Monaco et le mercato hivernal, un pansement sur une jambe de bois ?

L’AS Monaco, 19eme de Ligue 1, traverse une crise sans précédent cette saison. Un mercato estival raté a précipité le licenciement de Leonardo Jardim, qui a laissé à Thierry Henry un effectif décimé par les blessures et au fond du trou mentalement. Le Français n’a d’ailleurs pas fait long feu, rendant son tablier au Portugais après trois mois. A la lutte pour le maintien, l’ASM a effectué un recrutement ambitieux afin de redresser la barre. Décryptage.

Cesc Fàbregas, le chaînon manquant

Le secteur le plus appauvri de l’AS Monaco s’est révélé être le milieu de terrain, victime des départs de Fabinho et João Moutinho. Le Strasbourgeois Jean-Eudes Aholou, qui sortait d’une brillante saison avec le RCSA, devait reprendre le poste de sentinelle. Mais personne n’a reconnu le milieu défensif, pourtant si autoritaire et juste en Alsace. Youri Tielemans, lui, souffle le chaud et le très froid. Quant à Youssef Aït Bennasser, sa présence a souvent donné du sens au jeu de Monaco. Le Marocain cherche constamment les solutions vers l’avant et casse les lignes adverses, s’imposant logiquement au sein de l’équipe d’Henry au fil des semaines. Malgré cela, le jeune (22 ans) joueur reste en phase d’apprentissage, et a reçu une soufflante de son coach après une grossière erreur qui a coûté l’ouverture du score face à Nice ce mois-ci (1-1).

C’est dans ce contexte que débarque un maestro. La grandeur de Cesc Fàbregas est connue de tous, lui qui a fait le bonheur d’Arsenal, du Barça, de Chelsea et surtout de l’Espagne. L’ancien international (110 sélections) se présente comme la garantie d’un liant entre le milieu et l’attaque, comme il l’a démontré dès son premier match à Marseille (1-1). Son expérience, son sang-froid et sa science du jeu rassurent. En plus d’être une solution idéale à court terme, c’est un coup exceptionnel qu’a réussi l’ASM. Le milieu espagnol s’est engagé (sans frais de transfert) jusqu’en juin 2022. Vieux de 31 printemps, il ne devrait avoir aucun mal à supporter le poids des années grâce à son Q.I. football largement supérieur à la moyenne.

N.B. : Une perte de balle qui coute un but contre Strasbourg. Après visionnage du ralenti, il semble que la pelouse l’a taclé.

Fodé Ballo-Touré, dans la logique du projet

Il ne transformera pas l’AS Monaco, mais il pourrait s’agir d’une judicieuse trouvaille de l’AS Monaco. Formé au PSG, Fodé Ballo-Touré s’est révélé à Lille la saison dernière. Titulaire indiscutable sous Christophe Galtier, sa progression est réelle même s’il n’a pas explosé. Âgé de 22 ans, le néo-Monégasque a le profil d’une recrue «classique» pour Monaco. Acheté 11 millions d’euros, il peut envisager de prendre le chemin de ces jeunes joueurs que le club de la Principauté a bonifié et vendu beaucoup plus cher, tels que Thomas Lemar ou Tiémoué Bakayoko.

Dès lors, on peut s’interroger quant au futur des deux autres latéraux sur le flanc gauche du Rocher. Ni Julien Serrano, formé au club, ni Antonio Barreca, débarqué du Torino pour 10M€ l’été passé, n’ont donné satisfaction. Ce dernier se dirigerait vers un prêt en Angleterre (Newcastle), bien que rien ne soit acté à l’heure où nous écrivons ces lignes. De plus, l’excellente condition physique de Ballo-Touré (1 595 minutes jouées avec Lille sur 1 620 possibles cette saison) couplée au fait que Monaco n’a plus que la Ligue 1 à jouer devrait réduire le temps de jeu des doublures dans ce couloir.

N.B. : Une intervention ratée qui provoque l’expulsion de Naldo contre Strasbourg puis une perte de balle qui coute un but face à Dijon. Intégration réussie.

William Vainqueur, le généreux travailleur

«J’ai voulu faire un effort sur mon salaire pour venir.» William Vainqueur l’a lui-même reconnu, l’argent n’est pas sa première motivation dans le cadre de son prêt à Monaco, en provenance d’Antalyaspor. L’ancien milieu du FC Nantes n’a qu’une vague idée de son impact à l’ASM, la faute à des pépins physiques récurrents depuis deux saisons. Mais Vainqueur a réaffirmé son désir de retrouver la compétition à fond, ainsi que l’importance de revenir en France.

