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Au fil du temps, de nombreux clubs allemands se sont affaiblis, au point de ne pratiquement plus avoir les capacités de dépasser la seconde division. Certains ont même sombré complètement à l’image du TSV 1860 München qui joue depuis cette saison en quatrième division. Dans le même temps d’autres clubs ont émergé, prenant ainsi leur place grâce notamment à une bonne gestion, qui est la clé de la réussite. Sans ce paramètre, difficile d’enregistrer le moindre succès. Le Karlsruher SC fait plus ou moins partie de cette catégorie.

Une vieille dame parmi d’autres

Historiquement, le club du Bade-Wurtemberg est l’un des plus anciens d’Allemagne si l’on prend quelques raccourcis. En effet, à l’origine c’est le FC Phoenix Karlsruhe qui fait le show dans la région (en Südkreis-liga, alors plus haut niveau pouvant être atteint dans cette partie de l’empire) à partir de 1894, mais surtout après 1902 lorsqu’un centre de formation est créé. Et c’est en 1907 que le premier titre est acquis au nez du Freiburger SC, alors tenant du trophée. Cette victoire leur permet d’acquérir une notoriété et de sortir de l’ombre du rival, le Karlsruhe FV (club toujours en activité, évoluant en Kreisliga – équivalent des divisions districts). Le club participe à mettre le football en lumière dans un pays qui commence doucement à l’apprivoiser.

Mais cette équipe ne survit seule que pendant un court laps de temps puisqu’elle est rapidement regroupée avec le KFC Alemannia. 1912 marque donc l’année de la première fusion ainsi que la naissance du KFC Phönix. Cela n’aura toutefois aucune grande conséquence sur le plan sportif puisque la formation de Südkreisliga ne remporte plus aucun titre jusqu’en 1916. Malgré la guerre, la vie ne s’arrête pas et encore moins le football.

Si la Première guerre mondiale ne change que peu de choses au sein du club, ce n’est pas le cas lors de la seconde. Puisque durant cette période, le fonctionnement du football allemand est totalement repensé après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Tout est transformé et le système de Gauliga est instauré entre 1933 et 1945. Cela fait partie du processus du Gleichschaltung ayant pour objectif de remodeler la société, d’instaurer le régime totalitaire, d’intégrer les principes nazis.

 

Karlsruher FC Phönix (Crédit photo: http://web2.karlsruhe.de)

 

Ce système, toutefois, ne diffère pas forcément de celui en place auparavant puisque le pays reste divisé en régions – 16 au départ puis d’autres se sont ajoutées au fil des conquêtes. Cela ne plait pas forcément à tous comme Sepp Herberger qui aurait préféré la formation d’une grande division unie à l’image de ce qu’il se faisait en Italie ou en Angleterre. Bien que d’ores et déjà présente dans l’imaginaire de certains, la Reichsliga ne voit pas le jour. Et en réalité, elle n’arrivera que 30 ans plus tard.

En outre, le football se transforme et la guerre à des répercutions sur le football. Les équipes sont amoindries, de nombreux joueurs sont appelés au front, ce qui oblige les Gauligen à se séparer en de plus petites divisions afin de réduire les voyages et de simplifier la vie aux diverses formations. La compétition est terriblement faussée.

Du côté de la Gauliga Baden, le Phönix Karlsruhe n’a pas brillé par sa présence, et ces années sont loin d’être fastes. L’équipe doit même s’associer au Germania Durlach afin de lutter contre les problèmes liés à la guerre. Mais une fois cette période terminée, tout doit encore être changé et cette fois c’est le système d’Oberliga qui est instauré. Ce système-là subsiste de 1945 à 1963. Karlsruhe évolue alors au sein de la division Süd qui regroupait la Bavière, le Bad-Württemberg et la Hesse. Et encore une fois, Phönix reste discret et brille seulement par sa médiocrité.

Et c’est au cours de cette période que le KSC que nous connaissons tous nait véritablement. Une dernière fusion a lieu entre le VfB Mühlburg (créé en 1933) et le KFC Phönix en 1952. Ainsi à ce jour, le nom complet du club englobe encore ces deux clubs, bien que personne ne l’évoque vraiment. L’histoire reste gravée. Elle a traversé les âges.

Cette nouvelle équipe acquiert de bons résultats, elle remporte notamment une coupe d’Allemagne en 1955 après avoir battu Schalke 04 puis elle remet le couvert l’année suivante en battant le HSV. Cette saison-ci ils atteignent aussi la finale nationale mais ils échouent face au Borussia Dortmund qui est donc sacré champion.

Le club peut également se targuer d’avoir été champion d’Oberliga Süd en 1956, 1958, et 1960. Ces bons résultats leur ont offert un prix sans équivalent, puisque le KSC a été choisi, avec 15 autres clubs, pour créer la toute nouvelle ligue de football professionnel. En 1963, lorsque la Bundesliga est officiellement lancée, ce club à l’histoire tumultueuse se retrouve aux côtés du BvB, du TSV 1860 München ou encore le 1. FC Köln.

Succès éphémère et décadence

Les premières années dans ce nouveau championnat sont délicates, le club stagne au bas du classement. Ils évitent la relégation en 1965 grâce au passage à 18 équipes. Mais en 1968, ils ne peuvent plus lutter. Finalement, il faut attendre plusieurs années et de multiples relégations en seconde division (formée en 1974) pour que le succès finisse par arriver. Et c’est pendant les années 90 que cela se produit, sous les ordres de Winfried Schäfer notamment.

