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Formé au PSG, il aurait pu faire les beaux jours du club mais a choisi de s’exiler et de vivre le football à l’international. De Brest à Coimbra en passant par la capitale française, Tripy Makonda a toujours laissé une trace indélébile de sa venue. Rencontre avec un homme cosmopolite à qui le football mondial réserve encore un bel avenir.

Salut Tripy ! Comment se passe votre saison avec l’Academica Coimbra, alors que vous pointez actuellement à la troisième place du classement ?

Bonjour! Ma saison avec l’Academica Coimbra se passe pour l’instant très bien. Comme tu l’as souligné nous sommes actuellement troisièmes du championnat à neuf points du deuxième. Il nous reste quatorze matchs à jouer et puis nous ferons les comptes à la fin. Je dis ça parce qu’au Portugal ce ne sont malheureusement que les deux premiers qui montent. On fera alors le bilan en fin de saison mais ce serait bien qu’on monte en Liga Nos.

La saison passée vous jouiez encore en Liga Nos face à des clubs comme Benfica ou Porto. Aujourd’hui, le niveau s’est réduit. Comment avez-vous vécu la descente en seconde division ?

Nous l’avons très mal vécue car pour remettre les choses dans l’ordre l’Academica Coimbra est un club historique au Portugal, et c’est vrai que le niveau de la seconde division est inférieur à celui de la première. Mais c’est à nous de faire les efforts pour remonter directement.

Malgré cette belle troisième place, vous ne pouvez pas rêver d’une remontée immédiate. Quels sont les objectifs à court et moyen termes pour le club ?

Bien sûr nous sommes à une très belle troisième place avec d’autres équipes mais les objectifs sont clairs : remonter immédiatement. Maintenant le club essaie de nous mettre dans les meilleures conditions pour que nous y arrivions. C’est vrai que cette année il y a beaucoup de jeunes du centre de formation qui s’entraînent avec nous et je pense que c’est une très bonne chose pour eux, pour sentir un peu le monde pro.

De votre côté, votre contrat expire en fin d’année. Qu’envisagez donc vous pour la suite ? Une dernière aventure à l’étranger ou une fin de carrière au Portugal ? Ou pourquoi pas la France avec des équipes qui se lancent dans de nouveaux projets ?

C’est vrai que mon contrat expire en juin 2017, mais pour l’instant je suis vraiment focalisé sur le championnat et l’objectif que nous devons atteindre. J’aimerais bien sûr vivre une nouvelle et dernière expérience à l’étranger. Une fin de carrière au Portugal, je ne pense pas, car comme je l’ai dit j’aimerais connaître un autre pays, une autre culture et une nouvelle langue pourquoi pas. Une fin de carrière en France ne m’intéresse pas trop pour les raisons que j’ai évoquées plus tôt.

Maintenant que vous avez acquis une place de titulaire et que vous accumulez les minutes sur le terrain, que pouvez-vous nous apprendre sur le fonctionnement du football au Portugal ? Comment le pays en est-il arrivé à la glorieuse victoire de cet été ?

Comme tout le monde le sait et je pense que je ne vous apprends rien du tout, le football portugais est très business. On peut le voir à chaque mercato estival, où des joueurs partent pour des sommes astronomiques on peut dire par rapport aux valeurs du marché. Après voilà c’est le Portugal. C’est que certains clubs qui le font comme Benfica, Sporting, Porto ou Braga dans une moindre mesure. Peut-être aussi que certains joueurs viennent ici pour pouvoir rebondir sur la scène européenne. Après pour revenir sur la victoire du Portugal, je ne dirais pas que c’est la meilleure équipe qui a gagné mais sur la finale le Portugal a été meilleur que la France.

De nombreux joueurs nous ont dit que la vie au Portugal était meilleure que le football. Confirmez-vous ces propos, ou le football portugais possède aussi ses atouts ?

Oui oui je confirme que la vie au Portugal est bien meilleure et surtout moins chère par rapport à la France. Après je pense que le football portugais a aussi ses atouts qui sont la technique et la vivacité. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de sud-américains qui viennent jouer au Portugal, donc ça ramène une touche technique ici. Le joueur portugais, de base est très technique. On peut le voir avec certains joueurs comme Quaresma, Nani, Cristiano Ronaldo… Beaucoup de joueurs du championnat portugais sont techniquement très très forts.

Revenons en à vous. Vous avez été formé au PSG et vous avez même disputé quelques minutes sous la tunique bleue et rouge du temps de Paul Le Guen. Pourquoi vous n’avez pas réussi à percer au plus haut niveau dans votre club de formation ?

Je pense que je n’ai pas été régulier dans mes performances lorsqu’on faisait appel à moi. J’ai fait de bonnes rentrées quand on faisait appel à moi, mais quand j’étais titulaire je n’ai pas toujours été bon. Au PSG, l’exigence est beaucoup plus importante que dans d’autres clubs. Il faut que les joueurs, et surtout les jeunes joueurs issus du centre de formation soient prêts tout de suite, et ça n’a pas été mon cas. Après je ne regrette pas, la vie est faite ainsi. Après moi je suis un joueur qui a besoin de s’adapter, de sentir la confiance du coach, et après peut-être que lors de ma dernière année au PSG je n’ai pas senti cette confiance. Mais comme je l’ai dit je ne regrette rien.