Dans l’Hexagone, il a laissé une belle image du côté de Marseille suite à la saison 2016-2017, lors de laquelle il fut le 4e joueur de champ le plus utilisé par Rudi Garcia bien qu’il ne soit arrivé que début septembre. Opérationnel, Vainqueur peut apporter de la rigueur devant la défense. Le juste pendant de Fàbregas. Cependant, son recrutement risque de compliquer davantage le temps de jeu de milieux plus jeunes comme Aït Bennasser, Aholou ou encore N’Doram, rétabli après une sérieuse blessure au genou.

N.B. : Il n’a commis aucune erreur grossière en 22 minutes sous le maillot monégasque, ce qui en fait la meilleure recrue de très loin.

Naldo, expérimenté et affamé

Pas évident pour Monaco de réaliser de bonnes affaires dans sa situation. Néanmoins, la venue de Naldo, 36 ans, restera peut-être comme une pierre angulaire au cœur de la course au maintien. Le défenseur central brésilien compte presque 500 matches en Allemagne, au Werder Brême et à Wolfsbourg notamment. S’il a été relégué sur le banc du côté de Schalke, c’est davantage afin de laisser de la place à Salif Sané qu’une question de baisse de niveau. D’autant plus que Naldo se voit jouer jusqu’à 40 ans sans problème, et n’a aucune intention de se morfondre dans une quelconque pré-retraite. L’ancien international brésilien apporte confiance et solidité à une défense monégasque exaspérante.

N’ayant signé que pour un an et demi contre 2M€, le transfert s’avère peu risqué concernant Monaco. Naldo pousse ainsi son compatriote Jemerson sur le banc. En revanche, il accompagne le très jeune (17 ans) Benoît Badiashile, sur lequel Leonardo Jardim devrait, comme Thierry Henry avant lui, compter en défense. Ses bons débuts à Marseille furent suivie d’une expulsion précoce face à Strasbourg mais qui n’augure rien de mauvais, puisqu’elle découle d’une erreur d’un coéquipier que le Brésilien a tenté de rattraper. Si une malédiction a frappé la Principauté, le recrutement de Naldo semble un choix subtil pour la contrer.

N.B. : Une seconde expulsion pour un tacle de boucher contre Dijon. Ouais bah à un moment donné va falloir y mettre du vôtre les gars.

Gelson Martins, la sonnette d’alarme ?

L’ailier portugais, tout juste prêté à Monaco, disputera peut-être ses premières minutes ce soir à Guingamp. Le joueur de l’Atlético Madrid n’a eu de cesse d’exposer son talent avec le Sporting Portugal, mais il a été incapable de franchir le palier mental, aussi bien en Espagne qu’en sélection. Les blessures ont également esquinté ses débuts chez les Colchoneros, l’empêchant de trouver sa place. Gelson Martins a disputé 12 matches cette saison, dont 4 titularisations.

Friand des petits espaces et des dribbles spectaculaires, le prêt du Portugais ressemble à un pari gratuit. Reste à voir son intégration à Monaco : titulaire devant Golovin ou rôle de supersub ? La propension du natif de Praia à se révéler décisif restait largement honnête en 2017-2018 avec le Sporting (13 buts et 13 passes décisives en 52 matches). Toutefois, le choix de Gelson Martins s’apparente à une solution désignée dans la panique. Il n’offre aucune garantie afin de relever le niveau du groupe monégasque et n’est pas certain de s’inscrire, à l’image de Ballo-Touré, sur le long terme, puisqu’il n’est là que pour quelques mois.

N.B. : On pense qu’il est resté bloqué en 2017 pour accepter une telle destination.

Une chose est sûre, l’AS Monaco s’est offert les moyens de ses ambitions, à savoir se maintenir en Ligue 1 et relancer une machine grandement enrayée. Mais, de manière inexplicable, ces nouveaux venus multiplient les fautes flagrantes au point de tirer l’équipe vers le bas. Leonardo Jardim, de retour en urgence en lieu et place de Thierry Henry, espère ne pas les imiter. Il y a une Principauté à sauver.

Crédit photo : VALERY HACHE / AFP

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