[Portrait] Timothy Weah : pas seulement fils de…

Il existe tant de noms de footballeurs que l’on aimerait ne jamais voir disparaître, que l’on aimerait rendre immortels. Pour le plaisir qu’ils nous ont offerts, pour fuir la nostalgie qu’un oubli nous procurerait, pour le souvenir, pour se souvenir. Il apparaît que certains de ces noms semblent avoir vocation à s’immortaliser grâce à leur descendance, qui, comme dotés d’un don à la naissance, récupèrent à la perfection le témoin tendu par leurs pères. L’un de ces noms, composé de quatre lettres et ancré parmi les vainqueurs du Ballon d’Or, revient sur le devant de la scène et tend vers la promesse : Weah. Timothy Weah. Le fils de Georges Weah. Fils de la légende libérienne et fils de président depuis fin décembre. Timothy Weah fait à l’heure actuelle les beaux jours des U19 et de la réserve parisienne, comme un signe, pour celui dont le père a marqué ce club de son empreinte. Portrait de l’un des mômes qui fera le foot de demain : Timothy Weah, le futur Mister Timothy.

Quelle pression cela doit-être d’enfiler ce maillot floqué du nom de son père, ancienne légende du football, ancien ballon d’or et néo-chef d’Etat depuis quelques mois. Quelle pression cela doit être aussi, quand à 17 ans on parle déjà de vous comme l’un des acteurs du foot de demain, comme un joueur aussi fort que son père, comme le bonhomme « au talent et au pedigree pour sauver la sélection » de son pays. Cette pression, tout à fait légitime, est celle que devrait connaître Timothy Weah, à l’aube de ses débuts en professionnels. Paradoxalement, c’est le parfait opposé qui ressort du néo professionnel, comme déjà configuré pour faire partie des plus grands.

« C’est ce qui frappe chez lui. Il ne semble ne pas avoir de pression. Il a ce côté Etats-Unien dans la manière d’aborder les matchs et plus largement sa carrière : décomplexé, sûr de lui et sûr de ses capacités. En France, on aurait tendance à le caractériser comme arrogant. Mais ce n’est absolument pas le cas de Timothy », a pu nous livrer un ancien proche du centre de formation du PSG.

Histoire de famille

Cette pression peut être dissipée par le parcours de son grand frère, George Weah Jr, qui s’est lui aussi tenté à une carrière de footballeur. Des débuts au centre de formation du Milan AC en 2003, avec en bagages l’héritage du papa et les espoirs qui en découlent. Le résultat est finalement mitigé pour le désormais trentenaire qui, après un parcours exotique, s’est retrouvé à jouer avec la CFA du PSG en 2014, et la réserve de Tours quelques années plus tard. Un échec du grand frère relativisant peut-être le fait que Timothy ne doit pas uniquement ce début de carrière qu’à son nom de famille, mais bel et bien à ses qualités, et ainsi permettre de le délester de ce poids floqué derrière son dos.

« D’habitude, un parent veut que son enfant soit exactement comme lui mais mon père m’a donné la liberté d’être moi-même et de jouer mon propre jeu, donc je n’ai jamais senti cette pression supplémentaire. En fait, des fois, lors des matchs, les adversaires ont tendance à se dire que mon père était le meilleur joueur du monde, et du coup ils ont un peu peur. J’ai toujours essayé d’utiliser ça à mon avantage. », confiait-il au magazine américain Vice Sport, en novembre dernier.

Une réflexion et une rhétorique d’ancien déjà, pour un joueur qui fut bercé dans le football circus depuis tout petit. Après différents passages dans des clubs de Floride durant sa jeunesse, Weah retrouve New-York à dix ans, là où il est né un 22 février 2000, en rejoignant l’académie de New York’s BW Gottschee. Une première expérience au haut niveau concluante pour l’américain.

Chez les Bleu et Blanc de Gottschee, il se fait vite remarquer et les prémices des espoirs placés en lui actuellement apparaissent assez rapidement. Capitaine de son équipe en étant le plus jeune de l’effectif, Weah quitte Gottschee au bout de trois années, en 2013, pour un court trajet : celui le ramenant au centre de formation des New York Red Bull. Un court trajet pour un court passage. Là-bas, Tim se découvre un amour fou, celui pour le vieux continent. Cette Europe way of life le fera atterrir à Londres quelques mois plus tard, à l’été 2013.

