Game of Mourinho, épisode 3 : Manchester, la fin du voyage

Malgré une nouvelle victoire acquise dans la difficulté face à Leicester (2-0) grâce à des buts de Marcus Rashford et Marouane Fellaini, José Mourinho intériorisait à nouveau sa satisfaction à l’issue de cette rencontre. Pour son deuxième opus à la tête des Red Devils, le Special One vise un retour au sommet. Dernier épisode de notre immersion au sein de la ‘méthode Mourinho’. Mais d’ailleurs, petit José a-t-il tiré les leçons du passé ?

-Tracy, s’il vous plaît, la prochaine fois, jouez la sécurité et tenez vos positions.

-Les gens qui veulent rester en vie jouent la sécurité.

-S’il vous plaît, restez en vie, au moins pour cette nuit

Au service de Sa Majesté, 1969.

Dans les années 1980 et 1990, Anatoli Karpov et Garry Kasparov se sont livrés un duel sans merci pour s’adjuger le titre de meilleur joueur d’échecs au monde, entre notion de mind game poussée à son maximum et véritable dimension politique. Un affrontement entre deux hommes radicalement opposés par leurs styles sur l’échiquier, mais aussi par leurs styles de vie, leurs visions du monde et leurs profils psychologiques diamétralement opposés. Figure similaire à celle de Guardiola pour son goût pour l’attaque et son désir de détruire son adversaire par l’offensive, Kasparov cherchait à triompher par des idées neuves avec le profil d’un gros travailleur, dynamique et créatif, capable de prendre beaucoup de risques, à l’inverse de Karpov, considéré principalement comme « un homme de glace qui entoure son adversaire et va l’étouffer tel un boa ». Plus malicieux et plus subtil, stratégiquement identique à un certain José Mourinho sur l’échiquier. Mourinho ou « l’Antéchrist du Real Madrid, qui avait appris les secrets du totaal voetbal en tant qu’assistant de Louis van Gaal au Barça avant de se tourner vers les ténèbres du football défensif », selon les mots de David Winner [1] sur son lit d’allégorie religieuse. « J’ai souvent lu que je l’avais influencé, détaille Louis van Gaal. Je crois que c’est vrai. Mais il n’a pas la même philosophie que moi. Je joue pour attaquer alors qu’il joue seulement pour gagner. Avec cette philosophie, vous êtes parfois amené à ne jouer que très défensivement, à ne penser qu’à détruire le jeu de votre adversaire. À Madrid, il devait jouer l’attaque. Il l’a fait la première fois contre Barcelone… et il a perdu 5-0 ! J’ai dit après ce match qu’il jouerait différemment la fois d’après. C’est un entraîneur qui veut gagner, je déteste ce genre de football, mais il le fait très bien ! » En 2012, le Special One résume : « Je n’aime pas ma vie sociale. Si je vais à une fête, les gens voudront prendre des photos avec moi, me demanderont des autographes. Il y aura des gens qui vont m’insulter, d’autres qui insulteront mon fils de douze ans. J’ai mauvaise réputation car les gens ne me connaissent pas, mais pensent que oui. Ils ne connaissent que l’entraîneur et, en tant que tel, je ne suis pas là pour m’amuser. Mais pour travailler et gagner ».

Entre guerre froide et chute de l’URSS, arrivée de Gorbatchev au pouvoir et perestroïka, système soviétique en bout de course et renouveau russe, les matchs entre Kasparov et Karpov[1] avaient fondé les échecs modernes, comme l’opposition de style entre Mourinho et Guardiola a façonné l’histoire du football. Après tout, n’est-ce pas Alfred Hitchcock qui disait que « meilleur est le méchant, meilleur est le film » ? Nous peindrons ici aisément José Mourinho en Ernst Stavro Blofeld, dirigeant du SPECTRE à la poursuite de James Bond dans Opération Tonnerre (1961), Au service secret de Sa Majesté (1963) et On ne vit que deux fois (1964). Une cicatrice en moins. « Mourinho joue le rôle de celui qui n’est pas comme les autres, observe Thibaud Leplat, auteur du Cas Mourinho (Hugo Sport, 2013). Ce qui, à une certaine période (notamment au début de sa carrière à Porto par exemple) était véritablement le cas. Il n’était pas ancien pro, il se refusait à la préparation physique, il étudiait beaucoup les adversaires. Il a par la suite été victime de cette prétention à la subversion. Il a beaucoup été observé et fini par devenir lui-même un archétype : celui du coach moderne (et défensif) qui gagne à tous les coups. La figure de Guardiola a fait beaucoup de mal à son image de coach moderne. Ce qui est curieux avec ces deux-là c’est qu’ils sont tous les deux issus du même moule (le Barça), mais ont pris des chemins opposés. »

