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Cueilli par Olivier Feliz et révélé cette saison dans le club de Moura en troisième division portugaise, Emile Ngoy est la nouvelle pépite qui fera bientôt parler d’elle en Liga Nos. Aux portes de l’équipe nationale du Congo, il semble prendre le chemin de ses aînés comme Christopher Oualembo, ex-gloire du club de l’Academica.

Salut Émile, comment se passe ta saison du côté de Moura en Ligue 3 portugaise ?

Salut ! Ma première saison à Moura s’est très bien passée, je me suis très bien adapté. Je me suis surtout focalisé sur mon travail.

Avec de nombreuses réalisations à la pointe de l’attaque de cette équipe, tu es l’une des révélations du championnat. Comment vis-tu ce nouveau statut ?

Oui c’est vrai que j’ai mis quelques buts cette saison. Après je pense que mon statut reste le même, c’est juste quelques statistiques qui ont positivement changées.

Avec de telles performances, certains clubs et superviseurs vont certainement venir toquer à la porte de ton club. Où verrais-tu ton avenir dans le football ?

C’est vrai que j’ai eu quelques échos de clubs qui m’ont supervisé, mais je laisse plutôt ça pour mon frère. Moi je suis plutôt terrain, je me focalise uniquement sur mon travail. Après je suis très bien au Portugal. Mais je ne dirais pas non à… l’Angleterre. C’est un pays qui me fait vibrer, qui me fait rêver, surtout le week-end du Boxing Day. C’est très populaire.

A terme, la sélection pourrait donc devenir un objectif pour toi non ? (NDLR : Émile pourrait devenir international avec la République Démocratique du Congo)

La sélection congolaise j’y pense beaucoup. Jouer pour ses couleurs c’est une fierté. Jouer avec des joueurs comme Yannick Bolasie, Cédric Bakambu. Ce n’est qu’un plus pour moi en fait. Apprendre à leurs côtés serait très positif. J’aimerais vraiment jouer pour le Congo.

En parlant de RDC et de championnat portugais, prends-tu exemple sur des joueurs comme Christopher Oualembo qui est passé par les deux étapes ? Ou sur Cédric Bakambu qui joue au même poste que toi ?

Cédric Bakambu je le suis depuis Sochaux. C’est un joueur exemplaire, toujours dans le travail. Il m’inspire beaucoup.

Tu as donc été formé à Sochaux, ce qui te fais encore un point commun avec Cédric Bakambu. Que peux-tu nous dire sur la formation à ton poste là-bas qui a l’air de plutôt bien fonctionner ? Quelles sont les spécificités de cette dernière ?

A vrai dire Sochaux est le club qui m’a tout donné, où j’ai grandi. Je suis arrivé là-bas à 14 ans je crois. Je suis arrivé blessé, avec une fracture au genou. Ils m’ont remis sur pied en un rien de temps. J’ai beaucoup d’estime pour ce club qui a des grands coachs, des grands formateurs. J’ai beaucoup appris à Sochaux.

Pour la formation, franchement, c’est la possession qui est privilégiée. Moi à mon poste ils me demandaient souvent de décrocher, des faire des appels dans la profondeur, entre les lignes. Tout ce que je fais en match ou à l’entraînement vient en partie de Sochaux ; quand je décroche, quand je fais des appels. C’est pas pour rien que c’est l’un des meilleurs centres de formation de France.

Plus généralement, que penses-tu de la formation sochalienne, qui permet de dénicher de nombreux nouveaux talents chaque année ?

Comme je l’ai dit c’est l’un des meilleurs centres de formation de France. Je pense qu’ils devraient continuer comme ça à former des joueurs pour les lancer plus tard dans l’équipe première

D’ailleurs, que penses-tu de la saison de Sochaux, qui finit dans le ventre mou de la Ligue 2 ?

Pour moi c’est une mauvaise saison de Sochaux car c’est un club historique. Etre en milieu de tableau en deuxième division pour ce club c’est moyen. C’est juste un manque de régularité. J’espère qu’ils remonteront vite en D1.

D’après toi, vaut-il mieux s’obstiner à jouer en France, en Ligue 2 par exemple, ou tenter sa chance à l’étranger, comme au Portugal, où de nombreux observateurs viennent recruter des jeunes pépites ?

Si il faut s’obstiner de jouer en France pour moi ? Tout dépend du profil du joueur et de sa situation. Pour ma part j’ai eu la chance d’être bien encadré et c’est ce qui m’a permis de signer au Portugal, de suivre l’exemple de nombreux joueurs qui ont percé à l’étranger.