Avec sa faim d’Europe, Timothy Weah débarque à Chelsea en 2013 pour y passer des tests durant l’été, toujours sous contrat avec les New York Red Bull. Ces deux mois de test ne déboucheront sur rien de concret pour Timothy, obligé de rentrer aux Etats-Unis. Un retour à la maison, avant de la quitter définitivement, quelques mois plus tard. Ce dernier, à son retour de Londres, insiste auprès de son père pour que l’ancien parisien joue de son influence dans son ancien club.

Crédits : Culture PSG

Père Weah noue des contacts avec Bertrand Reuzeau, directeur du centre de formation du PSG à l’époque, à de nombreuses reprises pour que ce dernier donne une chance à Timothy. Démarche qui n’aboutira pas instantanément. Il faut attendre mars 2014 pour revoir Timothy en Europe. Mais, cette-fois, le jeune prodige n’y est pas venu y mettre que les pieds, il est venu pour se la mettre dans la poche.

Le « fils de » débarque à Toulouse, au TFC, par l’intermédiaire d’un ami de Christophe Bastien, directeur du recrutement au centre de formation du TFC, qui nous a accordé quelques minutes :

« Il cherchait un club en France. Il était venu ici par l’intermédiaire d’une connaissance que j’avais. Il l’avait ramené car il était proche de la famille. Il avait 14 ans. Je sais qu’ils (sa famille) avaient déjà des contacts avec Paris au moment où il est venu chez nous. »

Un passage éclair en Haute-Garonne, pour le jeune Etats-Unien, qui se conclue par le tournoi sans frontière de Sens, tournoi référence en Europe pour la catégorie U14. Les plus grands clubs européens y sont représentés, les plus grands recruteurs scrutent, les esprits sont à marquer, ici. Et cela, Timothy l’avait déjà parfaitement compris.

Crédits : CF / Centre France



« Le tournoi qu’il a fait avec nous…. C’est à Sens, il y a quand même beaucoup de monde qui regarde. C’est un passage obligé pour les jeunes de cette catégorie-là. Il a été vu là-bas c’est sûr. On l’avait avec nous mais tout le monde le voyait. En plus, au vu du tournoi qu’il avait fait… c’était exceptionnel » nous a confié Christophe Bastien, visiblement encore abasourdi par ce qu’il avait vu quatre ans auparavant.

Le Timothy Parisien

Le tournoi fini et l’Europe à ses pieds, Timothy Weah rentre à New-York chez et avec sa mère, qui l’a, comme depuis le début de sa carrière, accompagné là où il allait. Mais Timothy veut la France, le pays où son père est encore dans tous les esprits et y a la double nationalité.
« J’ai passé un test à Chelsea mais j’ai toujours été attiré par la France et surtout le PSG. Je savais qu’il y avait un très bon centre de formation. » déclarait-il au Parisien en janvier 2016.

« On aurait bien aimé le garder suite à son passage. On avait essayé de faire des démarches pour le conserver mais c’était trop compliqué au niveau réglementaire. C’était quasiment impossible car il était trop jeune, licencié aux USA et à ce propos les règlements sont assez complexes. Paris a profité, entre guillemets, du fait que son père avait un appartement et une adresse à Paris. Au niveau réglementaire cela devenait largement faisable. » nous explique le directeur du recrutement du centre de formation du TFC.

C’est tout naturellement que Weah débarque au Paris Saint Germain en juillet 2014, alors âgé de 14 ans. Mais il faudra attendre qu’il ait presque 16ans pour le voir débuter en match de jeunes officiel sous les couleurs parisiennes. Bloqué par la FIFA du fait de ces fameux accrocs réglementaires, Timothy débute officiellement avec le PSG en janvier 2016, près de 15 mois après avoir intégré le centre de formation.

Des débuts tonitruants conclus par un triplé pour son premier match de championnat face à Boulogne-Sur-Mer, en janvier 2016, avant de découvrir quelques mois plus tard, la Youth League, à 16 ans à peine, et d’inscrire là aussi un triplé pour son premier match. Epoustouflant. « J’espère qu’un jour, moi aussi, je jouerai dans cette belle équipe. Mais je sais que le chemin est encore très long ». Ces mots prononcés par Timothy Weah au Parisien en janvier 2016 ont un doux parfum de prémonition.