« Chaque partie est une lutte pour dominer l’adversaire. Perdre la partie de l’intelligence, cela peut être plus violent, plus brutal qu’un affrontement physique. Perdre aux échecs, c’est une question de domination absolue. C’était bien plus que perdre ou gagner quand je jouais, c’était survivre. Certains de mes adversaires avaient peur de moi. Pour moi, chaque partie était un nouveau combat. Il fallait se battre tout le temps ».

Garry Kasparov

Les parallèles entre les échecs et le football sont nombreux. Felix Magath, vainqueur de la Bundesliga (2005, 2006, 2009), revendique être un grand adepte des échecs, en partie pour ses similitudes avec le football. Si la couleur du plateau diffère d’un jeu à l’autre, les intentions restent les mêmes. Aux échecs, chaque mouvement doit être réalisé en vue de déstabiliser son adversaire et le forcer à modifier ses plans afin de lui faire perdre ses repères, ses certitudes et ses croyances. Dans son autobiographie, Alex Ferguson explique qu’il aurait aimé pouvoir forcer chacun de ses joueurs [1] à jouer aux échecs pour son obligation à rester concentré tout au long d’une partie. Dans ces deux jeux, on évoque notamment la fameuse « bataille du milieu » avec une configuration qui évolue en permanence et contraint joueurs et entraîneurs à s’adapter à chaque nouvelle situation. Ainsi, Guardiola déplacera David Alaba ou Philipp Lahm et inversera la pyramide. La majorité des parties d’échecs sont bien souvent un long processus pour la domination du centre de l’échiquier. Un centre qu’il faut dominer afin de voir ses attaques à l’aile couronnées de succès (une position haute de ses latéraux représente un avantage positionnel et une pression mise sur son adversaire, des solutions de transmissions pour les créateurs de « l’axe » et une présence sur toute la largeur du terrain).

Souvenez-vous de la première recrue de Guardiola à Munich : Thiago Alcántara (petit maître à jouer d’1,72 m). Souvenez-vous de son premier ajustement tactique : Philipp Lahm, un cerveau replacé au cœur du jeu. S’en suivra l’arrivée de Xabi Alonso, puis celle d’Arturo Vidal : on ne triche pas avec le centre de l’échiquier. À Manchester City, il s’agira d’obtenir le transfert de İlkay Gündoğan, puis l’arrivée de Mikel Arteta comme entraîneur-adjoint, en ajoutant quelques bons mots à l’attention de Fernandinho, un homme « pouvant évoluer à dix postes différents sur le terrain », « rapide, intelligent, agressif et bon dans le domaine aérien avec une bonne relance ».

En 2009, Guardiola résume : « Le milieu de terrain est un élément crucial de chaque équipe. Les milieux de terrain sont des joueurs intelligents qui doivent réfléchir à l’équipe comme un ensemble. Ce sont des joueurs désintéressés qui comprennent le jeu mieux que personne… Plus vous avez de milieux de terrain, plus il est facile de les replacer dans d’autres positions. C’est comme ça qu’ils deviennent polyvalents et c’est ce qui nous aide à avoir des effectifs de taille limitée, mais qui sont malgré tout en mesure de nous offrir davantage d’options (tactiques) ». La polyvalence au service de l’alchimiste. En 2014, Xavi décrypte : « Vicente (del Bosque) pense comme moi parce qu’il a été milieu de terrain. D’ailleurs, il me dit toujours que le football devrait se jouer avec 11 milieux de terrain. Curieusement, c’est une réflexion que j’avais déjà entendue de la bouche de Guardiola ». Guardiola, Simeone, Del Bosque, Jacquet, Ancelotti, Emery, Puel, Deschamps, Rijkaard, Gourcuff, Hiddink, Guttmann, Conte, Allegri : la liste des maîtres des terres du milieu devenus entraîneur est longue. À n’en pas douter, Thiago Motta est déjà en course pour le titre de futur coach. Zlatan admire : « La première fois où j’ai joué en réseau à Paris Call of Duty), je suis tombé sur un type qui jurait, qui hurlait en italien. Je me suis demandé : “C’est qui ce type ?” Bon Dieu, mais c’était Motta ! Un vrai dingue ! Il rentre dans l’aventure comme si sa vie était en jeu. Moi aussi, mais je ne hurle pas comme un fou. Lui, il balance tout ! Toutes les insultes du monde. (…) Moi, je l’écoutais. Je me disais : “Jésus ! Ce type, c’est vraiment John Rambo” ». Forgé à l’école des Jedis (2001-2007) puis façonné par le Seigneur noir des Sith en personne (2009-2012). Un mélange diabolique.

