Au moment où le football s’est mis en retrait pour laisser place à un match bien plus important et dramatique, la Real Sociedad occupait la 4e place de Liga. Le club de San Sebastian régalait par sa fougue et son jeu léché. Au milieu d’une jeunesse triomphante incarnée par l’enfant du club Mikel Oyarzabal, l’intenable Alexander Isak ou encore le métronome Igor Zubeldia, une étoile brille particulièrement. Cet astre venu du nord de l’Europe, c’est Martin Odegaard. Retour sur le parcours de l’étoile polaire d’Anoeta.

Une grande précocité

C’est le 13 avril 2014, à 15 ans et 118 jours, que débute en première division norvégienne le frêle gaucher, sous les couleurs du Strømsgodset IF. Cette précocité fait du natif de Drammen le plus jeune joueur à avoir pris part à un match de l’élite norvégienne. Onze jours plus tard, Odegaard devient le plus jeune buteur de l’histoire de Tippeliga. En août de la même année, le jeune joueur s’empare du record de précocité de la sélection. La Odegaard-mania est lancée. A l’issue d’une première saison professionnelle réussie, ponctuée de 5 buts et 7 passes décisives en 23 matches, Martin Odegaard est annoncé chez les plus grands clubs du Vieux Continent : Manchester United, Manchester City, Liverpool, le Bayern Munich ou encore Arsenal. Mais en janvier 2015, c’est avec le Real Madrid que s’engage le prodige norvégien.

Ce transfert, estimé entre 3 et 4 millions d’euros hors bonus, défraie la chronique. Entre ceux fustigeant un football devenu fou et ceux prédisant un avenir dorée à la nouvelle pépite madrilène, le nom d’Odegaard est sur toutes les lèvres.

Déceptions et frustrations en Castille

Lorsqu’il débarque à Madrid, le milieu offensif suscite beaucoup d’attentes. Quoi de plus normal pour un joueur aussi en avance sur les temps de passages habituels et faisant montre de tant de qualités ? Mais des interrogations existent aussi. En effet, les conditions de son contrat sont assez inhabituelles : il s’entraînera avec les professionnels et jouera avec la Castilla (au moins dans un premier temps).

Et le terrain ne va pas faire taire ces questionnements. Au contraire. En troisième division, avec la réserve madrilène, le jeune joueur ne surnage plus. En réalité, l’adaptation est difficile et les conditions particulières, entre groupe pro et Castilla, n’aident pas du tout. Odegaard apparaît trop fort (ou trop coté) pour être un membre à part entière de la Castilla, mais pas au niveau requis pour l’équipe une. A cheval entre les deux, le Norvégien manque d’automatisme en match, ses performances s’en ressentent et sa confiance s’effrite.

A LIRE AUSSI – Le Deportivo La Corogne, la vie au pied du phare

La satisfaction procurée par son recrutement au nez et à la barbe des autres cadors laisse place aux doutes. A-t-il la capacité, le niveau et le caractère pour s’adapter au Real Madrid ? Rétrogradé chez les Espoirs, Odegaard ne peut pas non plus trouver de réel réconfort en sélection.

Quand arrive le mois de janvier 2017, deux ans après son arrivée dans la capitale espagnole, Martin Odegaard n’a joué que trois matches sous le maillot merengue. Il ne fait plus les gros titres et certains parlent déjà d’un nouveau talent précoce broyé par la machine toujours plus exigeante et intransigeante du football moderne.

Le rebond en Eredivisie

Pourtant, Odegaard n’a que 19 ans. Soit tout le temps de rebondir, sous réserves de faire les bons choix. Et c’est ce que va faire le gaucher. Alors qu’il est courtisé par le Stade Rennais (au point d’assister à un match au Roazhon Park), le blondinet choisit les Pays-Bas et le SC Heenrenveen. En une saison et demi au pays des Frisons, Odegaard se refait une santé, reprend confiance et dispute 45 matches (3 buts, 5 passes décisives). Et retrouve même la sélection A, prenant part à trois rencontres.

A LIRE AUSSI – Raúl Gonzalez Blanco, un ange passe

A l’été 2018, direction le Vitesse Arnhem, toujours en prêt. Sous la liquette jaune et noire, la carrière de Martin Odegaard connaît un nouveau coup d’accélérateur. Coaché par le Russe Leonid Sloutski, le jeune Norvégien est installé sur le coté droit d’un 4-4-2 à plat. L’ancien sélectionneur de la Sbornaïa lui confie les clés de l’animation offensive. Sans pour autant l’exonérer des tâches défensives inhérentes à un tel système de jeu. Ce cadre tactique permet à Odegaard de progresser dans tous les aspects du jeu et de devenir un joueur complet.