Des U17 à la réserve du PSG, Timothy Weah a gravi petit à petit les échelons, en grillant positivement certaines étapes, au point de justement signer son premier contrat professionnel en juillet 2017, à 17 ans. Une consécration pour lui et une sécurité pour le Paris Saint Germain, concernant un joueur courtisé l’été dernier par Lille, Chelsea et Monaco notamment. Le souvenir du syndrome Kingsley Coman ?

Attaquant polyvalent, pouvant jouer aussi bien à droite qu’à gauche et en 9, rapide, puissant et technique, Timothy Weah fait incontestablement penser à quelqu’un sur le rectangle vert : son père. Flatteur et prometteur.

« On retrouve en lui le côté félin de son papa. Il se déplace bien, se met dans les bons espaces, joue avec les autres, et est très altruiste en plus de ses qualités devant le but. Il a tout. Il était intelligent dans le jeu, costaud, technique et il allait surtout très vite. Sur le terrain il m’avait fait une très grosse impression. Faut pas être devin pour savoir qu’il va avancer… Sur cette génération 2000 en France, au poste d’attaquant, c’était le meilleur. » nous a répondu Christophe Bastien.

La France et l’Europe ne sont pas les seules à être contaminées par le phénomène Timothy Weah. Son pays de sélection, les Etats-Unis, l’est aussi, ne vous inquiétez pas. « Tim Weah a le talent et le pedigree pour sauver la sélection » titrait Vice-Sports en novembre 2017, après que ce dernier ait éclaboussé les observateurs de son talent, encore une fois lors d’un tournoi. Plus prestigieux que le tournoi de Sens mais tout aussi déclencheur pour lui : la Coupe du Monde U17 en Inde. Un triplé contre le Paraguay en 1/8ème de finale, un but fantastique et un Mondial plus que satisfaisant ont suffi à Timothy Weah pour se mettre le pays de sa mère dans la poche et pour internationaliser les espoirs qui étaient mis en lui.

Depuis, au pays de l’Oncle Sam, on ne cesse de le guetter et de le couver, lui, le possible grand joueur que les USA se cherchent depuis pas mal de temps, cette possible poule aux œufs d’or que représente Timothy, qui d’ailleurs, ne cesse d’être dragué par le grand coq tricolore.

(Crédit photo: AP Photo/Tsering Topgyal)

En octobre dernier, RMC révélait que Lionel Rouxel, sélectionneur U17 des tricolores, aurait tenté de sélectionner le joueur de 17 ans avant l’édition 2016 du tournoi de Montaigu. Sans réussite. Timothy refusa mais n’aurait pas totalement fermé la porte à la FFF. Mais dans cette bataille FFF-USA qui s’annonce, un troisième concurrent pourrait venir rebattre les cartes : le Libéria. L’arrivée au pouvoir du pays de George Weah pourrait tout changer et influencer Timothy de choisir le même pays que papa. Une hypothèse assez folklorique pour le moment, mais à ne pas exclure. L’avenir nous le dira.

Ce que l’avenir nous dira aussi, c’est ce que compte faire le PSG de lui dans le futur. Régulièrement en CFA depuis le début de la saison, et six mois après avoir signé son premier contrat pro, le jeune américain attend impatiemment son heure avec l’équipe pro, avec énormément de confiance…

«Je ne pense pas que ce sera dur pour moi d’intégrer l’équipe professionnel parce que je suis très polyvalent. Je peux jouer sur l’aile, je peux jouer dans l’axe, tu peux me faire jouer partout. Mais côtoyer simplement ce genre de joueurs est génial. Surtout Neymar qui est mon joueur préféré. Ce serait super cool de jouer à ses côtés. C’est la même chose avec Mbappé ou Cavani.» déclarait-il à Vice Sport en novembre dernier.

Barré par l’armada offensive parisienne, le pourcentage de chance de voir Timothy fouler la pelouse du Parc cette saison est très faible. Les derniers échos sont néanmoins rassurants pour Weah. Timothy plaît en interne, et Henrique et Emery auraient pour volonté de l’inclure dans l’effectif pro dès la saison prochaine, histoire de perpétrer, après Rabiot et Kimpembe, la série de jeunes titis parisiens qui explosent au club et feront le football de demain.

Crédit photo: Associated Press

One Comment

  1. Zena Reply

    Deux remarques : le verbe après « après que » doit toujours être à l’indicatif, et il ne s’agit pas de « perpétrer » une série, mais bien perpétuer (à moins qu’on ne parle de meurtres !). À part ça, l’article était très intéressant !

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