Restons sur notre lancée. Aux échecs, une pièce peut être très forte individuellement, mais elle ne pourra servir son équipe que si elle reste connectée aux autres pièces. Comme dans le football, une individualité ne peut exprimer son potentiel maximum qu’à condition d’agir avec le soutien de son équipe. Ici, nous imaginerons l’Atlético de Madrid… une petite troupe de Romains en formation tortue. « L’Atlético est une véritable équipe, développe Arrigo Sacchi, auteur du “grand Milan”, célèbre tableau du xxe siècle, porté notamment par son goût pour le beau et un pressing coordonné et discipliné. Ils jouent avec des idées claires. Je les ai regardés à de nombreuses reprises et ils sont spectaculaires. Le jeu qu’ils ont mené contre le Real Madrid au Bernabéu en Championnat m’a particulièrement marqué. Ils ont vraiment mérité leur victoire. C’est un groupe très fort, qui est bien connecté, qui joue rapidement, et les joueurs s’entraident vraiment. L’esprit d’équipe constamment affiché est vraiment d’un très haut niveau ». Aux échecs, couper les connexions entre les différentes pièces est primordial, ce qui pourrait se comparer à fermer les angles de passe au football. Mettre en place un pressing intense pour mieux étouffer son adversaire et l’empêcher de développer son jeu : « Dites-vous que le football, reprend Sacchi, c’est exactement comme la musique. Dans un orchestre, si un musicien fait un accord légèrement trop tôt ou trop tard, ou alors trop fort ou trop faible, ce n’est plus la même musique. Dans le football, si un joueur part un demi-mètre plus en avant ou un demi-mètre plus en arrière, trop tôt ou trop tard, cela change tout. Et ça, cela relève de la sensibilité de l’entraîneur. Il est le seul qui, durant les exercices à l’entraînement, peut voir les nuances que les autres ne pourront jamais réussir à voir ». Parfois mélodieuse, au tempo variable, une équipe de football est à la frontière entre une meute de loups (symbole de la chasse) et une colonie d’Ibis (prête à se placer instinctivement en formation en « V » pour réduire ses dépenses musculaires).

Qu’en est-il des femmes ? Le charme et les sourires qui nous attirent, nous désarment. La dame est certes la pièce la plus puissante du jeu aux échecs, elle n’en demeure pas moins la plus vulnérable aux attaques incessantes de l’adversaire. Un peu comme le n°10 au football (ou le regista), souvent moins costaud que ses coéquipiers, mais capable d’être le dépositaire du jeu de son équipe. Sur la pelouse, notre dame porterait le nom de Pirlo, Iniesta, Modrić, Özil, Verratti, Alonso ou encore Toni Kroos. Et nous permettrait de s’octroyer la possession du ballon. Un sujet sérieux pour l’entraîneur : « Une fois, raconte Jorge Sampaoli, vainqueur de la Copa América avec le Chili en 2015, j’étais avec une femme dans un bar. On a parlé toute la nuit, on a ri, on a flirté. Je lui ai payé des coups. Et puis, vers 5 heures du matin, un type est arrivé et l’a prise par le bras. Il l’a emmenée aux toilettes pour lui faire l’amour avant de partir avec elle. Mais ce n’était pas grave : ce soir-là, j’avais eu la possession ». Pauvres diables que nous sommes. Vulnérables, misérables, nous les hommes. Finalement, de simples mendiants de bon football et d’un peu de romantisme. Pour son départ de l’En Avant de Guingamp à l’été 2016, Jocelyn Gourvennec prendra le temps de faire livrer un bouquet de fleurs [2] à chaque femme salariée du club. Pour certaines d’entre elles, il s’agira d’un « petit bouquet rond, composé de petites roses blanches avec des marguerites, dans les tons orangés, très frais et très joli ». L’entraîneur est un lover. Si Jorge Sampaoli a manqué sa cible, soyez consolés : il n’y a pas que des allumeuses dans la vie. Encore faut-il y savoir y mettre du cœur. Lors de la Coupe du monde 2006, Juan Román Riquelme est à son apogée. José Pekerman, qui dirige l’Argentine pour cette compétition, met alors en place un 4-4-2 en losange sur mesure pour mettre son numéro 10 dans les meilleures dispositions. La dame est une pièce qu’il faut savoir choyer. Même quand cela va moins bien, comme en 8e de finale face au Mexique, l’homme aux 3 Copa Libertadores est maintenu pour faire la différence. En quart de finale, contre l’Allemagne, Ayala permet à l’Argentine de mener (1-0) après la pause, sur un corner de Riquelme. Pour conserver le score, Pekerman décide finalement de sortir son maître à jouer à la 72e minute, sous les sifflets, pour Esteban Cambiasso, basculant ainsi dans un 4-4-2 à plat avec deux milieux récupérateurs. Exit les courbes divines et la grâce de sa dame : place aux fous et aux cavaliers, rois des terres du milieu, mais plus destructeurs [3], les fameux joueurs de devoir. L’Argentine perd finalement le contrôle du jeu et se replie dans sa moitié de terrain. Dix minutes plus tard, Miroslav Klose égalise et l’Albiceleste ne retrouvera plus sa fluidité offensive. Désormais, impossible d’éviter les tirs au but. Côté argentin, la dernière tentative est manquée par Cambiasso. Et la Mannschaft élimine l’Argentine. Sacrifié sur l’hôtel de la fébrilité, Riquelme pouvait nourrir quelques regrets.

