Jock Stein, le maître de Sir Alex Ferguson 

On évoque souvent la ressemblance entre les parcours de Matt Busby et d’Alex Ferguson mais on oublie que ce qui a fait Ferguson, ce sont avant tout des déclics, des faits qui l’ont marqué à tout jamais. Parmi eux, il en est deux dont Jock Stein était le porteur. Deux extrêmes, une gloire et une chute, qui marquèrent la vie de Fergie et qui lui ont peut-être donné l’envie d’accomplir les grands exploits qu’il a connu. Retour sur la carrière de Jock Stein, le premier « plus grand entraîneur écossais ».

Né en 1922 à Burnbank en Ecosse, Jock Stein arrête l’école à 15 ans et devient mineur à l’aube de la Guerre. A cette époque, il s’engage avec le petit club de Blantyre Victoria, au sud-est de Glasgow. C’est là-bas qu’il est remarqué par l’équipe de la ville de Coatbridge, les Albion Rovers. Il effectue un match de test contre le Celtic, sans savoir encore qu’il allait quelques années plus tard changer l’histoire de l’équipe de Glasgow. Les tests se passent bien et Jock Stein est engagé en semi-professionnel au club, continuant à côté son activité de mineur. Pendant les trois années qu’il passera là-bas, les Albion Rovers oscilleront entre la deuxième et la première division, sans jamais vraiment réussir à se maintenir au haut niveau. Alors, en 1950, à l’âge de 28 ans, Jock Stein s’en va sur la côte sud du Pays de Galles, à Llaneli Town précisément. Il y signe son premier contrat professionnel et devient ainsi footballeur à pleins temps. Mais l’aventure tourne court à cause de problèmes financiers du club et Jock Stein revient finalement au pays où, repéré par l’entraîneur de l’équipe réserve du club, il signe au Celtic Glasgow.

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Au début, il n’est qu’un simple réserviste pas spécialement amené à jouer les premiers rôles. Mais profitant de plusieurs blessures, il s’impose petit à petit en équipe première allant même jusqu’à devenir en 1954, deux ans après son arrivée, capitaine de l’équipe. C’est d’ailleurs cette année-là que pour la première fois depuis 1938, le Celtic Glasgow remporte un trophée de champion. Plus fort encore, le club remporte la Coupe d’Ecosse et réalise alors son premier doublé depuis 1914. Jock Stein était devenu un leader dans le vestiaire. Même s’il annonce sa retraite sportive en 1957, il ne désespérait pas de pouvoir un jour influencer de nouveau l’équipe du Celtic.

Mais avant cela, il fallut attendre, grimper les échelons petit à petit. Alors, dès l’annonce de sa retraite sportive, Jock Stein prit les rennes de l’équipe réserve du Celtic, cette même équipe dans laquelle il avait signé en tant que joueur cinq ans plus tôt. S’appuyant sur une bande de jeunes talentueux, il obtient des résultats très satisfaisants, remportant notamment la Reserve’s Cup contre les ennemis des Glasgow Rangers. Mais très vite, il s’aperçoit que jamais il ne pourra accéder au rôle de coach de l’équipe première car sa religion, protestante, le met en travers des traditions du club.

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Alors, en mars 1960, il s’en va à Dunfermline Athletic, une équipe du bas de tableau du championnat écossais. Très vite, il fait des miracles, remonte l’équipe dans le haut de tableau et remporte la Coupe d’Ecosse après une finale contre… le Celtic Glasgow. L’année suivante, Dunfermline va jusqu’en quart de finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe et se classe quatrième au classement. Des rumeurs parlent déjà d’un départ de Stein mais il faudra attendre encore une saison pour que l’entraîneur écossais ne s’en aille en direction de Hibernian, un club plus grand que Dunfermline mais qui connait quelques difficultés à cette époque.

