Quand Sa Majesté Robin van Persie tire sa révérence

Le 12 mai 2019, Robin van Persie a joué son dernier match professionnel avec son club de cœur du Feyenoord Rotterdam contre l’ADO La Haye. Un dernier match se soldant par une défaite de deux buts à zéro pour le Feyenoord, et terminant une dernière saison ponctuée de pépins physiques avec un total de 18 buts pour celui que l’on surnomme « le Hollandais Volant ». Ultimo Diez a tenu à rendre un dernier hommage à l’homme aux 132 buts avec Arsenal et aux 50 buts en 102 matches avec la sélection néerlandaise, dont la grâce et l’élégance footballistique ont longtemps marqué les amoureux de la Premier League et du football.

Souvenez-vous, le 13 juin 2014, à la 44èmee minute d’un match de poule de la Coupe du Monde 2014 opposant les Pays-Bas à l’Espagne. Alors que Xabi Alonso avait ouvert le score après un pénalty, Robin van Persie marqua un des plus beaux buts de cette édition de la Coupe du Monde. Un long ballon de Daley Blind sur la gauche conclu par une superbe tête plongeante du Hollandais lobant un Iker Casillas désabusé. Un but à l’importance capitale, et annonciateur d’une deuxième période qui allait devenir très compliquée pour les Espagnols (défaite 5 buts à 1 après un doublé de van Persie, un but de De Vrij et un doublé de Robben ). Un but très aérien, marqué avec beaucoup de volupté et de finesse, qui vaudra à Robin son futur surnom de « Hollandais Volant » (surnom donné en référence à celui attribué auparavant à Dennis Bergkamp, « le Hollandais Non-Volant », dû à son incapacité chronique à voyager en avion). Un but typiquement van Persie. En effet, durant ses longues années passées en Premier League avec Arsenal et Manchester United, le natif de Rotterdam a su élever son football au rang d’art.

La fameuse tête plongeante de van Persie, nominée au prix Puskas 2014

Les débuts à Rotterdam

Le côté artistique de Robin van Persie pourrait être expliqué par ses gènes. Né à Rotterdam et fils d’un père sculpteur et d’une mère peintre, le jeune Robin s’est tout de suite pris de passion pour le football. Il rejoint l’équipe locale de l’Excelsior Rotterdam à 5 ans, et celle du Feyenoord Rotterdam à 16 ans. Très vite, son talent et sa technique en font un des joueurs les plus prometteurs des Pays-Bas. Mais déjà pouvaient se dessiner les esquisses d’un tempérament flamboyant à cette époque, notamment après plusieurs rixes avec son entraîneur de l’époque Bert Van Marwijk, souvent mécontent de l’attitude du jeune Néerlandais. Après 3 saisons passées avec le club de sa ville natale et 22 buts marqués, c’est vers Londres que le jeune Robin s’est envolé.

Envol pour Londres

C’est le 17 mai 2004 qu’est officialisé son transfert chez les Gunners. Arsène Wenger, connu pour sa faculté à dénicher de jeunes talents, a alors pour plan de transformer son nouveau milieu offensif en buteur, comme il l’avait fait auparavant pour Thierry Henry. Le Néerlandais aura la lourde tâche de remplacer une légende du club en partance, Dennis Bergkamp. La première saison en Angleterre de Robin se passera plutôt bien grâce à des buts en FA Cup, mais le Néerlandais ne se verra pas donner énormément de temps de jeu en Premier League. De plus, son comportement commencera à inquiéter les supporters, notamment après une exclusion contre Southampton suite à une rixe avec Le Saux, lui coûtant de rester sur le banc durant les matches qui suivent. La saison suivante commence beaucoup mieux pour le natif de Rotterdam qui parvient à inscrire 8 buts durant les 8 premiers matches de Premier League. Malheureusement, une blessure à un doigt de pied le gardera éloigné des terrains pendant un bon moment. La saison d’après sera très similaire : un début en fanfare avec ce qu’Arsène Wenger appellera « le but d’une vie » suite à une incroyable volée marquée contre Charlton, et une blessure au pied droit causée par la célébration d’un but contre Manchester United qui l’éloignera des terrains pour une grande partie de la saison.

« Le but d’une vie », la reprise de volée contre Charlton

Après le départ de Thierry Henry pour Barcelone, les supporters d’Arsenal attendent beaucoup de leur buteur. Malheureusement, les blessures restent un problème majeur à l’épanouissement du Néerlandais. Il faudra attendre la saison 2008-2009 pour voir van Persie réaliser une saison pleine avec 20 réalisations et un titre de meilleur joueur de la saison attribué par les supporters londoniens. Il récupèrera le numéro 10 la saison d’après, et se blessera le jour de son 200ième match sous le maillot londonien. A son retour de blessure, il enchaînera les buts en Premier League et les bonnes performance (il inscrira notamment son premier triplé contre Wigan le 22 janvier 2011 ), avec en point d’orgue le match aller des huitièmes de finale de la Ligue des Champions contre le FC Barcelone où il marquera le but égalisateur d’une superbe volée en angle fermée. Arsenal s’imposera 2-1 mais perdra le match retour 3 buts à 1 suite à une exclusion très sévère du Néerlandais, écopant d’un second carton jaune pour avoir continué à jouer après un hors-jeu. Il sera également buteur contre Birmingham en finale de la League Cup qu’Arsenal perdra également 2 buts à 1. De grandes désillusions en l’espace d’un seul mois qui auront sans doute eu des conséquences sur les futurs choix de carrière du natif de Rotterdam.

