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Cet article fait suite à notre dossier quant à l’augmentation des penalty ratés. Gardiens mieux préparés ? Tireurs ne sachant pas gérer la pression ? Toutes les réponses se trouvent ici.

Quand on entend penalty, on entend « Pénaldo », « Uefalona », « Rigore per la Juve ou la Roma » ou « Penalty pour Lyon » et tout ce qui va avec. Entre troll et mauvaise foi, personne n’explique vraiment pourquoi on siffle plus facilement au Real, à l’OL ou au Barça. La seule vérité est que ces équipes ont une aptitude à provoquer des pénaltys facilement grâce à leur forte présence dans la surface et qu’elles sont aussi arbitrées comme des grandes équipes. C’est un autre débat. Provoquer c’est bien, le transformer c’est mieux.

Avec l’évolution du football, tirer un pénalty n’est pas donné à tout le monde. Les joueurs cherchent des stratagèmes, des courses d’élan ou des temps d’arrêt pour duper des gardiens de plus en plus préparés. Qu’ils s’appellent Cristiano Ronaldo, Zlatan Ibrahimovic, Fabinho ou Diego Perotti, ils font partie du gratin dans l’exercice. La régularité du Portugais ou l’efficacité du Brésilien prouvent qu’on peut très bien être un tireur hors pair sans faire de fioritures avant de frapper (coucou Paul Pogba). Analyse des artilleurs que le Bayer Leverkusen ou le Stade Rennais auraient aimé recruter.

Le modèle : Cristiano Ronaldo

Parmi les meilleurs tireurs de penalty du football actuel, on retrouve des joueurs de grande qualité. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont ceux qui ont le plus tiré de penaltys. 91 pour l’Argentin, 112 pour le Portugais. Seul Francesco Totti vient s’intercaler entre les deux avec 104 tentatives. Des chiffres ahurissants quand on connait la pression qu’il y a avant de tirer.

Zlatan Ibrahimovic est aussi une référence dans l’exercice. Le géant suédois possède une technique presque infaillible, qui ressemble énormément à celle de la vieille école. Avec  Cristiano Ronaldo, Francesco Totti ou le jeune retraité Frank Lampard, ils ont la même manière de frapper : tirer fort et croisé au ras du poteau. Pour donner un ordre d’idée, sur un échantillon de 20 penaltys tirés par le capitaine de la Suède, que ce soit à l’Inter Milan, au Milan AC, au PSG ou avec la sélection, le Z a un chemin préférentiel. Il croise dans 70% des cas. Coup de pied au ras du sol ou intérieur du pied dans la lucarne, il ne fait pas de détail. Malheureusement, cette méthode a ses limites lorsqu’on tombe face à un gardien ultra préparé come Joe Hart par exemple.

Pour Cristiano Ronaldo, la donne est un peu différente. En effet, le Portugais a appris à varier sa manière de tirer tout en restant proche de ses classiques. CR7 n’a fait que s’améliorer dans l’exercice, que ce soit dans sa course d’élan, sur le plan psychologique ou dans sa variété dans la frappe. A Manchester United, il avait pris l’habitude de croiser ses penaltys. 11 penaltys sur 18 étaient tirés à la droite du gardien, une manière d’assurer ses premiers buts en carrière. Ses 5 premiers penaltys étaient  croisés. Comme Simao Sabrosa, autre très bon tireur portugais, il effectuait un temps d’arrêt dans sa course d’élan pour essayer de bluffer le gardien et s’ouvrir un meilleur angle de frappe.

En arrivant au Real Madrid, Cristiano a vite gagné sa guerre psychologique avec les gardiens. Cette fameuse bataille est la clé du succès. Malgré des échecs face à des spécialistes comme Carlos Kameni, Willy Caballero ou Diego Alves, il a rapidement pris l’ascendant sur ses vis-à-vis. L’aspect psychologique est un facteur important dans la conversion des penaltys et à ne surtout pas négliger. Les gardiens se sont rendu compte qu’on ne pouvait pas anticiper où allait tirer Ronaldo, qu’il fallait être un expert pour espérer en sortir un. De 2009 à 2016, sur 67 penaltys convertis, El Bicho a tiré sur la gauche du gardien 33 fois pour 26 sur la droite et 8 dans l’axe. Des chiffres qui prouvent la prise de confiance de la part de l’ancien mancunien. Il n’a plus vraiment de circuit préférentiel, son penalty face à Neuer en demi-finale de Ligue des Champions en est la preuve. Au lieu de croiser comme la majorité des joueurs lors des grands matchs, il préfère ouvrir son pied avec peu de puissance. La preuve d’une confiance en soi à son paroxysme. Avec  83% de taux de conversion, il se classe 2ème ex aequo avec David Villa parmi le quinté des joueurs ayant tiré plus de 50 penaltys encore en activité. Seul Zlatan Ibrahimovic fait mieux avec un ratio de 88% de conversion. Francesco Totti est aussi proche de lui avec 82.7% et Lionel Messi ferme la marche avec 79% sur 104 tentatives.