Issu de la même génération (ou presque), Christopher Oualembo quitte le PSG sans signer pro en 2006, alors que vous restez pour finalement signer votre premier contrat pro en 2009. Dans une interview pour ultimodiez.fr, il disait qu’il était difficile à l’époque de sortir pro au PSG. Est-ce que vous en gardez la même impression ?

Oui c’est vrai parce que, quand on était au centre de formation et qu’on regardait l’équipe professionnelle du PSG, que ce soit à l’entraînement ou en match officiel, on voyait qu’il n’y avait pas énormément de joueurs issus du centre. Mais à partir de 2006 on a vu beaucoup de joueurs issus du centre s’entraîner avec les pros, et même signer pro. Je pense notamment aux générations 87,88,89  et 90 dont je faisais partie. Cette éclosion est aussi due à notre victoire en finale de championnat de France face à Monaco. A partir de ce moment-là, ils ont commencé (je pense à Laurent Fournier, à Guy Lacombe, bien entendu à Paul Le Guen) à faire un peu plus confiance aux joueurs issus du centre.

Malgré l’éloignement après la période PSG, vous vous retrouvez à Coimbra. Les années ensemble sur le terrain ont-elles créé une complicité sur et en dehors du rectangle vert ?

Avant de signer à l’Academica Coimbra j’ai regardé un peu l’effectif de l’équipe et j’ai vu le nom de Christopher Oualembo. C’est vrai que ça m’a fait plaisir de le retrouver au Portugal et à Coimbra. Mais quand je suis arrivé il était à la CAN avec la République Démocratique du Congo. Oui, on se connaît depuis le centre de formation. C’est comme un grand frère pour moi sur et en dehors du terrain. C’est vrai que ce fut un très grand plaisir de le retrouver là-bas et de jouer avec lui comme au bon vieux temps.

Vous avez joué à partir de 2011 dans le club breton de Brest. Vous avez donc connu la grande période et la dernière année en Bretagne du stéphanois Nolan Roux. Quel souvenir en gardez-vous ?

Pour ma part je n’ai pas connu la grande période du Stade Brestois quand ils étaient premiers du classement en Ligue 1. Moi je suis venu bien après, et c’est vrai qu’en arrivant j’ai eu l’opportunité de rencontrer Nolan Roux, de discuter aussi avec lui de sa situation. A ce moment-là, Schalke 04 voulait le recruter, et c’est vrai que je garde un très bon souvenir de ce joueur puisque c’est un finisseur redoutable. Sinon, je garde un très bon souvenir de ma période bretonne. J’ai passé trois ans et demi là-bas certes un peu difficiles mais ça m’a permis de grandir humainement et en tant que joueur. J’ai rencontré à Brest des personnes formidables avec qui j’ai gardé contact. Ce fut une très bonne expérience, un peu dure mais dans la vie on passe dans des moments durs et des moments de facilité.

Je ne sais pas si vous avez connu la période QSI au PSG, mais qu’est-ce que vous inspire celle-ci, par rapport au PSG dans lequel vous avez vécu tant d’expériences ?

J’ai connu la période PSG Qatar une journée, voire deux parce que Leonardo est arrivé en stage de pré-saison et j’ai une discussion avec lui. Je lui ai dit que je voulais partir et il m’a répondu c’est comme tu veux, c’est toi qui vois. C’est une nouvelle direction, tout le monde est sur le même piédestal. Mais à ce moment-là j’avais déjà pris ma décision et j’ai décidé de quitter le club. Je pense que c’est une très bonne chose de revoir le PSG sur la scène européenne parce que c’est ce que tout le monde attendait, que le PSG achète des très très grands joueurs pour remettre le club à sa véritable place.

Vous qui avez été formé au PSG, êtes-vous fier des Titis parisiens qui parviennent aujourd’hui au haut niveau, comme Kimpembe ou Nkunku cette saison, qui sont la preuve que le club compte encore sur ses jeunes et pas que sur son argent ?

C’est une très bonne chose de voir des jeunes issus du centre de formation évoluer avec l’effectif professionnel surtout que maintenant  le PSG est entré dans une autre dimension avec des « top players » comme on les appelle. C’est vrai que je suis très content de les voir à ce niveau, ça va leur permettre je pense de progresser plus vite par rapport à certains jeunes parce que là ils jouent la Ligue des Champions, et les entraînements doivent être plus intenses. Après je pense que le PSG a une philosophie un peu comme celle du Barça où ils achètent des « top players » et ils intègrent quelques jeunes issus du centre soit pour s’entraîner soit pour et s’entraîner et jouer les matchs officiels. Comme je l’ai dit je pense que c’est une très bonne chose et une très bonne philosophie de la part du PSG de construire le club en ce sens.

Crédits photos :  AFP PHOTO / FRANCK FIFE