Le superbe but égalisateur de van Persie contre Barcelone en 2011

Suite au départ de Cesc Fabregas pour le FC Barcelone, Arsène Wenger nomme Robin van Persie capitaine durant le début de la saison 2011-2012. Une saison qui restera sûrement dans le cœur des fans d’Arsenal, et une des meilleures saisons individuelles jamais réalisées par un attaquant au club. Sa finesse, son élégance balle au pied et les capacités techniques de son pied gauche en feront un joueur à part. Lors d’une saison très compliquée pour Arsenal, souffrant du départ de plusieurs de ses cadres tels que Fabregas ou Nasri vers Manchester City, Robin van Persie rayonne. A tel point que le slogan « Qui a besoin de Batman, quand on a Robin ? » devient très célèbre à l’Emirates. Il marque des buts très importants comme un triplé à Stamford Bridge durant une victoire d’Arsenal 5 à 3, et un autre face à Blackburn à l’Emirates durant une victoire 7-1 écrasante. Il inscrit également le but permettant à Arsenal de revenir à 2-2 à la mi-temps dans un Derby du Nord de Londres, et offre deux passes décisives en seconde mi-temps à Theo Walcott, qui scellent définitivement la victoire d’Arsenal ( 5 buts à 2 ). Une semaine plus tard, il inscrit les deux buts qui permettent à Arsenal de s’imposer à Anfield, dont une magnifique volée dans le temps additionnel après un caviar de son coéquipier Alexandre Song. Il finit meilleur buteur de cette édition de la Premier League avec 30 buts au compteur et est élu joueur de l’année. Une année de rêve pour les supporters d’Arsenal qui vont se transformer en cauchemar quelques mois plus tard.

Amour, Gloire et Trahison

Le 17 août 2012, Manchester United officialise la venue de Robin van Persie pour la somme de 30 millions d’euros (une somme qui peut paraître modeste aujourd’hui, mais qui était énorme à l’époque, notamment parce qu’il ne restait qu’une année de contrat au Néerlandais). Alors qu’il avait rassuré à maintes reprises les fans d’Arsenal concernant son futur, le manque d’ambition du club et son incapacité à investir massivement ont conduit un Robin van Persie désireux de gagner des trophées à rejoindre Manchester United. Un transfert très dur à accepter pour les fans d’Arsenal, surtout concernant un joueur qui avait connu l’époque Highbury et celles des derbys chauds avec les rivaux du Nord. L’appel était trop fort pour le Néerlandais qui devint la dernière folie dépensière du bientôt retraité Sir Alex Ferguson. Au sommet de son art et à son paroxysme footballistique, van Persie, aligné à la pointe de l’attaque devant l’infernal Wayne Rooney réalise une saison pleine en inscrivant 26 buts en Premier League, ce qui débouchera sur son premier grand trophée. On se souvient notamment de cette volée, devenue sa marque de fabrique, le 22 avril contre Aston Villa, après un long ballon de Wayne Rooney, permettant à Manchester United de remporter le championnat à 4 journées de la fin. Une nouvelle saison pleine pour le natif de Rotterdam sur le plan comptable qui, cette fois, sera couronnée de succès avec l’obtention d’une Premier League. Premier League qui sera d’ailleurs la dernière remportée par Sir Alex Ferguson, qui prend sa retraite et est remplacé par David Moyes. Les saisons suivantes deviendront plus compliquées pour un Robin van Persie vieillissant et gêné à nouveau par les pépins physiques, dans un Manchester United n’arrivant toujours pas à faire le deuil après le départ de son manager légendaire.

La volée de van Persie contre Aston Villa après un caviar de Wayne Rooney

Fin de carrière du Hollandais Volant

Après 3 saisons passées à Manchester United, Robin van Persie s’envole pour la Turquie et le club de Fenerbahçe. Il y passera 3 saisons très honnêtes sur le plan comptable et parviendra à devenir un héros dans le cœur des supporters turcs à plusieurs reprises, notamment après un doublé lors d’une victoire 2-0 contre Galatasaray le 20 novembre 2016, ou encore durant un match de Coupe à élimination directe contre le Besiktas le 5 février 2017 où il provoquera l’exclusion du défenseur Tosic avant d’inscrire le but vainqueur. Le 19 janvier 2018, Robin van Persie est de retour dans sa ville natale de Rotterdam, au Feyenoord qui a été son premier club professionnel. Il inscrit son 300ième but en carrière en demi-finale de Coupe des Pays-Bas et inscrit l’un des trois buts qui permettent à son équipe du Feyenoord de remporter le trophée face à l’AZ Alkmaar. C’est le 12 mai 2019 qu’il joue son dernier match professionnel avec le Feyenoord.

Robin van Persie est certainement l’un des meilleurs attaquants de sa génération. Sa classe, son élégance et sa volupté balle au pied couplés à son tempérament de feu en ont fait un joueur à part pendant de nombreuses années. Le monde du football n’est pas près d’oublier ses nombreuses volées pied gauche. Mais en évoquant le nom de Robin van Persie, on peut ressentir un sentiment d’inachevé. Une Europa League, une Premier League, deux FA Cup, deux Community Shield, une Coupe des Pays-Bas. Comme si la carrière de cet esthète du football n’avait pas été à la hauteur de son talent. Aimé puis détesté, van Persie n’aura acquis le statut de légende ni à Arsenal, ni à United. Mais nul doute que son nom perdurera à travers le temps et que les amoureux du ballon rond se souviendront très longtemps de ses nombreux coups d’éclat.

Photo crédits : Jeroen Putmans / ANP / AFP