Jock Stein

Là-bas, il met en place ses méthodes et le club commence à retrouver la forme, gagnant notamment une Summer Cup, premier trophée depuis dix ans, et battant le Real Madrid dans un match de gala. Mais à Glasgow, les bruits courent que la direction du Celtic s’intéresserait à Stein. En réalité, on lui propose de devenir l’adjoint de Sean Fallon, l’un de ses anciens coéquipiers dans ce même club. Stein refuse. Et obtient gain de cause. Il devient entraîneur du Celtic au début de l’année 1965 sans même avoir passé une saison entière à Hibernian, chose dont il était de son propre aveu particulièrement gêné.

Le Celtic Glasgow fut pour lui l’apogée de toute sa carrière. Un apogée qui dura tout de même treize ans. Treize ans à la fin desquels la fréquentation au stade baissait tant les victoires étaient routinières. Pourtant, tout n’était pas joué d’avance. Lorsque Stein arrive au club, le Celtic n’a plus remporté de trophée depuis 1954. Mais heureusement, il ne faudra pas attendre longtemps pour que la donne change. Dès sa première saison, Stein parvient à mener ses hommes en finale de Coupe d’Ecosse où ils doivent faire face à une certaine équipe de Dunfermline qui avait battu Hibernian en demi-finale. Les hommes de Stein s’imposent, la longue liste des trophées remportés commence.

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L’année suivante, le Celtic s’incline en demi-finale de Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe contre Liverpool et perd également en finale de Coupe d’Ecosse contre les Glasgow Rangers. Mais le sourire est là car, pour la première fois depuis 1954, le club remporte le championnat écossais. Avec ce titre, les joueurs du Celtic se qualifient pour la prochaine édition de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. Et là, le rouleau compresseur se lance : le Celtic remporte le championnat, la Coupe d’Ecosse et la Coupe d’Europe. Les hommes de Stein sont les premiers Britanniques à remporter la futur Ligue des champions et les premiers dans toute l’Europe à faire le si prisé triplé : championnat, coupe nationale, coupe d’Europe.

Stein s’en ira du Celtic onze ans après cet exploit historique, en 1978 avec les valises remplies de 10 championnats, 8 Coupes d’Ecosse, 6 Coupes de la Ligue Ecossaise et une Coupe d’Europe. Tout était parfait, il ne lui restait plus qu’un seul défi : celui de réussir avec l’équipe nationale d’Ecosse.

En 1978, juste après la Coupe du monde, Stein devient entraîneur de l’Ecosse. Les choses sont plus compliqués que prévues : l’Ecosse ne se qualifie pas pour l’Euro 1980, elle perd en phase de poules à la Coupe du Monde 1982 et ne se qualifie pas non plus pour l’Euro 1984. Jock Stein avait donc fait de la Coupe du Monde 1986 son objectif.

Magnifique photobomb. (Credits : Daily Record)

Mais cet objectif-là, il ne l’atteindra jamais. Le 10 septembre 1985, lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde contre le Pays de Galles, le temps s’arrête. Quelques minutes avant la fin du match, on a emporté l’entraîneur écossais dans les vestiaires. Son adjoint, un jeune entraîneur écossais prometteur nommé Alexander Chapman Ferguson, prend la relève jusqu’à la fin du match. Mais il le sait déjà. Sur ses tempes, la sueur coule. Dans les vestiaires, Jock Stein est mort d’un arrêt cardiaque.

Il reste alors aujourd’hui de Jock Stein une statue devant le stade du Celtic, un titre de meilleur entraîneur de l’histoire du Celtic, celui aussi de meilleur entraîneur écossais, et puis il reste surtout les mots de son ancien adjoint à la tête de la sélection écossaise : « Il était l’un des plus grands managers de l’histoire. Sans aucun doute. Il a réalisé quelque chose qui n’avait jamais été réalisé auparavant. Et l’on ne peut pas faire mieux. C’est ce qui le rend unique. »

CREDITS PHOTO : thesetimesfootball.co

Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.