Mais je pense que si il y a l’opportunité de jouer en D2 française, il faut la saisir. Il faut rester. C’est le meilleur des choix. Il n’y pas la barrière de la langue. Parce que ça a été très dur pour moi. Je suis arrivé ici j’avais dix-huit ans, je ne connaissais rien. Je rentre dans le monde professionnel comme ça, tout seul. Donc pour moi le meilleur des choix et de jouer dans son pays. Si l’opportunité se présente bien sûr, sinon il vaut mieux s’exiler.

Tu es presque aussi jeune que lui et tu joues au même poste. Qu’as tu à dire sur la trajectoire de carrière de Kylian Mbappé, passé de jeune espoir à chouchou du public français ?

Le fameux Kylian Mbappé (rires). Il mérite ce statut et tous ces éloges. C’est un joueur très précoce et qui progresse très rapidement, comme Ousmane Dembélé à Dortmund. Franchement, il a tout pour devenir un grand joueur. En tout cas moi je lui souhaite toute la réussite du monde. J’espère vivement le rencontrer sur un terrain de foot, peut-être dans deux ou trois ans, qui sait …

Monaco, avec son coach portugais a réussi à remporter le championnat français. D’autres coachs portugais comme Mourinho ou Paulo Fonseca ont réussi à remporter les championnats dans lesquels ils évoluaient. Vitor Severino nous en livrait sa vision il y a peu dans une interview pour le site, mais que penses-tu des coachs portugais et de leur manière de travailler, ou tout au moins du football portugais et de son rapport à la tactique, toi qui le côtoie chaque jour ?

Au Portugal, dans certains clubs, c’est très difficile. Je l’ai vu de mes propres yeux. Le coach de Monaco, j’ai lu son histoire, il vient de très loin. Au Portugal la tactique est la clé de tout en fait. J’ai un exemple d’un entraînement à Moura. Le coach avait mis des caméras au-dessus du stade. C’était pour préparer une nouvelle tactique. Grâce à la caméra, chaque jour nous devions corriger les imperfections. Pendant une semaine nous avons fait le même entraînement, jusqu’au jour où tout était parfait. Je peux vous dire que ce jour là, tout le monde était content, même le coach adjoint (rires). Et c’est un exemple parmi tant d’autres pour montrer que la tactique passe avant tout au Portugal. Même dans la défaite la tactique restait la même. Jusqu’au week-end d’après où on gagnait.

Il y a quelques jours sont sorties les listes des équipes nationales jeunes et surtout A du Portugal. Encore une fois, la jeunesse y est présente et bien représentée. A Monaco, au Portugal ou à l’Ajax, les clubs donnent-ils d’après toi plus leur chance aux jeunes joueurs avec peu d’expérience ?

D’après moi les clubs de première division, que ce soit au Portugal ou à l’étranger, donnent de plus en plus de chances aux jeunes joueurs. C’est forcément bénéfique pour nous. Les matchs au plus haut niveau nous permettent de nous aguerrir, d’acquérir plus de compétences, de s’habituer à la pression. Ensuite ça paye. Moi j’ai fait trente-deux matchs cette saison. Quand je vois des jeunes comme Marcus Rashford ou Mbappé, c’est très bénéfique, on voit le résultat à la fin.

Toi et le rappeur Kalash Criminel avez un point en commun, vous êtes tous les deux des icônes de la RDC. Que penses-tu de sa musique ? Et au delà de ça, penses-tu que vous faites la fierté de ce pays, dans la mesure où vous réussissez dans vos domaines respectifs ?

Oui c’est vrai que je suis congolais comme lui mais ce n’est pas spécialement pour ça que j’aime sa musique, c’est surtout son style qui m’ambiance beaucoup. D’ailleurs dans ses musiques il parle souvent de la RDC, sur tout ce qui se passe là-bas, et cela me touche vraiment. Je ne dirais pas que je suis une fierté car peu de personnes me connaissent pour l’instant. Même si j’aimerais en devenir une (rires). Lui commence à être de plus en plus connu, et forcément ça me fait plaisir et je lui souhaite qu’il continue sur cette voie.

En tant que jeune joueur ambitieux, que pouvons-nous te souhaiter pour la suite de ta carrière ?

Le meilleur pour moi, pour mon avenir. En espérant intégrer la sélection. Je voudrais remercier aussi Olivier Feliz pour le travail qu’il a fait depuis mes dix-sept ans jusqu’à aujourd’hui. Et aussi vous remerciez d’avoir pris du temps pour cette interview.