La position de la dame est toujours un sujet précieux pour l’entraîneur. Souvent, aux échecs, les joueurs débutants sortent leur dame très tôt au cours de la partie, avec l’espoir de contrarier les positions adverses, et parfois même pour conduire à un échec et mat précoce. Une stratégie généralement peu payante. À l’inverse, un vrai Maître prendra son temps pour construire ingénieusement un échec et mat ultérieur et se plongera dans le vrai combat positionnel. Au Bayern Munich (sous Guardiola) ou à la Juventus Turin (sous Conte, puis Allegri), quand Andrea Pirlo et Xabi Alonso se retrouvaient submergés par le pressing adverse, la réponse venait par le jeu avec un démarrage des actions effectué plus bas sur le terrain, un refus de se soumettre et de balancer le ballon devant sans grande conviction. Sans dribble et sans crochet, Jerome Boateng et Leonardo Bonucci devenaient ainsi les véritables meneurs de jeu de leur équipe. Une dame aux allures de fou. Tout le monde rêve de jouer en attaque, mais le jeu s’organise depuis derrière [4].

« Il faut connaître les bonnes questions et se les poser souvent. Les conditions nécessitent-elles un changement de stratégie ou un simple ajustement suffira-t-il ? ».

Garry Kasparov

Continuons encore un peu. La sécurité du roi et l’un des éléments les plus importants aux échecs. En football, il s’agirait du gardien qu’on doit protéger afin d’éviter d’encaisser un but. Aux échecs, lorsque vous exercez une pression sur un certain point, votre adversaire est contraint de ramener ses pièces afin de le protéger. Ainsi, l’adversaire laisse des zones de l’échiquier non protégées et sujettes à de nouvelles attaques. Dans le football, on appelle ça fixer son adversaire sur un côté afin de pouvoir profiter des espaces ouverts à l’autre bout du terrain. Être en action plutôt qu’en réaction et prendre le contrôle de la partie en dictant le tempo des opérations par l’offensive. Pour conclure, il ne suffit pas de rester sagement accoudé au bar, il faut prendre des initiatives : « Les équipes performantes doivent être au top sur tous les secteurs du jeu et pas seulement sur un seul, détaille Claude Puel. Une équipe du haut niveau doit savoir contourner un bloc regroupé en étant patiente, en utilisant cette notion d’attaque placée et de construction dans le jeu, mais également en faisant preuve d’une capacité à bien négocier les attaques rapides. Savoir prendre les espaces, aller vite et faire un minimum de touches de balles parce que la situation l’exige. Les équipes qui sont performantes sur toutes ces phases-là sont celles du très haut niveau ».

Ensuite, il faudra parfois adapter son plan de jeu initial afin de pousser son adversaire à la faute et profiter de l’imprévu : « La construction du jeu se fait dans la déconstruction du jeu adverse et, finalement, le meilleur stratège, s’il bénéficie de quelque chance, gagne. Le hasard, ce n’est pas seulement le facteur négatif à réduire dans le domaine de la stratégie. C’est aussi la chance à saisir » (Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe). La stratégie définit donc votre plan de bataille. En second lieu, la maîtrise sera la rapidité d’analyse de la situation afin d’ajuster convenablement ses plans. Dans le cas échéant, vous aurez vite fait d’être submergé par les événements.