Le carré magique des 100%

On avait le  carré magique de Kaldor, maintenant nous avons le carré magique des 100%. En 2017, il existe un groupe très fermé de joueurs qui ont converti tous leurs pénaltys. Yaya Toure, Lisandro Lopez, Diego Perotti et Fabinho font partie de ce carré réduit. On peut noter qu’aucun de ces tireurs n’a plus de 20 tentatives à son actif. Si Perotti et Fabinho ont encore quelques années devant eux pour espérer finir à 40 tentatives pour 100% de réussite (très peu de chances), Lisandro et Yaya sont en fin de carrière et devraient avoir du mal à dépasser le cap des 20 tirs. Des stats assez surprenantes quand on sait que le numéro 2 de l’AS Monaco est un arrière droit de formation et que l’ancien blaugrana est un milieu offensif, reconverti en 6 puis replacé plus haut. Etant donné que l’exercice est souvent privatisé par les buteurs ou les capitaines, c’est rare de voir un milieu ou un latéral être le tireur attitré.

A titre de comparaison, seuls Leighton Baines avec 24 conversions sur 27 tirés et Arturo Vidal avec 32 tentatives pour 28 buts suivent la cadence dans leurs postes respectifs. L’expérience, la technique, la confiance et la grosse frappe de balle de l’ancien capitaine de la Côte d’Ivoire lui facilitent la tâche dans l’exercice.

Comme le Chilien, Yaya Toure n’a pas de circuit préférentiel, il tire là où il le sent, sans course d’élan particulière et avec un bodylangage parfait, ce qui est très important quand on a la carrure et le gabarit d’un joueur comme lui ou Fabinho. Le penalty de Steven N’Zonzi face à Leicester en est la preuve. Avant de mettre sa frappe insipide, le milieu du FC Séville a clairement montré le chemin à Kasper Schmeichel en plaçant son corps de sorte à ce qu’il ouvre le pied. L’équilibre du 42 Citizen est souvent parfait et lui permet de tirer assez fort pour mettre le ballon hors d’atteinte du gardien.

(désolé pour la qualité médiocre, on fait avec les moyens du bord)

Le phénomène de Campina

Pareil pour Fabinho qui comme Cristiano Ronaldo a un avantage psychologique sur chaque penalty. Les gardiens savent qu’il est impossible de deviner où va tirer le Brésilien car il change constamment de côté. Pour comprendre comment le Monégasque est monté en régime dans l’exercice, il faut prendre en compte ses premiers tirs. Sur ses quatre premiers essais, Fabinho n’a fait QUE croiser sur la droite du gardien (ça rappelle  un quadruple ballon d’or portugais). Imparable à chaque fois, il se permet le luxe de tirer à deux reprises sur la droite de Clément Maury face au Gazelec lors des deux confrontations. En pleine confiance, il décide de changer de côté contre le PSG pour sortir une panenka au Parc des Princes.

A ce moment-là, il devient compliqué pour les gardiens de savoir où tirera Fabinho puisqu’il a plusieurs flèches à son arc. Si certains tireurs se font dessus à l’idée de tirer plusieurs fois face au même gardien dans une saison ou dans un match, le Brésilien ne se dégonfle pas. Sur huit tirs face à quatre gardiens différents, il change presque à chaque fois de côté. Il tire une panenka puis sur la gauche de Trapp, pareil face à Johnsson et à droite puis à gauche face à Asenjo. L’exception était contre le Gazelec et Clément Maury.

Lors de Monaco-Nantes, Maxime Dupé essaye de déstabiliser Fabinho en lui demandant « Pas de Panenka ! », un désaveu certain de la part du gardien nantais qui ne sait absolument pas quoi faire face à un des meilleurs tireurs d’Europe. Pour ce penalty, le Monégasque va bluffer sur sa préparation. A chaque fois qu’il se retrouve face à un gardien, l’ancien de la Cantera regarde constamment sur la droite du gardien pour croiser, croise le regard de ce dernier et puis tire selon son feeling et la tournure du match. On a vu Vercoutre lors du 0-3 à Caen rester au milieu pour anticiper, finalement il croisera son penalty dans la lucarne. On se rend rapidement compte qu’il prend un malin plaisir à croiser ses penaltys  (9 sur 15). Les autres sont tirés sur la gauche, hormis deux panenka pour le natif de Campina. Des chiffres qui ressemblent énormément à ceux de Zlatan Ibrahimovic. Le jour où un gardien arrêtera un penalty du numéro 2 monégasque est surement proche, mais en attendant profitons d’un des meilleurs tireurs actuels.

https://twitter.com/SFR_Sport/status/836289025266810881

Diego Perotti, comme son idole Diego Armando

Concernant Diego Perotti et Lisandro Lopez, la donne est différente. L’ancien lyonnais tire ses penaltys de la manière la plus simple du monde, il est juste un vrai spécialiste de l’exercice comme pouvait l’être un Alan Shearer ou un Matt Le Tissier. Inutile d’analyser quoi que ce soit face à un tel tireur, il a toujours le coup d’avance qui fait qu’il marquera.

