[Portrait] Renato Sanches, objectif renaissance

Après une arrivée ratée au Bayern Munich et une saison désastreuse à Swansea, Renato Sanches espère se relancer chez le champion allemand. L’un des plus grands espoirs du football européen en 2016 part de loin, mais son potentiel reste considérable.

« Ne crains pas l’échec. Ce n’est pas l’échec, mais le manque d’ambition qui est un crime. Avec des objectifs élevés, l’échec peut être glorieux. » On n’oserait pas contredire le grand Bruce Lee (notamment parce qu’il nous casserait la gueule si on le faisait). Mais il y a aussi un dicton qui dit « avoir les yeux plus gros que le ventre ». Ce fut probablement le cas pour Renato Sanches. Milieu de terrain issu de l’excellent centre de formation du Benfica, le jeune Portugais s’est trop rapidement envolé pour l’étranger. Au point de se brûler les ailes.

Des débuts tonitruants

Le 30 octobre 2015, Renato Júnior Luz Sanches fait ses débuts avec les Aigles. Si les jeunes du club ont l’habitude de se montrer prometteur, celui-ci va directement s’imposer comme un cadre de l’équipe. Sur les 15 matchs de championnat qui ont suivi, Renato en débuta 14. En Ligue des champions, il a joué l’intégralité des rencontres (huitièmes et quarts de finale compris). A seulement 18 ans, Renato Sanches explose aux yeux du Portugal et de l’Europe. Bien sûr, il brise quelques records comme celui du plus jeune joueur de l’histoire du Benfica en C1 (battu ensuite par Mile Svilar) ou du plus jeune buteur du Benfica au XXIe siècle. Éblouissant face au Bayern Munich, Pep Guardiola n’a pas tari d’éloges à son sujet.

« Il a beaucoup de qualités et de personnalité. C’est un futur grand joueur. »
Pep Guardiola après l’avoir affronté en Ligue des champions

Nous parlons ici d’un box-to-box au volume de jeu immense et à la technique délirante balle au pied. Sa vision du jeu dans les 30 derniers mètres, sa qualité de passe et sa lourde frappe de balle font de lui un danger majeur. Bon récupérateur, ses qualités physiques témoignent de sa précocité. Enfin, cela dépend pour qui. Au printemps 2016, le président du Sporting Bruno de Carvalho avait remis son âge en question. Une accusation relancée par Guy Roux pendant l’Euro 2016. En effet, le garçon d’origine cap-verdienne né à Lisbonne a été déclaré à l’état civil cinq ans après sa naissance. Tous les moyens sont bons lorsqu’il s’agit de déstabiliser le rival.

Revenons au phénomène Renato. À l’Euro 2016, il est titularisé à partir des quarts de finale et marque contre la Pologne. Il est le plus jeune buteur et le plus jeune vainqueur de l’histoire du championnat d’Europe. Ses performances époustouflantes le guident vers le titre de meilleur espoir de l’Euro. Une récompense qui vient s’ajouter à sa collection déjà bien garnie : révélation du championnat portugais, auteur du plus beau but de la saison au Portugal et présent dans le XI type des espoirs de la Ligue des champions pour la saison 2015-2016. Oui, Renato Sanches marche sur l’Europe.

Le grand saut en Bavière

Sans surprise, le Benfica doit le céder à un grand club. Le Bayern Munich débourse 35M€ (+45M€ d’éventuels bonus). Quelques semaines plus tard, il remporte le titre de Golden Boy (le Ballon d’or des jeunes joueurs évoluant en Europe). C’est le début de la fin pour Renato Sanches. Le prodige souffre de la concurrence chez les Bavarois. Difficile de se faire une place au milieu des Thiago Alcántara, Arturo Vidal, Javi Martínez et autres Thomas Müller. Carlo Ancelotti n’est pas convaincu.

Renato Sanches n’a pas réussi à se faire une place face à la concurrence, renforcée en 2017 par les transferts de Sebastian Rudy et Corentin Tolisso.

 

Descente aux enfers en Premier League

Le surdoué, âgé de 19 ans à l’été 2017, trouve une porte de sortie à Swansea en prêt. On pouvait penser qu’il s’imposerait comme le leader technique de cette équipe, mais le cauchemar va se prolonger. Son temps de jeu est famélique. Son niveau de jeu est abyssal, au point de susciter les moqueries des supporters. Swansea semble avoir récupéré le jumeau maléfique de Renato Sanches. Son entraîneur, Paul Clement, n’a pas caché son désarroi.

« Quand il est arrivé, il était bien plus abattu que ce à quoi je m’attendais. C’était triste. On aurait dit qu’il devait porter tout le poids du monde sur ses épaules. A l’entraînement, il était le meilleur car il n’y avait aucune pression. Mais dans les matchs, il faisait beaucoup d’erreurs. Les autres joueurs me disaient « Il joue comme ça et tu le préfères à moi ? » C’est donc devenu difficile de lui donner du temps de jeu. »
Paul Clement, son ancien entraîneur à Swansea

Un calvaire. Le milieu de terrain n’a plus joué depuis le 27 janvier, contre Notts County en FA Cup, en raison d’une blessure aux ischio-jambiers. Inutile de préciser qu’il n’a pas mis les pieds en sélection depuis près d’un an.

Néanmoins, la lumière semble émerger au bout du tunnel. Le Benfica a harcelé le Bayern Munich afin de rapatrier l’enfant prodigue il y a un mois. Mais le retour au bercail ne semble plus d’actualité. Le champion d’Allemagne souhaite conserver Renato Sanches. Niko Kovač, nouvel entraîneur du Bayern, a insisté sur l’état d’esprit et les qualités du Portugais, après son but sur coup franc et la victoire 3-1 contre le PSG en match amical.

« Il n’a sûrement pas perdu son football. Ce n’est pas un garçon difficile, il a juste besoin d’affection et de confiance, comme tout le monde. C’est un jeune joueur venu de l’étranger, il faut lui laisser du temps. Je pense que personne ne lui a offert ce temps jusqu’à présent, mais moi, je vais le faire. »

Niko Kovac

Ses coéquipiers ont également apprécié les efforts fournis par l’ancien du Benfica, tels qu’Arjen Robben ou David Alaba.

« Il travaille très dur. On voit qu’il a beaucoup d’énergie à dépenser et qu’il est concentré. Ça s’est vu contre le PSG. Il peut devenir un joueur important pour nous. »

David Alaba

Renato Sanches n’a que 20 ans. Ses qualités sont évidentes. Le problème s’avère psychologique. S’il parvient à franchir ce palier, le Portugais pourra s’affirmer dans un grand club et devenir une figure incontournable du football européen. On ne peut que faire confiance au Bayern pour sauver le soldat Renato.

Crédit Photo : Lukas Barth / Andalou Agency.

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