Il retrouve totalement confiance et signe une saison canon avec 11 buts et 11 passes décisives en 39 matches avec le Vitesse, auxquels s’ajoutent 6 matches en sélection A (1 but, 1 passe décisive). Au pays des tulipes, la fleur du nord que l’on a trop vite cru fanée a repris des couleurs.

Le retour dans la lumière

A l’issue de ces deux prêts réussis aux Pays-Bas, il est temps pour le jeune milieu de franchir un nouveau palier et de s’approcher encore de la Maison Blanche. Le moment est venu de découvrir la Liga. Et quel meilleur contexte que San Sebastian et la Real Sociedad ? Le club basque, où valeurs collectives et humilité sont érigées en principes cardinaux, offre le cadre idéal pour poursuivre le développement d’Odegaard. Dans un club aux ambitions européennes, au sein d’un effectif de grande qualité sur le plan offensif et dans l’entrejeu (Oyarzabal, Portu, Merino, Isak, W.José, Illaramendi), le Norvégien a tout pour s’épanouir. Encore plus sous les ordres du joueur technicien local, Imanol Alguacil.

La mayonnaise prend immédiatement où presque, et dès septembre le Scandinave est élu joueur du mois de Liga. La machine est lancée et ne s’arrêtera plus. Dans une équipe au jeu offensif parmi les plus plaisants et convaincants d’Espagne, se mêlant à la lutte pour la Ligue des champions, Odegaard rayonne. Positionné comme relayeur droit par Alguacil, il se montre très complémentaire de son pendant à gauche, Mikel Merino.

A LIRE AUSSI – Les révélations de la 1re partie de saison en Liga

Impliqué sur toutes les phases offensives des txuri urdin (les bleus et blancs), de la construction à la dernière passe, Odegaard excelle entre les lignes et par sa qualité de placement. Doté d’un bon coup de rein et d’une première touche de classe mondiale, il est capable d’éliminer où de s’ouvrir un angle de passe sur sa prise de balle. Dans les dribbles aussi il excelle, avec 2,4 dribbles réussis par match (4e meilleur de Liga). Son jeu de passe hors-pair lui confère la capacité de casser les lignes adverses et de servir dans de bonnes conditions ses très mobiles et intelligents partenaires. Odegaard se situe d’ailleurs au deuxième rang des distilleurs de passes clés en 2019-2020 (2,35/match) derrière Lionel Messi. Tant de qualités au service d’une grande intelligence de jeu font de Martin Odegaard l’un des tous meilleurs joueurs de la saison en Espagne.

A cette réussite individuelle vient s’ajouter la réussite collective de la Real Sociedad. L’équipe de Donostia pointe à la 4e place de Liga (qualificative pour la Ligue des champions) et est qualifiée pour une finale de Copa del Rey en forme de derby face à l’Athletic Club. Bref, l’aventure basque ressemble pour l’instant à un conte de fée pour le joueur de 21 ans.

A quand l’éclosion définitive ?

Auteur de 7 buts et 8 passes décisives en 28 matches du côté d’Anoeta, Odegaard s’est imposé comme un milieu de terrain complet et profilé pour le très haut niveau. Si bien que son avenir semble désormais irrémédiablement lié à la Casa Blanca. Se pose à présent la question de la date de son retour au Bernabeu. Alors que l’accord initial prévoyait un prêt jusqu’en 2021, les performances du joueur et la situation financière difficile (suite à la crise sanitaire et économique) du club merengue ont fait jaillir des rumeurs de retour anticipé.

Si Martin Odegaard semble prêt à s’imposer dans le onze de Zidane dès la saison prochaine, le scenario idéal parait néanmoins comporter une découverte du plus haut niveau européen au sein de la séduisante équipe basque. Avec en filigrane, un rôle majeur à tenir lors de l’Euro 2021 au cœur d’une génération dorée. Mais que son avenir s’écrive encore avec touches de bleu ou dans un blanc immaculé, Martin Odegaard a assez patienté. Après avoir pris le temps de la maturation, le voilà prêt à briller de mille feux sur les plus belles scènes.

Crédit photo : Marca/Icon Sport

0