[Serie A] Icardi et l’Inter Milan, entre grand amour et menaces de mort

Alors que sa prolongation de contrat traînait en longueur, le capitaine de l’Inter Milan Mauro Icardi a été écarté du groupe avant le déplacement chez le Rapid Vienne en Ligue Europa jeudi. L’histoire mouvementée entre l’homme et le club semble toucher à sa fin. Récit.

Il n’attendait que ça. A la peine lors de ses débuts sous le maillot intériste, Lautaro Martinez débutait un match de coupe d’Europe pour la première fois ce jeudi. L’ancien attaquant du Racing fut l’unique buteur de la rencontre (0-1) sur penalty, dans l’enceinte du Rapid Vienne en 1/16eme de finale aller de Ligue Europa. Mais si l’Argentin s’est chargé de frapper ce penalty, c’est parce qu’un compatriote manquait à l’appel. La veille du match, l’Inter Milan annonçait que Mauro Icardi se voyait retirer le brassard de capitaine au profit de Samir Handanovic. Quelques minutes plus tard, le buteur vedette ne figurait pas parmi les convoqués dans le cadre du déplacement en Autriche. L’entraîneur Luciano Spalletti soutient que l’attaquant lui-même a refusé la convocation. Un séisme majeur au sein du club italien et dont les conséquences pourraient s’étendre au reste de l’Europe.

Quand Icardi voulait «ramener une centaine de criminels argentins» pour tuer des ultras

Revenons quelques années en arrière. Arrivé de la Sampdoria à seulement 20 ans en 2013, Mauro Icardi est alors un grand espoir du football argentin. Rapidement, le natif de Rosario prend ses marques et s’impose dans l’équipe entraînée par Walter Mazzarri. Lors de sa deuxième saison, il totalise 22 buts et 8 passes décisives en Serie A. Qu’est-ce qui pourrait assombrir ce ciel bleu et noir ? Réponse : un livre. Dans son autobiographie «Sempre Avanti» (Toujours vers l’avant) parue en octobre 2016, une anecdote d’Icardi déclenche l’ire des tifosi. L’Argentin raconte qu’en février 2015, un leader ultra a arraché des mains d’un enfant le maillot qu’il venait de lui donner, et que cet individu le lui a renvoyé en le traitant de «bâtard». Un incident qui a quelque peu révolté Icardi, affirmant avoir déclaré à ses dirigeants être prêt à «ramener une centaine de criminels argentins pour les tuer tous» en cas de nouvelle altercation avec les supporters.

Le virage nord du stade Giuzeppe Meazza n’y est pas allé de main morte à l’occasion de la réception de Cagliari : «Tu utilises un enfant pour te justifier et nous balancer de la merde au visage. Tu n’es pas un homme, tu n’es pas un capitaine, tu es une pauvre merde.» La rencontre tourne au cauchemar pour l’Inter (défaite 2-1) et Icardi, qui rate un penalty. «Tu inventes des conneries pour vendre plus, sale mercenaire», pouvait-on également lire dans les tribunes. «Icardi pour nous, c’est terminé. Retire ce brassard, espèce de clown», lâchaient les ultras au travers d’un communiqué.

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Ce début de guerre tombe au plus mauvais moment, Icardi venant de prolonger son contrat jusqu’en 2021 malgré les yeux doux de la Juventus. Il L’avant-centre poursuit la saison sans jamais renoncer au brassard, faisant ainsi preuve d’un mental d’acier. Avec le temps, la haine des tifosi se dissipe. Il finit même par gagner leur cœur grâce à un triplé victorieux face à l’AC Milan le 15 octobre 2017, presque un an jour pour jour après le cataclysme de Cagliari. L’Inter décroche un billet pour la Ligue des champions, Mauro Icardi termine meilleur buteur de Serie A. Jusqu’ici, tout va bien. Jusqu’ici, tout va bien…

Wanda Nara, la veuve noire de Giuzeppe Meazza

Le succès attire la convoitise, et c’est pourquoi la rupture quasi actée entre Mauro Icardi et l’Inter Milan concerne l’Europe tout entière. Il n’a pas fallu attendre le départ de Cristiano Ronaldo du Real Madrid pour voir surgir des rumeurs envoyant l’Argentin à Santiago Bernabeu. La question est la suivante : comment en sommes-nous arrivés à ce que le meilleur joueur soit exclu du groupe ? Feuilletez les journaux italiens et zappez sur les émissions télé, et vous trouverez vite une coupable : Wanda Nara, femme et agent d’Icardi. D’abord célèbre de par son côté people (grande présence à la télévision, ancienne épouse de Maxi López…), elle est devenue l’ennemie jurée de nombreux supporters, mais aussi de la famille d’Icardi. Ce dernier est allé jusqu’à clasher sa propre sœur sur Twitter.

Le moins que l’on puisse dire est que Wanda Nara se montre dure en affaires. Trop au goût de l’Inter. «On est très loin du compte, l’offre de l’Inter n’existe pas, affirmait-elle sur la chaîne Italia 1 en cours de saison. Je dois leur parler mais je ne l’ai pas fait. L’Inter voulait l’envoyer à la Juve.» Réponse du directeur sportif Piero Ausilio : «On a un siège et j’ai un téléphone, je n’aime pas les mises en scène. Certaines déclarations sont folkloriques, je ne les commente pas car on parle de quelque chose qu’il ne vaut mieux pas définir à l’approche de Noël.» Ambiance.

D’après la Gazzetta dello Sport le mois dernier, Wanda Nara réclamait un salaire annuel net de 8M€ pour Icardi, qui pointe actuellement à 4M€, tout comme Radja Nainggolan. De son côté, l’Inter Milan ne souhaiterait pas dépasser les 7M€, ce qui équivaut au revenu de Paulo Dybala à la Juventus. En dépit de la mise à l’écart de l’attaquant argentin, l’espoir d’une reprise des discussions d’ici juin n’est pas à exclure, et ce malgré le mystérieux message d’Icardi sur Instagram le 14 février : «Mieux vaut se taire et avoir l’air stupide qu’ouvrir sa bouche et enlever tous les doutes.» Une incertitude sur son avenir qui ne convient ni à lui, ni à l’Inter, ni à Wanda.

Samedi, la Sky et la Gazzetta rapportaient que la voiture de la jeune femme avait été caillassée alors même que ses enfants se trouvaient à bord. Au-delà de ces dramatiques débordements, la situation met l’Inter Milan dans un relatif embarras sportif. Relatif, car Icardi est resté muet au cours de ses sept dernières rencontres de Serie A, soit sa pire série sous le maillot nerazzurro. En méforme, l’ancien de la Sampdoria n’en reste pas moins un attaquant de classe mondiale qui pourrait se révéler précieux à l’aube d’une fin de saison périlleuse côté Inter. Classé troisième avec seulement 4 points d’avance sur l’AC Milan et 5 sur l’AS Roma (si la Louve domine Bologne ce soir), le club aux 18 Scudetti est maintenu sous pression. Sans faire mention de la Ligue Europa.

Impossible d’émettre un pronostic définitif sur le feuilleton en cours entre Mauro Icardi et l’Inter Milan. Âgé de 26 ans depuis hier, l’Argentin peut envisager de poursuivre l’aventure avec la tunique bleue et noire. Ou de s’envoler vers un club aux ambitions plus grandes (Juventus, Real Madrid, voire Chelsea). Pour l’heure, il faut se contenter des tweets et retweets larmoyants de Wanda.

Crédit photo : Miguel MEDINA / AFP

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