AS Monaco : deuxième de Ligue 1, premier de la classe ?

Après une saison historique qui l’a vu détrôner le Paris Saint-Germain et atteindre le dernier carré de la Ligue des Champions, l’AS Monaco est redescendu sur Terre. Départ de joueurs majeurs, piteuse élimination en C1 et aucun trophée à l’arrivée, le PSG ayant récupéré sa couronne avec une victoire écrasante (7-1) hier soir. Néanmoins, le club de la principauté reste un modèle de continuité et de stabilité.

A bord de son yacht, Vadim Vasilyev sirote un cocktail (peut-être un monaco ?), allongé sur son transat. L’eau de la Méditerranée semble à bonne température, mais le vice-président de l’ASM ne se mouille pas. Un peu comme lorsqu’il évoquait les objectifs de son club en début de saison. « Le podium est un objectif clair, affirmait-il dans L’Équipe le 9 septembre dernier. Mais Paris est une puissance à part. On aimerait jouer la Ligue des champions le plus souvent possible, mais on sait bien que c’est difficile. Chaque club a des passages à vide, même les plus grands. »

La réussite de Luis Campos

Il faut dire que l’été des Rouge et Blanc fut un petit séisme dans le monde du football. Manchester City, Chelsea et le PSG ont vidé les poches du rocher. Cinq joueurs majeurs (Benjamin Mendy, Bernardo Silva, Tiémoué Bakayoko, Kylian Mbappé et Valère Germain) ont fait leurs valises, laissant un vide difficile à combler. Ajoutez à cela le spleen traîné par Fabinho, frustré de ne pas avoir rejoint Paris. En matière de résultats, cela s’est traduit par une catastrophique campagne de Ligue des champions. Dans un groupe qui semblait à sa portée (Besiktas, Porto et Leipzig), Monaco a terminé bon dernier avec 2 points.

Cependant, l’ASM n’a jamais douté en Ligue 1. Avec 41 points à la trêve hivernale, les Asémistes avaient seulement 3 unités de retard sur leur saison de champion. Une réussite qui s’explique par le travail de Luis Campos. Le directeur sportif portugais, arrivé en 2013, a implémenté un système basé sur celui du FC Porto : trouver de jeunes prodiges et réaliser des plus-values en les revendant rapidement. Un succès incontestable. Les premiers bénéfices engrangés furent à hauteur de 100M€ (merci Martial et Kondogbia). L’année suivante, Monaco s’est permis d’être déficitaire jusqu’à un peu moins de 40M€, en achetant notamment Mendy, Glik et Sidibé. Trois hommes clés dans le titre monégasque.

Kylian Mbappé et Anthony Martial ont rapporté près de 240M€ à Monaco. // Le Télégramme

Monaco s’est géré financièrement et sportivement

Le résultat est sans appel : l’été dernier, Monaco a réalisé des bénéfices estimés à près de 260M€ ! Le désormais ex champion de France a dépensé 100M€ lors du dernier mercato estival. La vente de Mbappé a largement couvert les frais à elle seule. Bien que Luis Campos ait quitté le club en 2016, les graines qu’il a semées ont continué de germer.

Sur les trois dernières années, l’ASM a enregistré des bénéfices de 320M€, tout en atteignant les demi-finales de Ligue des champions. A titre de comparaison, la balance économique* du PSG est de -492M€ sur la période, pour un seul quart de finale de LDC. Revenons maintenant en 2018 afin de s’apercevoir que Monaco a réussi à se gérer financièrement et sportivement, en traversant chaque tempête et évitant la moindre crise.

Leonardo Jardim réalise un travail de géant. Son optimisation du potentiel des jeunes joueurs est indiscutable. Il est le coach qu’il fallait à ce projet. C’est là que l’ASM se distingue d’un club comme l’OL ou le PSG : la cohérence des choix (nominations et recrutement) et la capacité de l’entraîneur à tirer le meilleur de chacun, individuellement et collectivement. Cette saison, c’est Rony Lopes qui brille sous les ordres de Jardim. Rony Lopes qui dispute sa première saison complète à Monaco, après avoir évolué sous le maillot du LOSC en forme de prêt pendant 2 ans et demi. Ou comment dénicher le nouveau Bernardo Silva sans dépenser un centime.

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Les profils sont parfaitement ciblés et les joueurs remplacés, sans pour autant bouleverser la philosophie de jeu. Bien sûr, l’acclimatation de Tielemans ou Baldé n’a pas été immédiate, mais Monaco conserve de nombreuses options. Cette saison, ils sont 13 Monégasques de moins de 25 ans à être en prêt. L’accent sur le recrutement des jeunes ouvre de nombreuses portes, surtout lorsque la gestion de ces derniers se révèle admirable, à la fois sur la pelouse et dans les situations contractuelles.

Certes, les locataires du Stade Louis-II n’ont rien gagné cette saison. Ils n’ont pas non plus vécu de belles soirées de coupe d’Europe. Malgré tout, atteindre la finale de la Coupe de la Ligue et assurer la deuxième place de Ligue 1, et donc une qualification pour la Champion’s League, relèverait déjà de l’exploit. Anticipation et continuité sont de rigueur à l’AS Monaco. Le club ne cherche pas l’hégémonie comme le PSG, mais il peut espérer titiller de nouveau le club de la capitale dans les années qui suivent, à condition de retenir Leonardo Jardim. Et tout ça en conservant un état d’esprit serein sous un beau ciel bleu ensoleillé.

* La balance économique est calculée à partir du mercato estival 2015 et ne prend en compte que les indemnités de transferts, faisant abstraction des salaires et autres dépenses ou recettes.

Photo credits : ELYXANDRO CEGARRA / NurPhoto

J'aime beaucoup le foot. Et Marco Verratti. Surtout Marco Verratti.

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