les clous. Une décision qui n’enchanterait pas André Villas-Boas, pour l’instant satisfait du groupe à sa disposition.

La terreur des Balkans

Les difficultés rencontrées par Nemanja Radonjic à l’OM auraient pu être en partie prévues. Enfant terrible du football serbe, Nemanja a passé la majeure partie de sa jeune carrière à courir après son potentiel. Fan de l’Etoile Rouge mais préformé au Partizan, il quitte la Serbie à l’âge de 17 ans, en 2013. La suite de son parcours est pour le moins sinueuse. De l’académie de Gheorghe Hagi en Roumanie, il est transféré à l’AS Roma pour quatre millions d’euros en 2014. En Italie, il ne joue que peu, ou pas, mais se plaît dans un cadre où il préfère la « dolce vita » aux exigences du monde professionnel. C’est par un retour au bercail qu’il trouvera le salut. En Serbie, Au FC Cukaricki puis à l’Etoile Rouge de Belgrade (finalement), il bénéficie d’un suivi de la part de ses proches et de son staff. Il retrouve la forme, la confiance, et le temps de jeu. Dans son club de cœur, il performe en championnat, où il finit dans le 11 type de la saison en 2017/2018, comme en Coupe d’Europe. Ses performances parlent pour lui et à l’été 2018, après une Coupe du Monde peu fructueuse sous le maillot de la sélection serbe, Nemanja pose ses valises à Marseille.

Dans les Bouches du Rhône, il retrouve Rudi Garcia, coach de la Roma à l’époque où il profitait des joies de la Ville Éternelle. Contre 14 millions d’euros, il vient renforcer un secteur offensif très vite vide en cas d’absence de Florian Thauvin ou de Dimitri Payet. Ambidextre, capable d’évoluer sur l’aile droite comme sur l’aile gauche, Nemanja Radonjic devait utiliser ses qualités de dribble et son explosivité pour déstabiliser les défenses de Ligue 1. Lors de sa première saison, il n’en sera rien. Principalement utilisé en fin de match, le Serbe ne trouve pas le rythme et se contente d’être particulièrement brouillon. Peu à l’aise, il s’entête dans son jeu, effectue souvent le dribble de trop et perd beaucoup de trop de ballons sans pour autant montrer de signes encourageants. Résultat des courses : aucun but pour sa première saison et la désagréable sensation pour son club d’avoir gaspillé son argent.

Une sensation que Radonjic pourrait faire disparaître cette année. S’il n’a pas encore intégré le 11 de départ, l’ailier a pris récemment le soin de se signaler auprès de son coach et des fans. Dans de meilleurs dispositions mentales et donc forcément plus lucide, ses rentrées en jeu sont désormais déterminantes et le jeune joueur montre bien plus d’implication. A Toulouse déjà, il était venu aggraver la marque du pied gauche après un beau slalom dans la défense. Mais c’est au Vélodrome, contre Brest, que Nemanja a peut-être changé le cours de son aventure marseillaise. Après une égalisation tardive des Bretons, il est venu remettre les pendules à l’heure après un déboulé couloir gauche. Quelques minutes après sa rentrée en jeu, il est venu loger une frappe puissante du pied droit dans la lucarne opposée du gardien brestois. En offrant les trois points à son équipe, le Serbe a fait se poser des questions aux observateurs. Son moment est-il venu ? Cette série de bonnes performances sera-t-elle un déclic pour le joueur ?

Répondre à ces questions aussi rapidement serait prématuré, et ce malgré un nouveau but en sortie de banc contre Bordeaux. Mais il faut prendre en compte l’aspect mental du football, surtout avec un joueur dont les qualités ballon au pied semblent indéniables. L’avenir de Nemanja Radonjic dépend donc de deux paramètres majeurs. Tout d’abord le traitement qui lui sera réservé par son coach, André Villas-Boas, et le staff technique. Mais aussi et surtout sa gestion personnelle de ce type de moments. L’important aujourd’hui pour lui est de garder la tête froide et de continuer à travailler. Avec un peu de sérieux, Nemanja pourra peut-être enfin postuler pour une place de titulaire…

Malgré du retard à l’allumage, l’OM commence tout doucement à récolter ce que ses dirigeants ont pu semer il y a de ça un peu plus d’un an. Avec la coordination d’André Villas-Boas, le club phocéen pourrait enfin apercevoir un objectif qui était le sien depuis la reprise du club en 2016 : La Ligue des Champions. Mieux vaut tard que jamais pour un projet qui était sur le point de s’essouffler…

Crédit photo : JF Sanchez/Icon Sport

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