5 avril 2013 : Manchester United reçoit le Real Madrid en 8e de finale de la Ligue des champions. Après avoir obtenu le nul (1-1) au Santiago Bernabéu, les Red Devils peuvent créer la sensation en éliminant les troupes de José Mourinho. On approche de l’heure de jeu, Manchester United, qui mène (1-0), est provisoirement qualifié. Mourinho s’apprête alors à faire entrer Karim Benzema. Coup de théâtre, Nani est finalement expulsé. Le Special One renvoie immédiatement l’attaquant tricolore sur le banc et appelle Luka Modrić. Face à un bloc désormais reculé et compact, la présence d’un milieu supplémentaire pour contourner la défense mancunienne s’avère plus pertinente. Le Croate remplace ainsi Arbeloa. Sept minutes plus tard, c’est bien lui qui brise le verrou des Red Devils, des 25 mètres, d’une frappe lourde et puissante. Karanka, adjoint du Mou à l’époque, expliquera : « Mourinho effectuait un remplacement et me disait ce qui allait se passer. Et les choses se passaient comme il l’avait dit ». Entre logique et mystique.

Depuis son arrivée à Manchester, Mourinho a changé. Autoproclamé Happy One lors de son retour à Chelsea, le petit José s’est brûlé les ailes après avoir soulevé un nouveau titre de champion avec les Blues. Aujourd’hui, il se considère comme le Calm One (malgré le « feu à l’intérieur », contraint de s’adapter à « un monde nouveau ») : « J’ai mûri, je suis plus apaisé. Une victoire ne représente plus la lune, et une défaite plus un enfer. Et je crois que je suis en mesure de transmettre cette sérénité à ceux qui travaillent avec moi, à mes joueurs. J’ai les mêmes ambitions qu’avant. La même implication, le même professionnalisme. Mais je suis plus dans le contrôle de mes émotions ». Avec l’arrivée de Matić dans les Terres du Milieu, Mourinho s’est trouvé un nouveau spetsnaz, prêt à le suivre dans n’importe quelle bataille. Quel sera l’épilogue de cette histoire ? Une chose est sûre, le départ est déjà parfait. Mais le bal ne fait que commencer…

« J’ai du m’adapter à un monde nouveau. A ce que les jeunes sont maintenant. J’ai dû faire la différence entre travailler avec un garçon comme Frank Lampard, qui, à vingt-trois ans, était déjà un homme, qui pensait football, travail, professionnalisme, et les nouveaux garçons de vingt-trois ans, qui sont des gamins. Aujourd’hui, je les appelle ‘boys’ pas ‘men’. Parce que ce sont des mômes et que tout ce qui les entoure ne facilite ni leur vie ni mon travail. Il a fallu m’ajuster à tout cela ».

José Mourinho

« Adapt or die ».

Moneyball.

[1] Selon Mourinho, Mkhitaryan est un joueur « qui réfléchit très rapidement sur le terrain ». Peut-être, faut-il y voir un parallèle avec sa pratique assidue (voire boulimique) des échecs. Pour lutter contre les troubles de la concentration et de l’attention chez l’enfant, certains éducateurs utilisent les échecs dans leurs programmes. Un jeu de plateau qui permettra également d’acquérir une mémoire stratégique (retenir les coups précédents, sentir les suivants, apprendre à raisonner de façon logique face à un problème dans un temps limité).

[2] En plus des fleurs pour les dames, une très bonne boîte de chocolats pâtissiers pour chaque salarié du club en fin d’année.

[3] Aux échecs, le cavalier est considéré comme étant la meilleure pièce pour bloquer un pion passé, tandis que le fou est le deuxième meilleur bloqueur du jeu.

[4] Au mois d’avril 2016, Paul Pogba confiait au magazine So Foot son envie de « créer quelque chose », « de créer le nouveau milieu de terrain », celui capable de « tout » faire sur un terrain de football. Défendre, mais aussi attaquer et réguler le jeu de son équipe, ou le mélange d’un cavalier et d’une dame.

[1] D’un côté, les « 2K » (Kasparov et Karpov), et de l’autre, les « 2J » (Josep et José). Digne d’un MARVEL.

[1] Voir Barcelona and the gospel of Guardiola par David Winner, The Guardian, 2012.

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