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Légende du football en France, Nassim Akrour n’a toujours pas raccroché les crampons. Entre deux buts, il a posé ses chaussures pour revenir avec nous sur sa carrière, de Grenoble à l’équipe nationale algérienne.

Depuis le début de saison tu évolues à Annecy. Pourquoi Annecy ? Et comment se passe la saison, notamment avec les autres joueurs étant donné que tu as le double de l’âge de certains ?

Alors, ce n’était pas un choix personnel à proprement parler. C’est un ami, entraîneur (ndlr Helder Esteves), avec qui j’ai joué il y a longtemps à Troyes qui m’a demandé de venir les aider. Donc je suis venu pour rendre service.

Au niveau de la saison, ça se passe très bien, on fait une très bonne saison. On a commencé à jouer tous ensemble à partir du mois de décembre parce qu’il y a encore des joueurs qui arrivaient en septembre-octobre et les dernières recrues sont arrivées en décembre. Du coup voilà on a commencé à jouer tous ensemble en décembre. Dès le début ça s’est très très bien passé et ça se passe encore très bien. La saison se passe bien, surtout la deuxième partie de saison du coup, de janvier à mars on a gagné 8 matchs de suite.

On va revenir un peu sur le début de ta carrière. En pro tu fais tes armes à Sutton United de 1997 à 2000. C’était comment cette expérience à l’étranger ?

Bah ça s’est très bien déroulé. J’étais parti là-bas pour voir autre chose mais forcément pour le football. J’ai évolué dans un petit club anglais plus pour prendre du plaisir en fait et comme je l’ai dit, pour voir autre chose entre guillemets. Donc ouais c’était très bien.

On va passer maintenant à ta période Grenoble. 27 septembre 2008, match contre le PSG, tu marques ce splendide but du pied droit. D’abord qu’est ce qui te pousse à tirer et quelle a été ta réaction quand t’as vu le ballon entrer ? 

On pourrait croire que je rate mon contrôle mais non pas du tout c’est à la télé qu’ils ont dit ça. Mais non, j’attendais le une-deux avec Sofiane Feghouli mais le joueur parisien derrière moi à droite anticipe ce une-deux donc du coup après j’y vais tout seul. Donc je fais ce contrôle c’est pas un contrôle manqué, au contraire c’est un contrôle orienté et après j’enchaîne directement la frappe parce que j’avais déjà joué Mickael Landreau et je savais qu’il jouait toujours avancé pour fermer l’angle. Donc à un moment donné, il faut justement contourner Landreau en le lobant. C’est vraiment un tir de l’extérieur pour le lober en fait.

Quand j’ai vu la balle rentrer dans les cages franchement c’était que du bonheur. Notamment parce que c’était au Parc des Princes et quand j’étais petit avec les copains on allait voir le PSG jouer là-bas. C’était, comment dire, très très intense à l’intérieur. Voilà, c’était vraiment l’euphorie de marquer ce but, en plus ça va ce n’est pas le plus moche que j’ai mis (rires).

Maintenant je te propose de parler de la saison en général (2008-2009), meilleure saison de l’histoire du GF38, vous finissez 13ème de Ligue 1. Saison incroyable non ?

Ah bah oui oui. En plus on était sur notre bonne dynamique de la saison de Ligue 2 où on a fini en enchaînant 12 victoires consécutives. Tactiquement, on a décidé de maintenir ce rythme pour commencer très fort mais voilà on savait que ça allait devenir difficile sur la fin parce qu’on avait quand même mis le turbo la 1ère partie de saison donc logiquement on a perdu du terrain pendant la 2ème partie de saison. Après ça va 13ème c’est plutôt bien, très bonne saison pour le club, l’ambiance était vraiment super, ça jouait bien, etc.

En 2010, tu quittes Grenoble car les investisseurs japonais ruinent le club en gros. Tu pars avec un goût amer, non ?

En fait j’étais en fin de contrat, ils m’avaient proposé quelque chose qui n’était pas loyal vis-à-vis de moi donc je suis parti. Après je ne vais pas trop revenir là-dessus parce que c’est vrai que c’était triste parce que j’étais trop bien là-bas et malheureusement je devais prendre une décision. Cette décision elle a été prise plutôt longuement parce qu’il y avait de l’attente et tout et c’était vraiment difficile comme décision. En plus c’est vrai que j’étais assez apprécié par les supporters, je ne voulais pas les décevoir non plus. Mais voilà c’est fait, je ne le regrette pas.

En 2013, tu reviens à Grenoble, pourquoi ?

Alors déjà parce que j’avais mis un terme à ma carrière professionnelle, j’avais envie de revenir à Grenoble, d’aider le club à remonter et d’enseigner aux jeunes ce que j’avais appris pendant ma quinzaine d’années d’expérience. Donc je n’avais rien à perdre et puis c’était un peu un retour aux sources.

