[Allemagne] Les maux d’une Bundesliga en perte de vitesse

En cette période européenne, il est bon de porter le regarder sur la Bundesliga. En effet, le championnat allemand n’est pas au mieux, il faut le dire. Et cela est cruellement visible au niveau continental puisque rares sont les clubs à rayonner. Pourtant après la finale de Ligue des Champions entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich en 2013, on s’était dit que la Bundesliga avait un très bel avenir devant elle. Cinq ans plus tard, le constat se trouve être différent. Mais comment expliquer cette baisse de niveau ?

Domination bavaroise

Les années passent et le règne du Bayern Munich continue. Depuis 2012, et le titre du Borussia Dortmund, le club du sud du pays a récupéré son monopole sur le championnat. D’abord sous l’égide de Jupp Heynckes, puis Pep Guardiola, Carlo Ancelotti et de nouveau celui qui a ramené le triplé historique du côté de la Säbener Straße et de la Marienplatz. Le géant allemand n’a rien laissé à ses concurrents hormis la coupe d’Allemagne à plusieurs reprises.

Si cette domination sans partage en Bundesliga peut avoir du bon dans le sens où elle pousse les autres équipes à se dépasser, elle a aussi des aspects négatifs. En effet, les Munichois n’ont pas de vrais opposants, un tant soit peu à leur taille, en dépit des progrès notoires de nombreuses formations. Même le Borussia Dortmund qui avait fait bonne figure lors de la première saison de Thomas Tuchel a baissé la garde. Ainsi, cette saison, le Bayern Munich domine les débats sans forcément être transcendant. Les victoires sont là, elles s’enchaînent, mais sur le terrain ce n’est pas forcément la folie (tout est relatif).

(Crédit photo: Reuters)

Et finalement, comme un contre coup, ce manque de vraie concurrence en Allemagne affecte le Bayern Munich. L’équipe n’a pas nécessairement l’habitude de se faire bouger puisque plus personne – pour le moment – ne parvient à les pousser dans leurs retranchements sur la scène nationale. Avoir un adversaire de taille pousse n’importe quelle équipe ou sportif à se dépasser et s’améliorer. Et cela semble manquer au club bavarois qui n’a plus le rayonnement qu’il avait sur la Ligue des champions au début des années 2010.

En outre, il est évident qu’ils dépendent indirectement de ce que les adversaires proposent en championnat. Puisqu’en étant bousculés, ils seraient forcés de réhausser encore un peu plus leur niveau. Finalement c’est peut-être ce qui manque le plus à la Bundesliga aujourd’hui : une véritable concurrence.

Des premières européennes décevantes

 

Si l’on omet cet aspect concurrentiel qui pèse lourd, il est aussi important d’évoquer les performances de certaines formations rarement voire jamais présentes sur la scène européenne. De Leipzig en passant par Hoffenheim ou le Hertha Berlin, ces équipes ont toutes le même point commun : celle de n’avoir aucune expérience au niveau continental. Et si certaines formations ont de gros moyens à leur disposition, cela n’achète pas pour autant cet élément très important mine de rien. Une compétition européenne est  unique en son genre et de fait, quelque soit le niveau en Bundesliga, la préparation, la gestion et la façon de jouer ne sont pas identiques.

De ce fait, depuis deux ans, la majorité des équipes allemandes se sont cassées les dents dès les phases de groupes. Les remplaçants des équipes présentes d’habitude – Bayer Leverkusen ou encore Schalke 04, n’ont donc pas franchement brillés en découvrant ces nouvelles compétitions, laissant le Bayern Munich porter à lui seul la bannière allemande. Tant bien que mal.

(Crédit photo: dierotenbullen.com)

Toutefois quand on connaît l’importance du facteur expérience, peut-on vraiment leur jeter la pierre ? Il est évident qu’une équipe comme le RB Leipzig peut faire beaucoup mieux mais ils apprennent. Et cet apprentissage ne peut se faire en quelques mois. Il est donc important de prendre du recul sur la situation, même si cette dernière affecte la Bundesliga et son image. Ce déficit d’expérience est forcément handicapant mais si ces équipes-là ne font jamais d’erreurs, jamais elles n’apprendront.

Des talents qui s’échappent

Enfin un dernier élément doit être pris en compte : les départs des joueurs de talent pour le Bayern Munich ou encore d’autres clubs européens. Depuis plusieurs saisons maintenant, nombreux sont les clubs à voir leurs meilleurs éléments s’en aller pour d’autres horizons. Et si cela est simplement le résultat de la « chaîne alimentaire », ce n’est pas sans conséquence. Ce pillage s’effectue bien sûr à toutes les échelles. Mais à un moment donné, cela empêche simplement ces équipes inférieures de se développer.

Les clubs ne peuvent bien entendu pas aller contre la volonté des joueurs qui souhaitent découvrir les grandes écuries européennes. Mais voilà, l’affaiblissement en est le prix a payé si l’on met de côté le chèque encaissé. Enfin cela est possible quand les joueurs ne finissent pas par s’en aller gratuitement. En effet, c’est une fâcheuse tendance en Allemagne et le dernier en date à avoir emprunté ce chemin se trouve être Leon Goretzka. Le natif de Bochum n’a pas prolongé son contrat avec Schalke 04, et il a signé gratuitement pour le club bavarois qu’il rejoindra après la Coupe du Monde.

Et Max Meyer ou encore Julian Brandt pourraient peut-être suivre le même chemin étant donné que le contrat de l’un se termine bientôt, et que celui de l’autre contient une clause ridiculement basse. La bassesse de ces clauses et autres prix est d’ailleurs un facteur important du départ des jeunes talents puisque cela facilite les achats.

Ainsi, si le Bayern Munich peut, de cette manière, mais aussi grâce à son attractivité, attirer dans ses filets les meilleurs joueurs du pays, les autres clubs en subissent les conséquences. Cela semble toutefois plus ou moins impossible à réguler, surtout dans le contexte actuel d’un football à deux vitesses où les gros ne cessent de grandir, ne laissant plus rien ou peu aux autres.

La Bundesliga ne va pas fort. Toutefois, il n’est pas encore l’heure de s’inquiéter. Il faut qu’elle puisse réagir et reprendre les choses en main afin de permettre au championnat de continuer son développement, de permettre au Bayern Munich de retrouver une véritable concurrence. Le retour des habitués sur la scène européenne pourrait déjà soulager tout le monde dès la saison prochaine. Mais cela ne doit pas être un frein pour les autres formations de travailler afin de pouvoir, peut-être, poser un problème aux géants un jour. Même si cela relève surement de l’utopie.

Crédit photo: GUENTER SCHIFFMANN / AFP

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