Pour le Romanista, on est face à l’un des tireurs les plus redoutables et controversés de l’histoire du football. En effet, sa « course d’élan » n’a aucun équivalent dans l’histoire et perturbe chaque gardien. Le parallèle avec Maradona est souvent fait en Italie pour sa capacité à anticiper le plongeon du gardien et à le regarder dans les yeux. Rien à voir avec les courses de Paul Pogba ou Simone Zaza.

On n’avait pas vu plus controversé depuis la Paradinha. La « petite pause » brésilienne était un fléau. Pour rappel elle consistait à s’arrêter brutalement devant le ballon et à tirer une ou deux fois dans le vent pour forcer le gardien à plonger. Une manière de faire rendu célèbre par Neymar qui avait été le sujet de polémiques lorsqu’il avait usé de ce stratagème face à l’expérimenté Rogerio Ceni. Devant des gardiens de plus en plus désabusés et humiliés, la FIFA avait décidé d’interdire la Paradinha en juin 2010 avant la Coupe du Monde, considérant le geste comme antisportif.

Mais Perotti a trouvé la parade : tirer son penalty en marchant et en marquant des temps d’arrêt tout en fixant le gardien. Une manière de tirer qui peut paraître ridicule : sans vitesse et à l’arrêt, on se dit que sa frappe ne devrait pas être forcément puissante. Mais le numéro 8 de la Roma a trouvé la faille. Le fait de marcher lui permet de prendre un, deux voire trois temps d’arrêt et de voir le premier déplacement du gardien sur un côté. Ça lui est permis étant donné qu’il ne prend pas de vitesse avant de tirer. Sa prise d’élan devient saccadée et va systématiquement tromper le gardien.

Depuis son arrivée en Italie, l’ancien de Boca Juniors a tiré 11 penaltys pour 9 contre-pieds, des statistiques ahurissantes. Les gardiens n’ont toujours pas trouvé la recette face à lui. Oestis Karnezis est la victime préférée de Perotti. Le gardien grec de l’Udinese s’est retrouvé à trois reprises devant lui, trois échecs cuisants. Lors des tentatives, il plongera systématiquement du mauvais côté.

Il faudrait des heures pour décortiquer sa technique de frappe. En plus de tirer parfaitement, Perotti est un joueur extrêmement intelligent et très vigilant sur certains points. Lorsqu’il doit tirer un penalty face à Pescara, il n’oublie pas que son compatriote argentin Albano Bizzarri était avec lui au Genoa  pendant  un an. Alors il change sa course d’élan et revient à quelque chose de plus classique. Pareil contre l’Udinese lorsque les coéquipiers de Cyril Théreau concèdent un deuxième penalty dans le match. L’ailier revient à un style basique.

Si Karnezis n’a pas trouvé un début de réponse pour sortir les penaltys du Romain, Handanovic et Berisha tiennent peut-être un début de réponse face à ses penaltys venues d’un autre monde. Rester debout et attendre la frappe pour plonger. Le problème d’une telle décision est qu’il faut espérer que le tireur rate sa frappe et posséder une énorme allonge pour le sortir. Les deux gardiens sont restés figés et ont vu le ballon passer pas très loin de leurs gants. Viendra le jour où Diego Perotti devra faire face à Gigio Donnarumma, son mètre 98, son allonge stratosphérique et ses 37.5% d’arrêt sur penalty. Peut-être qu’il sera hypnotisé comme Maradona avait été hypnotisé par Giuliano Giuliani en 1987. El Pibe de Oro qui avait réussi l’exploit de convertir 17 pénaltys sur 17 avant de tomber face au gardien de l’Hellas Verone.

Tirer un penalty est devenu aussi complexe que de tirer un coup franc. Il faut du travail, du temps et de la technique et surtout un mental infaillible pour exceller dans l’exercice. Il n’est pas interdit de progresser comme c’est le cas avec Cavani qui est passé de tireur médiocre (deux ratés face à Handanovic à Naples) à vrai spécialiste (7 sur 7 au PSG, série en cours). L’inverse est possible, un penalty raté et le mental en prend un coup, demandez à Mario Balotelli qui a vu son pourcentage de conversion chuter après avoir buté sur Pepe Reina. Ne pas tomber dans l’arrogance et gagner sa bataille psychologique en est la clé. On peut être le meilleur joueur de l’histoire et rater son tir au but face à son coéquipier de club dans une finale. Le joueur avec les nerfs les plus solides l’emporte toujours. On peut s’appeler Mark Noble et être un des meilleurs tireurs de Premier League comme on peut s’appeler Alexis Sanchez et être un des plus nuls du Royaume. La suite au prochain épisode.

Crédits photos : AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS