Burton Albion a déjà signé son exploit

Malgré tout, il y avait de l’espoir. Toute une ville croyait aux chances de son club, le Burton Albion Football Club, en demi-finale de la Carabao Cup, contre l’ogre Manchester City. Mais le rêve a vite viré au cauchemar, les hommes de Pep Guardiola écrasant le petit poucet de troisième division anglaise 9-0 sur le seul match aller. L’épopée restera pourtant éternellement gravée dans les mémoires des supporters de Burton.

Seulement deux saisons en Championship

La spécialité de Burton upon Trent n’est pas le football. Cette petite ville du nord de l’Angleterre est plus connue pour ses nombreuses brasseries que pour son club de football. Les joueurs du Burton Albion FC ont d’ailleurs pris le sobre surnom de « Brewers », les brasseurs en VF. Tous sont professionnels, et pourtant, se retrouver face à la dream team citizen leur semblait improbable. Depuis la création du club en 1950, Burton n’a jamais joué en première division. Le club n’a accédé au professionnalisme qu’en 2009 et ne compte que deux saison de Championship dans toute son histoire, entre 2016 et 2018. Les Brewers sont aujourd’hui collés dans le ventre mou de la League One.

Si la Coupe de la Ligue d’outre-Manche fait historiquement part belle aux surprises – souvenez-vous de l’humiliation reçue par Manchester United (4-0) sur le terrain du MK Dons, modeste pensionnaire de troisième division – les clubs de premier rang y raflent souvent la mise. Depuis quinze ans, la League Cup n’a échappé que trois fois aux six mastodontes de Premier League. La dernière grande épopée d’un club de division inférieure remonte à 2013, lorsque Bradford (D4 anglaise) avait perdu 5-0 en finale contre Swansea, alors pensionnaire de l’élite, après avoir éliminé trois équipes de première division, dont Arsenal.

Nigel Clough, le magicien des Brewers

La « magie » de la League Cup avait donné de l’espoir aux Brewers. « Nous devons les regarder en face, pour en tirer le maximum. Et pourquoi pas oser rêver, et penser que nous pouvons gagner ? », s’exclamait Lucas Atkins, l’un des attaquants de l’équipe. Après tout, l’an dernier, le City de Guardiola avait bien perdu en FA Cup contre Wigan (1-0 en huitième de finale), alors en League One. Et puis Burton a un atout considérable dans sa manche : son entraîneur. Rares sont les équipes de troisième division à pouvoir se vanter d’avoir comme entraîneur un ex-international, fils de l’une des plus grandes légendes du pays. Nigel Clough a connu une carrière honnête comme joueur, couronnée de deux trophées avec Nottingham Forest – deux League Cup, forcément.

Le fils de Brian Clough, le légendaire coach de Derby et de Nottingham Forest, a raccroché les crampons à Burton. Le président du club de l’époque, Ben Robinson, est clair : « Le jour où Nigel a signé chez nous est le plus grand de notre histoire. » Entraîneur-joueur pendant près de dix ans, l’ancien Three Lions fait monter les Brewers de la Southern Premier League, la division 7 du football anglais, jusqu’à la League Two (D4) à son départ du club début 2009. Après quelques années à Derby County (2009-2013) et Sheffield United (2013-2015), Clough est finalement revenu à Burton en décembre 2015, pour amener le club à une promotion historique en Championship.

La demi-finale n’est qu’une étape

Burton est peut-être le seul endroit d’Angleterre où Nigel est plus admiré que son père. Des exploits, il y en a eu. En 2006, son Burton a poussé le grand Manchester United de Ferguson vers un replay en FA Cup (après un 0-0). Et cette saison, il réédite la grande épopée. Certes, pas d’équipes de Premier League à accrocher au tableau de chasse, mais des rencontres au couteau contre des équipes de Championship, comme en quart de finale, contre Middlesborough, à Riverside (0-1).

Les supporters sont aux anges. Le petit Pirelli Stadium – à peine 7 000 places – devrait être plein pour le match retour, malgré la désillusion de l’aller. Le président du club est aussi heureux, puisque la belle épopée a jusqu’ici rapporté un demi-million de livres au club. Loin d’être une bagatelle pour les Brewers, qui ne touchent pas le même salaire que les De Bruyne ou Sané : le meilleur joueur de Burton gagne 3 000 livres par semaine. Un point sur lequel Nigel Clough a bien insisté avant le match aller. Déjà démoralisé, ou en quête de motivation pour ses joueurs ?

Malheureusement, l’écart était trop grand, et en 90 minutes à l’Ethiad Stadium, Burton a pris neuf buts. Le match retour compte presque pour du beurre. La désillusion est rude, même si Clough a essayé de dédramatiser la situation avec humour, après le match. « Guardiola m’avait invité à prendre un verre de vin après le match. J’espère qu’il a plus qu’un verre. » Peu importe, là n’est pas le plus important. « Pour n’importe quel supporter de Burton Albion, à n’importe quelle époque, ce sera une des meilleures expériences de leur vie », sourit Clough. La route est encore longue, mais Burton grandit d’année en année.

Photo crédits : Oli SCARFF / AFP