Globalement que retiens-tu de ton passage au GF38 où tu as joué 312 matchs, tu es le meilleur buteur du club en plus d’être le joueur le plus capé ?

Que du bonheur, franchement que du bonheur. Aucun regret, que du bonheur. Voilà y a pleins d’éléments qui font que ce club m’est très cher et j’y suis donc attaché et voilà je n’ai pas d’autres mots. Je vais me répéter mais c’est vraiment que du bonheur. Faut pas regretter ce que l’on a fait auparavant et toujours savourer ces moments-là et ne garder que les bons souvenirs.

Vous étiez la dernière équipe à avoir battu le PSG par au moins 4 buts d’écart (victoire 4-0), maintenant c’est le Barça, ça fait quoi d’avoir été détrôné par Messi et ses copains ?

(rires) Bon déjà on avait pris 4-0 chez eux aussi, au retour au Stade des Alpes (ndlr le stade du GF38), on s’est vengé on va dire. Après être détrôné par le Barça forcément c’est un grand honneur vu que c’est le summum du football en quelque sorte. Mais il n’y a aucun problème, je leur en veux pas. (rires)

Tu as joué en Angleterre et en France, as-tu trouvé une différence au niveau des divisions semi-pro/amateur ?

Non, en fait ce n’est pas aussi simple que ça ; c’est-à-dire que ça n’a rien à voir, vraiment. Par exemple, la CFA d’il y a 3 ou 4 ans est complètement différente de celle de maintenant. Pareil pour la League One (ndlr la 3ème division anglaise) qui n’est pas comme celle d’il y a deux ans. On ne peut pas comparer ce genre de championnat entre eux car ils sont trop variables en fonction des saisons.

Pourquoi as-tu choisi la sélection algérienne et pas française un peu comme ton coéquipier Sofiane Feghouli ?

Déjà parce que la France ne m’a jamais appelé et quoi qu’il arrive j’ai commencé très tard le foot donc y avait pas de discussion à aller chercher. Quand la sélection algérienne a appelé bah j’y suis allé. C’est aussi dû au fait que si plus jeune, j’étais passé par les centres de formation, ça aurait sûrement été différent aussi. Voilà, on est né en France de parents algériens donc on a eu, entre guillemets, le choix entre ces deux équipes.

Après jouer avec le maillot des Fennecs, je pense que c’est quelque chose de personnel. Évidemment c’est une grande fierté par rapport à mes grands-parents, mes oncles, mes parents, mes frères et sœurs.

Avant de passer pro, est-ce que tu avais une idole ?

C’était Marco Van Basten. Parce que voilà, c’était l’élégance, la classe, le buteur. Il fait partie des joueurs qui te faisaient rêver quand tu les regardais jouer, même sa façon de courir franchement. Après c’est vrai que sa carrière s’est arrêtée tôt à cause de ses problèmes de cheville. C’est un joueur que j’admirais beaucoup effectivement.

On va finir avec un débat qui déchaîne les passions : la vidéo. Qu’en penses-tu ?

Personnellement je pense que la vidéo ça fait que les arbitres ne réfléchissent plus par eux-mêmes, ils ne font plus attention à ne plus faire d’erreurs. Ils savent qu’il y a la vidéo et que s’ils font une erreur, elle va être corrigée derrière, tandis qu’avant, ils étaient concentrés pour ne pas faire d’erreur. Donc voilà. Et puis après il ne faut pas oublier que, sauf exception, l’erreur est humaine.

Après, pour les joueurs, il faut comprendre et respecter cela. Moi perso j’ai jamais critiqué ou gueulé après un arbitre parce que s’il n’y a pas d’arbitre il n’y a pas de foot, il n’y a pas de jeu, il n’y a plus de règles et c’est l’anarchie. Quand je vois des joueurs qui sont tout le temps en train de mal parler à l’arbitre, j’aimerais bien leur demander s’ils parleraient comme ça à leurs parents. En Angleterre, ça ne se passe pas du tout comme ça, en Angleterre on discute avec l’arbitre et l’arbitre discute avec nous. Alors oui, il y a certains arbitres qui sont un peu hautains, je peux l’entendre et je peux le comprendre mais après faut avoir un peu de pédagogie, faut savoir discuter. Y a des joueurs, ils font les choses comme s’ils étaient dans la rue, mais ce n’est pas comme ça, l’ordre c’est pas comme ça.

Après, pour revenir à la vidéo, je suis assez partagé parce que c’est vrai que ça permet de rectifier certaines erreurs et comme disait le pape (ndlr Jean-Paul II), il faut savoir vivre avec son temps.

Crédits photos :  AFP PHOTO / FRED TANNEAU