Le club parvient à se hisser en coupe d’Europe. Il se maintient pendant une longue période en première division. De jeunes talents émergent, et un cercle vertueux plane au-dessus d’eux. Oliver Kahn va d’ailleurs profiter de cela, lui qui est né tout proche du Wildparkstadion. A tout juste 21 ans, il est installé dans les cages par son coach, et il n’en sortira plus. Ses performances impressionnent, elles ravissent l’Allemagne qui voit en lui un nouveau prodige. Il en va de même pour Mehmet Scholl : en l’espace de trois ans, il va montrer l’étendue de son talent. C’est donc tout naturellement qu’il va rejoindre les rangs du Bayern Munich en 1992, plus tard suivi par celui qui deviendra le capitaine du club bavarois.

 

Choix. (Crédit photo: Ultimo Diez)

 

En 1993, Karlsruhe affronte Bordeaux en coupe de l’UEFA. Bien qu’ils concèdent un but de Zidane, cela ne les arrête pas dans leur quête fabuleuse. Ils finissent par se hisser en demi-finale ; toutefois, ils perdront face à l’Austria Salzburg, futur vainqueur de la compétition face à l’Inter. Ces deux matchs auront pour toujours l’unique définition de regrets éternels, puisqu’ils ont échoué aux portes de la finale à cause de la différence de but mais aussi d’un grand manque de chance. A maintes reprise, la balle s’est échouée sur les poteaux, sans jamais vraiment vouloir franchir la ligne. Alors bien que réussie, cette campagne conservera pour toujours un goût amer.

Cependant, avec du recul, il s’agit de l’apogée du club. Jamais depuis un tel niveau n’a été atteint. Lorsque l’on repense à cette période-là, seule la nostalgie subsiste. Une nostalgie indélébile qui ne souhaite absolument pas s’évanouir. Le passé reste le passé mais parfois, il n’est pas simple d’aller de l’avant, notamment quand les heures traversées actuellement sont sombres.

Sombres car à l’approche des années 2000, ils ont lentement commencé à chuter, pas vraiment brutalement, mais assez violement pour que les stigmates soient encore présents. Bien que Schäfer ait promis que ce ne serait pas long, il n’a rien pu faire. La première division, puis la seconde puis la troisième, puis un retour en seconde division. Et ainsi de suite. On ne voit pas le bout de ce chemin tortueux. Il y a maintenant 10 ans, l’élite a été retrouvée mais cela a été bref, un véritable passage en coup de vent.

En 2015, on a une nouvelle fois espéré, beaucoup. Grâce à une belle saison en 2. Bundesliga, le club atteint les barrages, ce qui pourrait lui offrir une place pour la première division. Seulement voilà, pour ça, il faut passer sur le corps du Dino qui n’a pas vraiment envie de se laisser faire. Lors de cette double confrontation, Hambourg fait pâle figure, ils sont fragiles, à vif. Ils sont au bord du drame quand Marcelo Diaz se dit qu’il a peut-être le pouvoir de sauver les meubles.

D’un coup franc parfaitement exécuté dans les dernières minutes du second match, il termine tous les espoirs. Le Wildparkstadion, emblématique antre de Karlsruhe près de 70 ans maintenant, n’est que détresse et tristesse. Ils sont passés si proche de l’extase…

Ce match a été un véritable crève-cœur et le KSC a traîné son spleen pendant deux saisons supplémentaires avant de sombrer de nouveau. Ils se sont tués à petit feu, jusqu’à renouer de nouveau avec la troisième division. Toutefois, les problèmes ne sont pas seulement présents sur le terrain, car comme évoqué au tout début, cette nouvelle chute se trouve être le résultat d’une piètre gestion.

Un recrutement bancal, des entraîneurs qui se succèdent à la chaîne…Depuis 2009, 15 hommes se sont succédés sur le banc. Cela permet de comprendre à quel point la situation est fragile, instable et délicate. Encore récemment, un nouveau coach a posé ses valises à Karlsruhe, et c’est déjà le troisième de cette saison de 3.Liga qui a commencé le 21 juillet. Alois Schwartz, habitué des clubs de seconde et troisième divisions, à qui on a confié la lourde tâche de réveiller cette équipe en perdition. Et après quatre rencontres, il a déjà ramené 7 points, ce qui est loin d’être catastrophique.

 

Ultras. (Crédit photo: Ultimo Diez)

 

Cependant, les amoureux du club restent sur les nerfs. La tension reste à son comble. Dimanche 24 septembre, quand ils ont reçu le Rot-Weiss Erfurt, chaque occasion manquée a provoqué une vague de colère chez les quelques 9000 personnes présentent au stade. Bien que les locaux aient été en train de mener au score grâce à un but malheureux d’un défenseur d’Erfurt, une concrétisation était attendue. Et entre des 1 contre 1 loupé de façon majestueuse, des buts signalés hors-jeu à la pelle (4 plus exactement), et autres maladresses, la libération aura mis du temps à arriver, puisque ce n’est que dans le temps additionnel que ce second but a été inscrit. Pour le plus grand bonheur des ultras, des enfants mais aussi de leurs parents. La Rothaus a coulé à flot durant ce chaud dimanche après-midi. Personne n’a commencé à se faire des rêves, mais le bonheur s’est installé pour un moment. Ce sera sûrement de courte durée, mais il faut vivre l’instant présent.

Et peut-être que la prochaine fois, à la maison, les sourires seront toujours d’actualité. Peut-être que le Karlsruher SC va enfin reprendre sa difficile marche vers l’avant. Seul l’avenir nous le dira. En attendant, les chants vont continuer de résonner dans cette antre vintage, unique, contrastant avec la modernité devenue reine aujourd’hui. Les ultras vont continuer à s’amasser dans ces tribunes étroites, vétustes, mais terriblement charmantes sans jamais abandonner ce club, qui est beau à sa manière.

 

Crédit photo: Ultimo Diez