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Il y a des siècles de cela, des croyants assistaient incrédules à la résurrection d’un certain Jésus de Nazareth, déclaré comme messie par ses disciples. Aujourd’hui, nous-même, contemporains de cette période aussi sublime que ténébreuse, assistons à la renaissance de l’un des meilleurs Algériens passés par le FC Porto, Yacine Brahimi. Oscillant entre rêve et cauchemar, il vit une carrière sur courant alternatif qui pourrait bien l’emmener là où son talent voudrait le voir triompher, au paradis du football. Retour sur la carrière d’un joueur formé dans la rue, là où le sport-roi se joue encore pour le seul plaisir des yeux, ballon aux pieds, prêt à dribbler.

Grenade, le début d’une histoire

Après une formation à Rennes, il décide de s’exiler en Espagne, du côté de Grenade, dans un pays où il pourra enfin exprimer son talent de dribbleur. Même si cette équipe ne s’avère pas être la plus sexy ni la plus attirante d’Espagne, elle fera l’affaire pour montrer sa virtuosité à tous ceux qui l’auront laissé passer, qui n’auront pas su détecter ce potentiel aussi précieux que mystérieux, arguant que sa petite taille et sa maigreur seraient handicapants pour la suite. A ceux-là, il répond sur le terrain à coups d’extravagances, ainsi que sur le papier à coups de chiffres. En effet, lors de la saison 2013/2014, celle de son apogée dans le petit club de la péninsule ibérique, il compte au total 35 apparitions et près de 3000 minutes de jeu.

Seule ombre au tableau, le jeune joueur peine à se montrer efficace dans le dernier geste, se limitant à créer des décalages ou faire la première différence (NDLR: trois buts et quatre passes décisives pour cette saison). Cependant, de nombreuses grosses écuries européennes viennent aux renseignements dans le but d’attirer dans leurs filets un magicien qui pourrait faire les beaux jours de leur équipe, une star qui saura faire tourner la boutique de maillots. Yacine Brahimi, lui, n’a pas l’argent dans la tête, et fait avant tout le choix de la raison en signant à Porto, un club qui pourra lui apporter ce dont il a besoin : des moyens, de l’ambition, du jeu, et de la ferveur.

Une arrivée remarquable et un public sous le charme

Dès son atterrissage au Portugal, il met l’Estadio Do Dragao à ses pieds grâce à son style ravageur et sans égal. Regard ancré sur le ballon, il efface un à un ses adversaires avant de distiller les caviars pour ses coéquipiers. Même s’il comble aisément quelques lacunes, il en garde tout de même certaines, comme la finition, qui le poursuivra pour le reste de sa carrière.

Aux côtés de Jackson Martinez, il parvient à atteindre un total de sept réalisations en championnat, treize toutes compétitions confondues, ce qui restera à jamais comme le paroxysme de son passage à Porto dans ce domaine. Lors de la saison 2014/2015, il contribue même au presque exploit de son club en Ligue des Champions, réalisant deux matchs merveilleux en phase de qualification face au LOSC de René Girard. L’histoire retiendra à jamais son triplé face au BATE Borisov, lors de la victoire six buts à zéro des siens.

Comme toujours, alors qu’il commençait à prendre son envol accompagné d’un groupe de génies, le Bayern Munich vint se mettre en travers de leur route, barrant le chemin de l’espoir d’une conquête européenne.

Nuno Espirito, après la pluie vient le beau temps

A l’aube du mois de décembre 2016, le ciel semble bien terne dans la ville où Jose Mourinho fit ses gammes avant de devenir celui que l’on connaît de nos jours. A la peine en championnat comme en Ligue des Champions, l’équipe de Nuno Espirito Santo, fraîchement arrivé de Valence, montre déjà des signes de faiblesse. Surtout, le Portugais et son staff ne parviennent pas à aligner la combinaison gagnante pour animer le front de l’attaque. Malgré quelques hésitations, c’est bien (trop) souvent Corona qui est préféré au fennec durant les premiers mois de l’exercice. Mais face à la catastrophe qui s’approche doucement, Nuno doit réagir et choisit de titulariser de nouveau l’homme providentiel, celui qui avait tant sauvé les meubles auparavant.

Après des bouts de matchs pendant plus de cinq mois, il assiste, cette fois à l’intérieur du rectangle blanc, à la manita qu’inflige son équipe au futur quart de finaliste de la Ligue des Champions, l’équipe d’un autre dribbleur fou, Leicester. Lors de cette rencontre cruciale, il inscrit un but remarquable, rappelant par son geste l’autre grand Algérien de l’histoire de Porto, Rabah Madjer.

Depuis ce match au sommet, il ne passera plus qu’une fois sous l’heure de jeu, lors de la courte victoire de Porto deux buts à un contre Estoril. Par la suite, Brahimi sera même élu trois fois « Man of the Match », retrouvant ce lien inaliénable qui le noue aux supporters portistas depuis le tout premier jour où il posa les pieds sur le sol lusitanien.

Des statistiques en sa faveur

Certes, Yacine Brahimi n’est pas le meilleur dans tous les domaines, mais si l’on considère uniquement ses qualités principales, il confirme amplement les espoirs placés en lui sur le terrain. Dans son duel direct avec Corona, il relègue à de nombreuses reprises le Mexicain au second rang. Même si Corona s’avère plus altruiste avec le double de passes décisives, ils comptent tous deux le même nombre de buts pour un temps de jeu très inégal (NDLR: 1475 minutes pour Corona contre 1173 pour Brahimi). De par son registre atypique, l’Algérien est le meilleur dribbleur des quatre, réussissant près de 75% de ses dribbles cette saison.

Pour finir, une statistique est assez frappante. Souvent décrié pour son manque de réussite dans le dernier geste, il est presque le plus efficace du quatuor de tête (NDLR: 11,4% d’efficacité), juste derrière Diogo Jota (NLDR: 11,8% d’efficacité) et devant Corona et Otavio (NDLR: respectivement 10,9% et 2,4%).

Pour l’amour du jeu

Au-delà des statistiques et de ses qualités intrinsèques, ce sont bien son insolence et son insouciance qui font de lui un être remarquable et louable. Formé à l’école de la street, petit frère est vite devenu grand, sans chercher pour autant à brûler les étapes de la vie. Rare représentant du football urbain dans un football aseptisé par une mondialisation propagatrice, il rend fier un peuple entier et surtout une famille. A côté de la fierté maternelle, les trophées comme celui de meilleur joueur africain en 2014 doivent peser bien peu.

Sur les tablettes du PSG et d’Unai Emery pour ce mercato estival, c’est bien plus l’envie de retrouver sa ville natale que l’argent qui le poussera à s’engager pour le club de la capitale. Reste maintenant à savoir où se poursuivra la carrière de cet esthète du football, né pour faire vibrer des stades, pour faire battre des cœurs, les nôtres en l’occurrence. Le messie retrouvé, il s’apprête à faire marcher derrière lui un nombre infini de disciples, partageant la même soif de jeu, poursuivant la même quête de plaisir. One, two, three, viva Brahimi !

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